Guerre des drones à l’Est : comment la dimension aérienne change la nature du conflit
Dix-huit morts à Mulima le 3 juillet, un hôpital détruit à Minembwe, l'aéroport de Kisangani visé en février : dans l'est de la RDC, les drones abolissent le front et alourdissent le bilan civil, quand la diplomatie promet l'inverse.
Guerre des drones à l’Est : comment la dimension aérienne change la nature du conflit
AFP
La guerre de l’est de la RDC a pris de la hauteur. Le 3 juillet au matin, des bombardements de drones attribués au M23 et à ses alliés se sont abattus sur le village de Mulima, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu. Au moins dix-huit personnes ont été tuées. Ce n’est plus une ligne de front qui se déplace, c’est un ciel qui frappe.
Le mode opératoire dit tout de ce basculement. Ce ne sont pas des positions militaires qui ont été visées, mais un village peuplé. « On dénombre de nombreuses victimes parmi les femmes, les hommes et les enfants, ainsi que des pertes de bétail. Les infrastructures sanitaires et scolaires ont été détruites, et plusieurs élèves ont vu leurs écoles anéanties », a détaillé l’administrateur du territoire de Fizi, Samy Badibanga. Dans la foulée, des populations entières ont fui vers Baraka et les localités voisines. Les autorités locales ont, elles, condamné « les violations répétées du territoire national par des avions rwandais ».
Ces frappes ne sont pas un épisode isolé, mais la marque d’une guerre qui se mène désormais aussi dans les airs. Les Forces armées de la RDC accusent la coalition RDF/AFC-M23 de recourir à des drones armés de type TB2 pour bombarder des zones habitées, à Mulima, à Mikenge, ou encore à Minembwe, où un hôpital a été détruit. Mais l’aérien n’est pas à sens unique: l’armée congolaise emploie elle aussi des drones contre les positions rebelles, comme à Masisi. L’institut de recherche Ebuteli le résume d’une formule: la guerre des drones s’intensifie.
Cette dimension aérienne change d’abord la géographie du conflit. En février, l’aéroport de Bangboka, à Kisangani, à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de front, a été visé par des drones kamikazes revendiqués par l’AFC/M23, qui affirmait viser un centre de commandement de drones de l’armée congolaise. Selon des observateurs cités dans un rapport, il est peu probable que ces engins légers aient parcouru une telle distance depuis les lignes rebelles, ce qui a fait naître l’hypothèse d’un groupe infiltré près de Kisangani. Autrement dit, le drone abolit le front: il peut frapper loin, là où l’on se croyait à l’abri.
Il change ensuite l’équation humaine. Parce qu’il frappe des villages, des marchés, des écoles et des hôpitaux, le drone alourdit le bilan civil et pousse des milliers d’habitants sur les routes, sans protection. Parce qu’il vient du ciel, il est difficile à intercepter pour une armée qui ne dispose pas d’une défense antiaérienne adaptée. Et parce qu’il permet de frapper sans engager d’hommes au sol, il abaisse le coût politique de l’escalade, au moment précis où la diplomatie promet l’inverse.
Car c’est là le paradoxe. Ces frappes se multiplient alors que l’accord de Washington, censé mettre fin à la guerre, prévoit une désescalade et le retrait des forces rwandaises. Les FARDC y voient une violation directe des engagements diplomatiques. Sur le terrain, chaque nouvelle attaque de drone sape un peu plus la crédibilité d’un processus de paix déjà à l’arrêt.
Reste, sous les carcasses de drones, la même réalité que dans toutes les guerres de l’Est: ce sont les civils qui comptent leurs morts. À Mulima comme à Minembwe, la technologie a changé, la victime, elle, n’a pas bougé. Le ciel est devenu un théâtre supplémentaire, et le sol, toujours, en paie le prix.
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