RDC: le patron de l’humanitaire de l’ONU réclame un accès « sans entrave » au Sud-Kivu
Après une rencontre avec la ministre congolaise des Affaires étrangères, Tom Fletcher lie Ebola et besoins humanitaires et désigne une province. Au Sud-Kivu, l’épidémie tient en trois cas, mais 2,4 millions de personnes sont déplacées et les axes sont tenus par des barrières.
RDC: le patron de l’humanitaire de l’ONU réclame un accès « sans entrave » au Sud-Kivu
AFP
Le patron de l’humanitaire des Nations unies a rendu compte d’une rencontre avec la ministre congolaise des Affaires étrangères en deux phrases qui disent l’essentiel de ce que l’ONU attend de Kinshasa. Sur son compte, Tom Fletcher écrit : « Notre coopération dans la lutte contre Ebola et pour répondre aux besoins humanitaires demeure essentielle. Nos équipes ont besoin d’un accès humanitaire sûr et sans entrave, surtout au Sud-Kivu. » La rencontre avec Thérèse Kayikwamba Wagner a été publiée sur le compte X de Tom Fletcher.
Tom Fletcher, patron de l’humanitaire de l’ONU, réclame un accès « sûr et sans entrave », « surtout au Sud-Kivu », après une rencontre avec Thérèse Kayikwamba Wagner. Au Sud-Kivu, Ebola se limite à trois cas, un décès et une seule zone de santé sur trente-quatre. La province compte environ 2,4 millions de déplacés, soit 44 % du total national recensé en avril.
Human Rights Watch a documenté plus de dix barrières sur le seul axe Baraka-Fizi, avec un péage de 1 000 à 2 000 francs. 243 incidents ont visé le personnel humanitaire en RDC entre janvier et juin, et six humanitaires ont été tués. Le plan de réponse 2026, révisé à 2,13 milliards de dollars, était financé à 49 % au 9 septembre.
Au Sud-Kivu, Ebola tient aujourd’hui en trois cas
La demande d’accès y vise d’abord la préparation, pas une flambée en cours. Le bulletin numéro 131 de l’Institut national de santé publique, arrêté au 22 septembre, recense pour l’ensemble du pays 7 820 cas confirmés, 3 779 décès et 63 zones de santé touchées sur 167. Au Sud-Kivu, il compte trois cas, un décès et une seule zone de santé sur trente-quatre, Miti-Murhesa. Le 16 septembre, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le disait sans détour : « Le Sud-Kivu n’a signalé aucun nouveau cas depuis mai. » L’épicentre de l’épidémie reste l’Ituri, et le foyer qui progresse est au Nord-Kivu.
Ce qui bloque, ce sont les axes
Sur le terrain, l’entrave est routière et armée. Human Rights Watch écrivait le 14 avril 2026 que « les forces armées congolaises et les groupes armés présents dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu entravent l’acheminement de l’aide humanitaire ». L’organisation décompte plus de dix barrières sur le seul axe Baraka vers Fizi, huit autres sur les cent trente kilomètres entre Baraka et Misisi, avec un péage de 1 000 à 2 000 francs congolais par passage prélevé par des Wazalendo. Conséquence mesurée dans les marchés : le sucre et le sel y coûtent cinq fois plus cher que dans les autres villes de la province. Minembwe, au cœur des hauts plateaux, est tenue par le Twirwaneho, que Human Rights Watch décrit comme allié du M23 et du Rwanda.
Deux millions quatre cent mille déplacés
Le Sud-Kivu est devenu, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, l’épicentre de la crise humanitaire congolaise. En avril 2026, l’agence y dénombrait environ 2,4 millions de déplacés internes, soit 44 % des 5,61 millions recensés dans le pays, dont plus de 300 000 nouveaux déplacements sur les deux premiers mois de l’année. Fin juin, l’analyse trimestrielle du groupe de travail sur l’accès faisait passer de 45 à 52 le nombre de zones de santé classées dégradées au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri.
Deux cent quarante-trois incidents, six humanitaires tués
Le coût humain du travail de secours est chiffré. Le 19 août 2026, le coordonnateur humanitaire en RDC, Damien Mama, faisait état de 243 incidents affectant le personnel humanitaire et de six humanitaires tués entre janvier et juin. « Les attaques contre les travailleurs humanitaires doivent cesser », déclarait-il ce jour-là. C’est cette réalité que recouvre la formule diplomatique d’un accès « sûr et sans entrave » : la sécurité des équipes autant que la liberté de circuler.
Un plan de 2,13 milliards financé à moitié
Le plan de réponse humanitaire révisé pour 2026 est évalué à 2,13 milliards de dollars et n’était financé qu’à 49 % au 9 septembre, soit 1,08 milliard manquant. Plus de 300 millions ont été mobilisés entre juin et septembre, dont 40,5 millions du fonds central d’intervention d’urgence, et les États-Unis ont annoncé une contribution supplémentaire de 225 millions. Sur le seul volet Ebola, le plan piloté par le gouvernement congolais porte sur 1,3 milliard de dollars pour six mois, et Fletcher a débloqué plus de 57 millions par le fonds central pour la RDC et les pays voisins.
Ce que le Conseil de sécurité a déjà exigé
La demande de Fletcher ne sort pas de nulle part. La résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, qui proroge le mandat de la MONUSCO jusqu’au 20 décembre 2026, exige à son paragraphe 41 que toutes les parties autorisent et facilitent la libre circulation du personnel, du matériel et des fournitures humanitaires, dans de bonnes conditions de sécurité, sans entrave et sans retard. Le même texte, à son paragraphe 14, exige que la Force de défense rwandaise cesse immédiatement son soutien au M23 et se retire du territoire congolais. En droit international humanitaire, les parties à un conflit gardent un droit de contrôle technique sur les convois de secours, jamais un droit de refus arbitraire.
Ce que Kinshasa a dit jusqu’ici
Le gouvernement congolais s’est engagé en février 2026 à faciliter les opérations humanitaires et la protection des civils, et il pilote lui-même le plan de riposte à Ebola présenté aux États membres le 1er septembre. Ce jour-là, devant eux, Tom Fletcher avait déjà posé le même constat : « Dans certaines zones, l’insécurité empêche les humanitaires d’accéder aux populations, alors que les systèmes de santé sont déjà fragiles. » Trois semaines plus tard, le message publié après la rencontre avec la ministre congolaise des Affaires étrangères désigne une province précise, et une seule.
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