Général Kasongo Kabwik, l’officier qui transforme les kuluna en bâtisseurs
Coordonnateur de la Task force pour l’assainissement de Kinshasa, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige depuis 2018 le Service national et sa doctrine de réinsertion des kuluna, saluée par le pouvoir et contestée par les défenseurs des droits humains.
Général Kasongo Kabwik, l’officier qui transforme les kuluna en bâtisseurs
AFP
C’est lui que le chef de l’État a choisi pour rendre Kinshasa à sa propreté. À la tête de la Task force pour l’assainissement de la capitale, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik n’est pas un inconnu : depuis sept ans, il dirige l’armée discrète des « bâtisseurs », ces anciens délinquants qu’il dit avoir transformés en serviteurs de la nation.
Officier de carrière, Kasongo Kabwik commande le Service national depuis le 15 juillet 2018. La structure, paramilitaire, n’a rien d’une création récente : elle a été instituée par décret-loi du 15 octobre 1997, sous Laurent-Désiré Kabila, comme « service d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions civiques », avant de tomber en sommeil puis d’être relancée sous sa houlette. Promu général-major en 2020, puis lieutenant-général, il en a fait un instrument visible du pouvoir Tshisekedi.
Son nom reste attaché au centre de Kaniama-Kasese, dans le Haut-Lomami, rebaptisé Centre Félix-Antoine Tshisekedi. C’est là qu’il applique une méthode qu’il revendique sans détour. « Il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d’eux », expliquait-il en 2022 à propos des kuluna, dans un entretien à Heshima Magazine. « En plus de la formation à l’autodéfense, ils subissent la professionnalisation afin d’apprendre un métier, de telle sorte que, réinsérés dans la société, ils soient utiles et oublient leurs anciennes pratiques. » À cette date, plus de 2 000 jeunes, dont 33 femmes, avaient été transférés de Kinshasa vers le centre.
Au fil des ans, le général a multiplié les opérations à forte charge symbolique. Production agricole présentée comme une marche vers l’autosuffisance, avec des objectifs annoncés de dizaines de milliers de tonnes de maïs. Campagne « Pas d’école sans bancs », qui a vu ses ateliers livrer des centaines de bancs-pupitres à des écoles publiques de Kinshasa. Reboisement, forages, et même un hôpital de 85 lits inauguré à Kaniama-Kasese. Autant de vitrines d’un Service national qu’il veut utile et productif.
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La méthode, pourtant, ne fait pas l’unanimité. En août 2021, le ministre des Droits humains s’était opposé au transfert des kuluna vers Kaniama-Kasese, qu’il jugeait « attentatoire » aux droits humains. Kasongo Kabwik s’en défend en invoquant un engagement volontaire et un acte signé par chaque recrue, qui aurait choisi la formation plutôt que la prison. Le débat n’est pas clos : des organisations de défense des droits humains continuent de s’interroger sur la nature exacte d’une rééducation conduite « par méthodes militaires ».
En lui confiant l’assainissement de Kinshasa, le chef de l’État étend le périmètre du général au cœur de la capitale. La mission est civile, le commandement reste militaire. C’est là toute l’ambiguïté du personnage : un officier qui se présente en réparateur du tissu social, à la tête d’une troupe née de la rue, et dont l’efficacité se mesurera, cette fois, au poids des ordures évacuées autant qu’aux libertés préservées.