Diplomatie L’addition !

L’addition !

Soixante jours, le minimum légal : Washington sort le Rwanda de l’AGOA au 1er janvier 2027, cinq jours après avoir sanctionné son ministère de la Défense et trois après le rejet du FRN par onze partenaires de la RDC. Dans la colonne d’en face, Kinshasa sort du GAFI, achève son examen à l’OMC et garde l’AGOA jusqu’en 2028. Mais une préférence tarifaire n’est pas un cessez-le-feu.

L’addition !
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 3 NOVEMBRE 2026 - 08:36 WAT · 5 min de lecture

Soixante jours.

C’est le délai que Washington s’est donné pour sortir le Rwanda de l’AGOA. Notification au Congrès le 2 novembre, effet au 1er janvier 2027. Soixante jours tout rond. Le minimum que la procédure autorise.

Tenez ! En 2018, quand la même administration avait voulu suspendre les avantages rwandais sur l’habillement, elle avait notifié le 29 mars et attendu le 30 juillet pour signer la proclamation. Cent vingt-quatre jours. Le temps de laisser à Kigali une porte entrouverte, une marge, un couloir.

Cette fois, rien. Soixante jours. Le plancher.

Et que reste-t-il à prendre ? Peu de chose, en apparence. Le Rwanda avait déjà perdu l’habillement en 2018, pour une affaire de friperie taxée à plus de mille pour cent. Il lui restait le reste. C’est ce reste qui tombe.

Mais le commerce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’énoncé. Washington écrit noir sur blanc, dans ses motifs : « des pratiques qui menacent les intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis dans la région ». La région. On sous-entend la guerre d’agression menée dans la partie Est de la RDC sous couvert par le M23 et le FRN. Tout le monde l’a su.

Comptons. Le 28 octobre, le département d’État sanctionne le ministère rwandais de la Défense, qualifie son soutien au M23 de violation des accords de Washington, nomme Rubaya et invite le secteur privé à regarder ses chaînes d’approvisionnement. Le 30 octobre, onze partenaires de la RDC, présidés par la France, rejettent « catégoriquement » le FRN et réclament le démantèlement des administrations parallèles. Le 2 novembre, l’AGOA.

Cinq jours. Trois instruments. Le même dossier.

Tenez, l’autre colonne. Pendant les mêmes jours, la RDC sort de la liste grise du GAFI après quatre ans de surveillance renforcée. Elle achève son examen de politique commerciale à l’OMC, dix ans après le précédent. Elle garde son éligibilité à l’AGOA jusqu’au 31 décembre 2028 et arrive première des fournisseurs africains des importations américaines au premier semestre. Elle ouvre un forum économique au Parlement britannique. Et à Dar es Salaam, devant les parlements de la CIRGL, où le Rwanda siège comme État membre de plein droit, la Première ministre nomme l’agression rwandaise.

Deux colonnes. D’un côté un pays qu’on retire des dispositifs. De l’autre un pays qu’on y maintient.

Faut-il pavoiser ? Que nenni.

Une préférence tarifaire n’est pas un cessez-le-feu. Un communiqué ne reprend pas une colline. Human Rights Watch l’a écrit le 30 octobre, deux jours après les sanctions : elles ne suffiront pas à protéger les civils. Et le 2 novembre, Médecins sans frontières comptait dans les zones occupées une chute de 41 % des consultations de victimes de violences sexuelles. Quarante et un pour cent. Pendant que les chancelleries rédigent.

Voilà la mesure exacte de ce que valent les papiers. Ils augmentent le coût. Ils ne soignent personne.

Ce qui déplace la ligne, on l’a vu le même lundi. Cinquante-huit éléments de l’armée rwandaise et du FRN se sont rendus aux FARDC. Vingt autres ont été capturés. À Lubero, Masisi, Walikale, Kalehe. Pas à Washington.

Alors oui, l’étau se resserre, et il faut le dire. Mais l’étau ne remplace pas la main qui tient. Les sanctions sont un multiplicateur, pas un substitut. Elles rendent la guerre plus chère à celui qui la fait. Elles ne la gagnent pas à notre place.

Il y a dans cette séquence une leçon que Kinshasa a apprise et qu’il lui faut tenir : on obtient des partenaires ce que l’on documente. Les sanctions du 28 octobre citent Rubaya. Le Groupe de contact cite la résolution 2773. L’AGOA cite « la région ». Ces textes ne sont pas tombés du ciel. Ils reposent sur des rapports, des convois tracés, des minerais suivis, des chiffres que quelqu’un est allé chercher.

Reste une ligne du 30 octobre qu’il serait imprudent d’oublier. Les mêmes onze qui rejettent le FRN demandent à Kinshasa un plan d’action et un calendrier sur les FDLR. Ils l’avaient déjà demandé le 14 août. L’étau a deux mâchoires, et la seconde regarde de notre côté. Mieux vaut y répondre avant qu’on nous le rappelle une troisième fois.

Le 1er janvier 2027, Kigali paiera une addition. Elle est juste. Elle est tardive. Elle ne rendra pas Goma. Cap sur le terrain.

Christian Okende

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