Éditorial BETO C64 : le prix de l’hésitation face à une agression endossée par Kabila

C64 : le prix de l’hésitation face à une agression endossée par Kabila

À Rome, la coalition a d’abord cherché ce qui rassemble pour différer ce qui divise. Il lui a fallu quinze jours pour dire que l’on ne prend pas le pouvoir par les armes, alors que le front de Goma donne un visage congolais à une agression venue de l’extérieur. La phrase est enfin écrite, mais demander dans le même mouvement un rendez-vous à Tshisekedi et un rendez-vous à Kabila en annule une partie.

C64 : le prix de l’hésitation face à une agression endossée par Kabila
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 28 OCTOBRE 2026 - 12:23 WAT · 5 min de lecture

Il aura fallu plusieurs jours de huis clos à Rome pour accoucher d’un texte. Ce que les cinq dirigeants de la Coalition pour la défense de l’article 64 ont fait lire mardi par Delly Sesanga est le produit d’une méthode bien identifiable : capitaliser d’abord sur ce qui rassemble, différer ce qui divise. L’art du compromis, dans sa version la plus prudente.

Cette méthode a sa noblesse. Sur un terrain miné par des clivages anciens, la politique des petits pas est souvent la seule praticable. Elle a permis à cinq formations que presque tout sépare de signer ensemble plutôt que de se quitter les mains vides : la main tendue aux acteurs armés et non armés sous l’égide de la CENCO et de l’ECC, l’échéance de 2028 posée comme point fixe, et cinq refus écrits noir sur blanc.

Mais une méthode n’est pas une ligne. Et au milieu de la pièce, depuis le 12 octobre, il y a un homme : Joseph Kabila, à la tête du Front pour la refondation de la nation, annoncé depuis Goma, hors du contrôle de l’État congolais. Ce front n’a pas ouvert une nouvelle guerre : il a donné un visage congolais à celle qui ravage l’Est. Le gouvernement parle désormais d’un « RDF/AFC/M23 relooké », et le chef de l’État estime que son prédécesseur a été « contraint de sortir du bois sous la pression pour donner la coloration congolaise à cette agression ».

Le gouvernement avait sommé la coalition de se prononcer. Elle a mis quinze jours. Quinze jours pendant lesquels des villages ont changé de mains et des familles ont repris la route, le temps que l’on pèse des adjectifs en Italie.

On connaît le dilemme qui l’a tenue. Se taire, c’est laisser l’opinion et les chancelleries lire un blanc-seing, une complaisance passive envers la violence. Condamner, c’est s’exposer au reproche de faire le jeu du pouvoir et d’offrir à Félix Tshisekedi un soutien que personne ne lui a demandé. Cette alternative paralyse l’opposition congolaise depuis la création du front armé.

Elle est pourtant fausse. Dire que l’on ne prend pas le pouvoir par les armes n’est pas un service rendu au président en exercice : c’est une position de principe, qui valait avant lui et vaudra après lui. Face à une agression étrangère, elle n’est même pas une position politique, c’est la base du contrat national. Une opposition qui ne peut plus la formuler sans craindre de trahir son camp a déjà laissé l’adversaire définir son camp à sa place.

À Rome, la C64 a fini par prononcer la phrase, et dans les mêmes termes que sa condamnation du projet de révision constitutionnelle. Il faut le porter à son crédit sans réserve. C’est le seul acquis solide de ce conclave, et il n’était pas donné d’avance.

Reste la manière. En demandant dans la même phrase un rendez-vous au chef de l’État et un rendez-vous à l’ancien président, la coalition rouvre d’une main ce qu’elle venait de fermer de l’autre. Un président élu et un homme installé à la tête d’un mouvement armé ne sont pas deux adresses de même nature. La symétrie, vertu au chapitre des principes, devient dans l’agenda une mise à égalité. C’est le prix du compromis interne, et il est élevé.

Le pouvoir, lui, n’a aucune raison de pavoiser. La C64 réclame la libération de Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, ainsi que celles de Marley Vuvu et de Stéphane Chisso. Les motifs retenus contre eux n’ont pas été rendus publics. Un gouvernement qui annonce un dialogue national a le plus grand intérêt à ce que ceux qu’il invite ne soient pas empêchés d’y venir. Ce n’est pas une faveur faite à l’opposition, c’est la condition de crédibilité de l’invitation elle-même.

Voilà où en sont les deux camps. L’un écrit depuis l’étranger des textes qu’il met des semaines à équilibrer, l’autre légifère à Kinshasa sans ceux qu’il dit vouloir réunir. L’article 64 ne se plaide pas à Rome, nous l’écrivions la semaine dernière, et cela reste vrai après la déclaration.

La méthode des consensus faciles a donné ce qu’elle pouvait donner. Ce qui manque à la coalition n’est plus un communiqué de plus : c’est une date et une adresse. Kinshasa, de préférence.

Christian Okende

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