Éditorial BETO Zone à haut risque !

Zone à haut risque !

Deux lignes traversent désormais le pays. D’un côté un État qui a produit en huit jours : budget de 24,8 milliards de dollars, sortie de la liste grise du GAFI, loi référendaire votée par 78 voix, Moscou sans rien céder à Washington. De l’autre, un front armé qui recule depuis Goma. Entre les deux, une coalition a planté sa tente et deux Églises se sont tues. Un refuge ? Que nenni. Un champ de tir.

Zone à haut risque !
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 NOVEMBRE 2026 - 09:32 WAT · 5 min de lecture

Zone à haut risque ! Et pourtant, l’on commence d’ores et déjà à s’y installer. Deux lignes traversent désormais ce pays. D’un côté, ceux qui passent par le Parlement, par le budget, par la Cour et, le moment venu, par les urnes. De l’autre, ceux qui passent par les armes, depuis une ville occupée. Entre les deux, une mince bande de terrain où l’on croit encore pouvoir se tenir sans choisir. Une coalition y a planté sa tente. Deux Églises s’y sont tues. Un refuge ? Que nenni. Un champ de tir.

Tenez ! En huit jours, l’État a produit. Le 29 octobre, la Première ministre Judith Suminwa défendait devant les élus un budget de 56 930 milliards de francs, près de 24,8 milliards de dollars, sécurité et social en tête. Le 30, le Groupe d’action financière retirait le pays de sa liste grise, après quatre longues années de purgatoire. Le 31, le Sénat adoptait en seconde lecture, par 78 voix sur 78 votants, la loi sur le référendum, qui part à la promulgation. Et à Moscou, le chef de l’État demandait à la Russie d’appuyer les résolutions 2773 et 2808 ainsi que les processus de Washington et de Doha, pendant que le Trésor américain frappait le ministère rwandais de la Défense. Diversifier ses partenaires sans changer de camp : la nuance a été comprise là où il fallait. On peut contester chacun de ces actes. Dire qu’il ne s’est rien passé, non.

De l’autre côté de la ligne, le compte est tout aussi parlant. Le 12 octobre à Goma, Joseph Kabila prenait la tête du Front pour la refondation de la nation. Trois semaines plus tard ? Des démissions dans son propre parti, un rejet net du Groupe de contact international, des sanctions américaines qui ne visent plus des individus mais l’appareil d’État rwandais. L’opération ne prend pas. Voilà ce qui borne la bande de terrain : d’un côté des institutions qui produisent, de l’autre un front armé qui recule. Ceux qui s’attardent au milieu se croient arbitres. Ils occupent en vérité l’endroit le plus exposé du dispositif. La loi du plus prudent est-elle toujours la meilleure ? Mystère.

Au pays du coltan, la Coalition pour la défense de l’article 64 a enfin écrit, à Rome, la phrase qu’on attendait d’elle : on ne prend pas le pouvoir par les armes. Elle l’a glissée au quatrième rang d’une liste de cinq refus, dans les mêmes termes qu’une révision constitutionnelle. Puis elle a annoncé deux rendez-vous jumeaux, l’un à Kinshasa, l’autre auprès de Joseph Kabila. Une coalition qui porte dans son nom l’article 64 devrait pourtant en lire la seconde ligne. Car cet article a deux alinéas. Le premier impose à tout Congolais de faire échec à qui prend le pouvoir par la force. Le second qualifie la tentative de renversement d’infraction imprescriptible contre la Nation et l’État. Ni l’un ni l’autre ne connaît l’équidistance. Et le risque n’est pas théorique : une position au milieu expose aux deux feux et n’en rend aucun. Devant son électorat, devant la loi, devant l’histoire, il faudra s’expliquer.

Comme si cela ne suffisait pas, les Églises se sont retirées du débat. La CENCO et l’ECC ont porté le Pacte social dix-huit mois durant, annoncé le dialogue le 17 juillet, réuni le gouvernement et l’opposition le 16 septembre dans la salle même de l’accord de 2016. Puis, depuis la mi-septembre, plus un mot : ni sur la marche réprimée, ni sur la mort de Manassé Lomboto, ni sur un ancien chef de l’État passé à la tête d’un mouvement politico-militaire, ni sur les treize partis interdits. On peut se retirer d’un processus dont on conteste l’architecture. On ne se retire pas du pays. Une parole morale ne se met pas en réserve : elle se périme.

Que le pouvoir ne pavoise pas pour autant. Trois charges dorment sous ses propres pas. Le comité du dialogue, promis le 24 octobre pour « la semaine prochaine », annoncé « bientôt » le 30 : la condition d’entrée posée à Moscou est juste, mais une condition ne vaut que s’il existe une porte. La loi référendaire, votée sans une seule voix contre parce que l’opposition avait déserté la salle : un tel score n’est pas une force, c’est une fragilité, et le texte de promulgation gagnerait à dire ce que cette loi ne fera pas de l’article 220. Enfin, Manassé Lomboto est mort le 15 septembre et, sept semaines après, aucune juridiction n’a annoncé la moindre saisine. Un État qui oppose la légalité aux armes doit montrer que sa justice fonctionne aussi quand le mort est un militant de l’opposition. Aux grands maux, les grands remèdes.

Le pays n’a pas à choisir entre un gouvernement et une opposition. Il a à distinguer deux méthodes. Cette semaine, un camp a produit quatre actes ; l’autre, un communiqué de Goma. Au milieu, une coalition a sollicité deux rendez-vous et deux Églises n’ont rien dit. Ceux-là ne sont pas à l’abri : ils sont les derniers à n’avoir pas vu que le terrain avait changé sous leurs pieds. Il n’est pas trop tard pour en sortir. Mais que personne ne s’installe. Depuis le 12 octobre, le milieu n’est plus un abri. Cap sur le choix.

Christian Okende

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