Ebola : trois appels de fonds, trois périmètres qu’il ne faut pas additionner
Trois chiffres circulent sur le financement de la riposte contre Ebola. Le plan onusien de 2,13 milliards de dollars, financé à 48 %. Les 1,1 milliard que réclame Guterres, soit exactement la part manquante. Et les 1,3 milliard du plan congolais de six mois, souvent attribués à tort à l’OMS.
Réunion stratégique entre membres de la coordination de l’institut national de santé publique de la riposte contre Ebola (INSP/SGI) et le gouverneur militaire de l’Ituri, le Général-Major Gaby Kasongo Mulumba. Photo droit aux tiers.
AFP
Trois montants circulent depuis dix jours sur le financement de la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo : 1,1 milliard de dollars, 1,3 milliard, 2,13 milliards. Ils ne désignent pas la même chose, ils n’ont pas le même demandeur et ils ne couvrent pas la même période. Les confondre revient à ne plus savoir ce qui manque.
2,13 milliards, le plan complet
Le chiffre englobant est celui du plan d’intervention des Nations unies pour l’année 2026, arrêté à 2,13 milliards de dollars. Il ne porte pas sur la seule épidémie : il couvre l’ensemble de la réponse humanitaire dans un pays où onze millions de personnes avaient déjà besoin d’assistance avant l’apparition du virus. Environ 300 millions de dollars y sont rattachés aux activités liées à Ebola.
Ce plan était financé à 48 % à la fin août. Plus d’un milliard de dollars a été mobilisé. Le Fonds central pour les interventions d’urgence a de son côté alloué 57 millions de dollars à la RDC et aux pays voisins.
1,1 milliard, ce qui manque
Le jeudi 27 août, le secrétaire général des Nations unies a demandé 1,1 milliard de dollars de financements supplémentaires. « Sans financement supplémentaire, des opérations vitales se retrouveront à court de fonds au moment même où elles doivent s’intensifier », a déclaré António Guterres.
Ce montant n’est pas un nouveau budget. C’est le solde du premier : 52 % de 2,13 milliards font 1,108 milliard. Le secrétaire général réclame donc exactement la part non couverte du plan existant. Les fonds demandés doivent alimenter la surveillance épidémiologique, la prise en charge des malades, la prévention de la contamination et la vaccination contre la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué.
1,3 milliard, le plan congolais de six mois
Le troisième montant est le moins bien attribué dans le débat public. Les 1,3 milliard de dollars correspondent au plan de riposte du gouvernement congolais sur six mois. Ce n’est pas une demande de l’Organisation mondiale de la santé, contrairement à ce qui a été rapporté ces derniers jours, et il ne s’additionne pas mécaniquement aux deux autres : les périmètres se recoupent.
Sur ce plan gouvernemental, l’État congolais a annoncé avoir financé 50 millions de dollars sur ses propres ressources, chiffre donné par le ministre des Finances devant le comité de conjoncture économique du 17 juin. Le Royaume-Uni a annoncé 68 millions de dollars, la Banque africaine de développement un don de 13 millions.
Ce que l’argent doit rattraper
Les Nations unies arrêtaient au 1er septembre l’épidémie à plus de 6 000 cas et près de 3 000 décès, dans 60 zones de santé réparties sur six provinces. Plus de quarante soignants sont morts. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, rappelle que « l’épidémie est déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée et la plus rapide », et désigne les chaînes de transmission non identifiées comme la principale inconnue.
Le chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, Tom Fletcher, résume l’échéance en une phrase : « Nous devons transformer cette alarme en action. »
Les obstacles ne sont pas seulement financiers. Les enterrements non sécurisés continuent d’entretenir la transmission. Les centres de traitement et les ambulances sont attaqués. L’insécurité limite l’accès humanitaire dans une partie des zones touchées. Douze attaques ont été recensées par l’Organisation mondiale de la santé depuis le 17 mai, dont huit incendies de structures.
Notre dernier décompte issu du bulletin épidémiologique national donnait 6 100 cas confirmés et 2 950 décès au 30 août. Rapporté aux 107 jours écoulés depuis la déclaration officielle du 15 mai, cela représente une vitesse onze fois supérieure à celle de l’épidémie de 2018-2020.
La question que pose la superposition des trois montants n’est donc pas celle de leur addition. Elle est celle du décaissement. Nous avions déjà relevé, début juillet, l’écart entre les annonces et les versements effectifs. Deux mois plus tard, le plan onusien reste financé à moins de la moitié.