Ejiba Yamapia, les Églises de réveil et la marche du 5 juin
Avec l’appel à marcher pour soutenir le changement constitutionnel, Évariste Ejiba Yamapia devient l’un des visages religieux du camp pro-réforme. Son engagement montre comment une partie du champ religieux entre dans une bataille politique majeure.
Un visage religieux pour une bataille politique
KINSHASA — Dans la bataille constitutionnelle qui s’ouvre, les partis politiques ne seront pas les seuls acteurs. La marche du 5 juin, portée par la Coalition citoyenne pour la Nation et associée à l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia, montre que les réseaux religieux veulent aussi peser dans le débat.
Ejiba Yamapia défend publiquement l’idée d’un changement constitutionnel qu’il présente comme nécessaire à la refondation de l’État. En appelant à une marche pacifique, il ne se contente pas d’une prise de position doctrinale. Il entre dans la mobilisation concrète : appel, cortège, destination, slogans, relais communautaires.
Ce passage de la parole à la rue change son rôle. Il n’est plus seulement un responsable religieux qui donne un avis sur le pays. Il devient un acteur d’une séquence politique où chaque camp cherche à prouver qu’il dispose d’un soutien populaire.
Pourquoi les Églises comptent
En RDC, les Églises sont des lieux de prière, mais aussi des lieux d’information, de solidarité, d’encadrement social et parfois de mobilisation politique. Les responsables religieux peuvent parler à des communautés que les partis politiques atteignent difficilement.
Cette puissance d’intermédiation explique l’intérêt de tous les camps pour les confessions religieuses. Lorsqu’un responsable religieux appelle à marcher, il ne mobilise pas seulement une opinion personnelle. Il active un réseau : pasteurs, responsables de jeunesse, femmes, chorales, cellules locales, fidèles, médias confessionnels.
Mais cette puissance impose une exigence de transparence. BETO devra demander aux organisateurs si la marche est portée par des citoyens croyants, par une structure religieuse, par des plateformes politiques ou par une combinaison de ces forces. La nuance est essentielle.
Une Constitution de « belligérance » ?
Dans son argumentaire, Ejiba Yamapia et les partisans de la réforme présentent souvent la Constitution de 2006 comme un texte issu d’un contexte de sortie de guerre, de compromis entre anciens belligérants et de fragilité institutionnelle. Ils soutiennent qu’elle ne répond plus aux défis actuels de la RDC : sécurité, gouvernance, stabilité, souveraineté économique et efficacité de l’État.
Cette thèse mérite d’être discutée sur le fond. Une Constitution peut effectivement être contestée, révisée ou repensée. Mais dans le contexte congolais, toute discussion sur le changement constitutionnel est immédiatement traversée par une suspicion : celle d’un possible troisième mandat.
Le défi d’Ejiba Yamapia et des pro-réforme est donc de convaincre que leur combat dépasse la personne de Félix Tshisekedi. Le défi de l’opposition est de démontrer que la réforme cacherait bien un agenda de maintien au pouvoir. Entre ces deux récits, les Congolais sont placés au centre d’une bataille de confiance.
La foi, la rue et la Constitution
La marche du 5 juin pose une question plus large : les Églises doivent-elles descendre dans la rue pour défendre une orientation constitutionnelle ? Les partisans de la mobilisation répondent que les croyants sont aussi citoyens et qu’ils ont le droit de s’exprimer sur l’avenir des institutions.
Les critiques, eux, craignent une politisation des chaires, une confusion entre consigne spirituelle et consigne politique, ou une mobilisation de fidèles qui ne disposent pas tous des mêmes informations sur les enjeux juridiques du débat.
Cette tension n’est pas nouvelle dans l’histoire congolaise. Les Églises ont souvent joué un rôle de médiation, d’opposition, de plaidoyer ou d’appui à certains combats publics. La nouveauté, ici, tient à l’objet : il ne s’agit pas seulement de dénoncer une crise, mais de soutenir ou de combattre un changement constitutionnel.
Ce que l’entretien doit obtenir
Un grand entretien avec Ejiba Yamapia doit poser les questions que le public se pose déjà : qui organise la marche ? Qui la finance ? Quels sont ses relais politiques ? Quel lien avec l’Union sacrée ? Quelles garanties de sécurité ? Quel article de la Constitution doit être changé ? Le mandat présidentiel est-il concerné ou non ?
Ces questions ne sont pas hostiles. Elles sont nécessaires. Si les pro-réforme veulent défendre la souveraineté populaire, ils doivent expliquer le chemin, les garde-fous et les conséquences. Si les Églises veulent participer au débat, elles doivent assumer le caractère politique de leur intervention.
Ejiba Yamapia devient ainsi l’un des premiers visages d’une bataille où les leaders religieux ne seront plus des arbitres extérieurs, mais des acteurs exposés. La marche du 5 juin dira jusqu’où cette implication peut aller. L’évêque Pascal Mukuna figure parmi les responsables religieux qui ont relayé l’appel.
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