Dialogue national : tout se jouera sur une liste de noms !
L’ordonnance du 13 septembre place le comité d’organisation préliminaire du dialogue national sous l’autorité directe du chef de l’État. Le pouvoir a promis un cadre ouvert aux forces vives, la Coalition Article 64 et l’ASADHO contestent la procédure, et la CENCO a déjà fait asseoir les deux camps le 16 septembre. La liste des membres du comité dira si le pays s’offre un sursaut ou une impasse de plus.
Dialogue national : tout se jouera sur une liste de noms !
AFP
Depuis le 13 septembre, le dialogue national a un acte. Une ordonnance présidentielle institue le « comité d’organisation préliminaire à la mise en place de la commission préparatoire du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Le titre est long, la question qu’il ouvre est courte : qui sera assis à cette table. Entre le sursaut et l’impasse, c’est cette réponse qui tranchera.
Ce que l’ordonnance prévoit est connu. Un coordonnateur, un coordonnateur adjoint, des membres, tous désignés par le président de la République, et un secrétariat technique de onze experts. Le chef de l’État « peut également y adjoindre toute personne ou personnalité dont l’expertise est jugée nécessaire », a précisé sa porte-parole, Tina Salama. Et le comité « exerce sa mission sous l’autorité directe du président de la République et lui rend régulièrement compte ». Sa durée court jusqu’à la remise du rapport final. Aucune date limite n’est fixée.
Deux promesses que le pouvoir a faites publiquement
Le gouvernement a dit ce qu’il visait, et il l’a dit avec des mots qui l’engagent. Le 4 septembre, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, annonçait un cadre « ouvert aux forces vives du pays », exception faite des groupes armés, et des consultations provinciales avant la phase finale à Kinshasa. « L’idée ici, c’est que le Président de la République donne la parole au peuple », expliquait-il. « Ce seront des recommandations qui viendront de la base et qui permettront à la fin d’avoir un document, ce pacte-là. »
Ce sont deux promesses vérifiables, et ce sont les seules qui comptent pour l’instant. Les forces vives, cela veut dire une liste. La parole donnée à la base, cela veut dire des consultations provinciales dont on pourra compter les provinces, les participants et les procès-verbaux. Un dialogue ne s’évalue pas à sa solennité mais à ces deux comptes.
Ce que contestent ceux qui contestent
La contestation porte sur un point précis, et il faut le restituer précisément. « Un dialogue destiné à sortir la RDC de sa crise profonde ne peut pas être organisé, composé et contrôlé par une seule partie, fût-elle l’institution du président de la République », a déclaré le secrétaire général du FONUS, Emery Okundji, membre de la Coalition Article 64. L’ASADHO, par la voix de son président Jean-Claude Katende, a exprimé ses réserves sur le dispositif. Le mouvement « Sauvons la RDC » conteste également. La Coalition Article 64 avait déjà dit non à l’initiative le 28 août.
L’objection n’est pas sur la nécessité du dialogue. Elle est sur la main qui tient la liste. C’est une objection de procédure, et les objections de procédure ne se réfutent pas par des intentions : elles se lèvent par des actes de procédure.
Les Églises ont déjà fait asseoir les deux camps
Il existe pourtant une expérience récente, et elle est congolaise. La CENCO et l’ECC consultent les acteurs politiques depuis juillet. Le 16 septembre à Kinshasa, la Commission Justice et Paix de la CENCO a réuni dans la même salle le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, l’opposant Martin Fayulu et l’ancienne ministre Marie-Ange Mushobekwa. « La question principale était celle de savoir comment garantir la véritable inclusivité dans le dialogue intercongolais », a résumé le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole. Et d’ajouter : « Du choc des idées jaillit la lumière. »
Le fait mérite d’être noté, parce qu’il contredit les deux procès en cours. Le pouvoir n’a pas refusé la salle. L’opposition n’a pas refusé la chaise. Ce qui s’est passé le 16 septembre a démontré qu’une médiation acceptée par tous produit immédiatement ce que l’ordonnance du 13 septembre n’a pas encore produit : les deux camps dans la même pièce.
La raison pour laquelle cette table n’est pas facultative
Il y a une chose que ce dialogue ne discutera pas, et c’est celle qui rend son échec inacceptable. Bukavu et Goma sont occupées depuis janvier et février 2025 par l’AFC/M23, la coalition armée que soutient le Rwanda. Le cadre annoncé exclut les groupes armés, et c’est la seule position tenable : on ne négocie pas la refondation de l’État congolais avec le bras armé d’une agression étrangère, et les canaux qui traitent de cette guerre sont ailleurs.
Mais cette exclusion a un prix, et le prix est la cohésion de tous les autres. Un pays qui exclut légitimement une coalition armée de sa table nationale n’a plus le droit d’en exclure ses propres formations politiques, ses confessions religieuses, sa société civile et ses provinces. Chaque Congolais laissé dehors est un argument offert à ceux qui prétendent parler à la place des Congolais.
Ce que nous regarderons
Le président doit désigner le coordonnateur, son adjoint, les membres du comité et les onze experts du secrétariat technique. Cette liste sera le premier document vérifiable du processus, et elle dira plus que tous les communiqués : combien de composantes, combien de formations extérieures à la majorité, combien de femmes, combien de provinces.
Et il y aura une question pour ceux qui contestent. Une opposition qui réclame un dialogue depuis 2025 sera jugée, elle aussi, sur ce qu’elle fera d’une chaise si elle lui est offerte. Le refus est une position légitime tant qu’il porte sur la procédure. Il cesse de l’être le jour où la procédure change et où le refus reste.
L’inclusivité ne se proclame pas dans un préambule. Elle se compte sur une liste de noms. Cette liste n’est pas encore publiée, et c’est là que tout se joue : elle dira si le pays s’offre un sursaut, ou une impasse de plus.
Christian Okende