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Comment Joseph Kabila a piégé la Procureure de la CPI face au Mossad

Selon Fatou Bensouda, une rencontre officielle avec Joseph Kabila à New York a servi de porte d’entrée au Mossad pour faire pression sur la CPI au sujet de la Palestine. Récit d’un piège diplomatique.

Comment Joseph Kabila a piégé la Procureure de la CPI face au Mossad
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 6 JUIN 2026 - 21:47 WAT · 5 min de lecture

La scène paraît presque irréelle. Une suite d’hôtel à New York. Une rencontre officielle entre Fatou Bensouda, alors procureure de la Cour pénale internationale, et Joseph Kabila, président de la RDC. Le motif annoncé : parler du dossier congolais, terrain historique de la CPI. Puis le rendez-vous bascule. Selon le récit de Bensouda, repris cette semaine dans une interview à Al Jazeera, l’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, apparaît dans la pièce. La discussion n’est plus congolaise. Elle devient israélo-palestinienne.

Une réunion officielle transformée en face-à-face

Ce que décrit Bensouda, ce n’est pas une simple rencontre imprévue. C’est un basculement de cadre. Elle pense participer à un échange institutionnel avec un chef d’État sur la RDC. Elle se retrouve face au patron des services secrets israéliens, venu lui faire passer un message sur l’enquête de la CPI concernant les crimes présumés en Palestine.

Le Guardian avait déjà documenté cet épisode en 2024, dans une enquête menée avec +972 Magazine et Local Call. Selon le média britannique, Yossi Cohen aurait utilisé cette rencontre à New York pour approcher directement Bensouda, dans une campagne destinée à l’amener à freiner ou abandonner l’enquête sur la Palestine. Le rôle prêté à Joseph Kabila est celui d’un facilitateur : il aurait donné au Mossad une porte d’entrée diplomatique vers la procureure.

Pourquoi le Mossad voulait atteindre Bensouda

À l’époque, l’enjeu est considérable pour Israël. Depuis l’adhésion de la Palestine au Statut de Rome, la CPI pouvait examiner des accusations de crimes de guerre commis dans les territoires palestiniens. Pour un État qui ne reconnaît pas la compétence de la Cour, le risque n’était pas théorique : la CPI peut viser des individus, y compris des responsables politiques ou militaires.

C’est dans ce contexte que Yossi Cohen, alors directeur du Mossad et proche de Benjamin Netanyahu, aurait été mobilisé comme émissaire officieux. Selon l’enquête du Guardian, Israël aurait mené pendant plusieurs années une opération secrète contre la CPI : surveillance, piratage, pressions, collecte d’informations sensibles et tentatives d’influence contre des responsables de la Cour.

Le Monde a également rapporté que cette campagne visait à empêcher la justice internationale d’avancer sur les dossiers liés aux territoires palestiniens, alors même que les procédures de la CPI devenaient de plus en plus sensibles pour les autorités israéliennes.

Le piège : utiliser le Congo pour parler de la Palestine

La force de la manœuvre tient à son habillage. Bensouda ne pouvait pas refuser facilement une rencontre avec Kabila : la RDC est l’un des premiers grands dossiers de la CPI, avec des enquêtes liées notamment aux crimes commis dans l’Est du pays. Le rendez-vous avait donc une apparence parfaitement légitime.

C’est là que se trouve le piège diplomatique. Le Congo sert de prétexte. La suite d’hôtel sert de décor. Kabila sert d’accès. Et le Mossad entre dans la pièce pour parler d’un tout autre dossier.

Si cette version est confirmée dans tous ses détails, l’épisode montre une chose : dans les relations internationales, le protocole peut devenir une arme. Il n’y a pas besoin de violence visible. Il suffit d’isoler un interlocuteur, de changer le sujet réel de la rencontre et de faire entrer un acteur dont la seule présence modifie le rapport de forces.

D’après le Guardian, Cohen aurait ensuite continué à contacter Bensouda, avec une approche décrite par plusieurs sources comme de plus en plus insistante et intimidante. L’ancien chef du Mossad n’a pas répondu aux sollicitations du média, tandis qu’Israël a rejeté les accusations, les qualifiant d’allégations fausses et infondées.

Ce que cette affaire révèle

L’épisode dit beaucoup de la fragilité de la justice internationale. La CPI dispose du droit, mais pas de la puissance. Elle n’a ni armée, ni police mondiale, ni capacité autonome d’imposer ses décisions aux États. Face à elle, des gouvernements disposent de services de renseignement, de réseaux diplomatiques, de sanctions et de canaux opaques.

Dans cette affaire, Bensouda représente la règle. Cohen représente la puissance clandestine. Kabila, selon les accusations rapportées, représente l’intermédiaire : celui qui transforme une rencontre officielle en couloir d’influence.

Le plus frappant est que la manœuvre n’a pas empêché la suite judiciaire. En 2021, Bensouda a ouvert l’enquête formelle sur la situation en Palestine. Son successeur, Karim Khan, a ensuite poursuivi le dossier, jusqu’aux demandes de mandats d’arrêt visant des responsables israéliens et du Hamas.

Le vrai enseignement est donc politique. La justice internationale ne flotte pas au-dessus du monde. Elle avance dans un champ de pression, de peur, d’intérêts stratégiques et de rapports de forces. Et parfois, ce rapport de forces se joue dans une pièce fermée, derrière une porte d’hôtel, au moment précis où une réunion officielle cesse d’être ce qu’elle prétendait être.

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B
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