Économie Fonds Ebola : l’État congolais ne suit que 220 millions de dollars
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Fonds Ebola : l’État congolais ne suit que 220 millions de dollars

Le ministre de la Santé chiffre lui-même ce que l’État a pu suivre : 220 millions de dollars. Environ 22 % des partenaires de mise en œuvre ont renseigné le formulaire d’accréditation de l’INSP.

Le ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, le Dr. Samuel Roger Kamba devant la donation d’Africa CDC. Crédit photo ministère de la santé.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 15 OCTOBRE 2026 - 14:37 WAT · 5 min de lecture

Le gouvernement congolais n’a retrouvé la trace que de 220 millions de dollars sur l’ensemble des fonds mobilisés contre Ebola. Le ministre de la Santé Roger Kamba l’a écrit lui-même : « Les fonds mobilisés par les bailleurs pour la riposte contre Ebola sont directement versés aux partenaires internationaux (agences de mise en œuvre). À ce jour, le Gouvernement congolais n’a pu retracer que 220 000 000 USD. »

Le ministre donne aussi la raison de ce trou, et elle tient en un chiffre : « Depuis quelques semaines, tous les partenaires de mise en œuvre ont reçu le formulaire à remplir pour fournir ces informations. Seuls environ 22 % d’entre eux ont renseigné le formulaire. »

Ce que l’accréditation exige

La règle n’est pas nouvelle. « Avec la Première ministre, cheffe du Gouvernement, nous avions déjà décidé que seules les agences accréditées par l’Institut national de santé publique (INSP) pourraient intervenir sur le terrain », rappelle le ministre. Ce qui est nouveau, c’est l’état des lieux de son application.

L’accréditation, précise-t-il, « exige notamment de renseigner l’origine des financements, les objectifs poursuivis et le niveau réel d’exécution des activités ». Trois questions simples, auxquelles près de huit partenaires sur dix n’ont pas répondu. La ligne du gouvernement tient en une phrase : « La riposte repose sur un seul plan, un seul budget et une seule coordination. »

Le ministre termine en remerciant « tous les partenaires qui soutiennent effectivement la lutte contre Ebola en RDC ». La mise en demeure ne vise donc pas l’ensemble du dispositif, mais ceux qui n’ont pas rendu compte.

Trois pourcentages, trois mesures différentes

Les chiffres qui circulent depuis deux jours ne disent pas tous la même chose, et il faut les séparer. Le ministre parle de 22 % de partenaires ayant renseigné le formulaire. Les dépêches du 15 octobre rapportent que, sur 97 structures de mise en œuvre, 25 ont répondu à l’appel du gouvernement et ont droit à l’accréditation, soit 25,8 %. Africa CDC, de son côté, indique que 30 % des organisations convoquées ont participé à la réunion de vérification de l’INSP.

Trois taux, pour trois gestes distincts : remplir un formulaire, obtenir une accréditation, se présenter à une réunion. Ils convergent vers le même ordre de grandeur, entre un cinquième et un tiers, mais ils ne sont pas interchangeables. BETO a déjà montré que, sur ce dossier, les montants annoncés recouvrent des périmètres qu’il ne faut pas additionner. La règle vaut aussi pour les pourcentages.

D’où viennent les 700 millions

Le ministre ne cite ni les 962 millions de dollars ni les 700 millions. Ces deux chiffres viennent d’Africa CDC, qui a publié le 15 octobre un communiqué depuis Addis-Abeba. L’institution continentale y écrit que les bailleurs ont décaissé 962 millions de dollars directement aux organisations internationales et aux ONG, que les organisations présentes à la réunion de l’INSP ont déclaré environ 220 millions, dont 120 déjà dépensés et 100 restant à utiliser, et qu’en conséquence « plus de 700 millions USD demeurent inconnus des autorités nationales de la RDC ».

Les 220 millions du ministre et les 220 millions d’Africa CDC sont le même montant, vu de deux endroits : ce que l’État a pu retracer, et ce que les partenaires ont bien voulu déclarer. L’écart avec les 962 millions n’est pas un montant volé, ni même en l’état un montant manquant. C’est la part des décaissements dont l’État congolais ignore l’emploi, parce que ces fonds ne transitent pas par le Trésor public et que ceux qui les reçoivent ne les déclarent pas.

La sanction, et le calendrier

Africa CDC « déplore vivement le manque de coopération » et juge « inacceptable que des organisations reçoivent des centaines de millions de dollars pour intervenir dans un pays confronté à une urgence sanitaire majeure sans rendre compte de manière transparente aux autorités nationales ». L’institution annonce la « suspension ou le retrait de leur accréditation ou de leur autorisation d’opérer sur le territoire national », et la transmission de leurs noms aux autres pays africains.

Reste la question du moment. Écarter du terrain les partenaires non accrédités se décide au moment où l’épidémie atteint 9 144 cas et 4 410 morts et où la transmission reste élevée. Le ministère n’a pas indiqué comment leurs activités seront reprises, ni par qui. Le même jour, les professionnels de santé de Kinshasa et du Kasaï entraient en grève pour des arriérés de salaires et de primes de risque.

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B
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