Kinshasa exige « des garanties » de retrait du M23/Rwanda avant les accords attendus à la Maison Blanche
À l’approche d’un sommet décisif avec Donald Trump à la Maison Blanche, Kinshasa hausse le ton. La RDC refuse de conclure tout accord de paix sans garanties concrètes de retrait du M23 et d’un désengagement formel du Rwanda, accusé de soutenir militairement la rébellion. Un accord diplomatique a été signé à Washington, mais le gouvernement congolais exige désormais des engagements écrits et vérifiables.
Kinshasa exige « des garanties » de retrait du M23/Rwanda avant les accords attendus à la Maison Blanche
AFP
La République démocratique du Congo refuse d’avancer vers un accord de paix sans garanties claires. Avant même le sommet prévu le mois prochain avec le président américain Donald Trump, Kinshasa exige des engagements écrits : le retrait des rebelles du M23 des territoires occupés, mais aussi l’adhésion formelle du Rwanda à cette désescalade. L’information a été confirmée par la ministre congolaise des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner lors d’un entretien accordé à Bloomberg en marge d’une réunion diplomatique à Washington.
Le M23 contrôle aujourd’hui une portion stratégique de l’est congolais, incluant deux des plus grandes villes de la région. Bien que les rebelles ne soient pas signataires directs du dernier accord parrainé par les États-Unis, la RDC veut que leur retrait soit acté formellement avant la rencontre présidentielle. « Je veux être certaine qu’avant ce sommet, nous aurons un engagement tangible », a déclaré Kayikwamba. « Il est crucial pour nous d’avoir des garanties claires, à la fois de la part de l’État rwandais et du M23. »
L’accord signé vendredi dans la capitale américaine par les gouvernements congolais et rwandais vise à soutenir les discussions en cours à Doha, sous médiation qatarie. Il s’inscrit dans une nouvelle tentative américaine de peser sur les conflits mondiaux, après les annonces controversées de Donald Trump sur la Russie, Gaza et l’Ukraine. Mais la marge de manœuvre reste étroite. En dehors du M23, une multitude de groupes armés continuent d’opérer à l’est de la RDC, alimentant une instabilité endémique vieille de plusieurs décennies.
L’un des points centraux du nouveau cadre diplomatique porte sur la « neutralisation » du FDLR, groupe armé issu des milices responsables du génocide rwandais de 1994. Kigali cite depuis toujours la présence du FDLR comme motif sécuritaire pour justifier ses interventions à l’est du Congo. Kinshasa, de son côté, propose une approche par la sensibilisation communautaire afin d’encourager les combattants à se rendre volontairement, se désarmer et être rapatriés.
La ministre reconnaît cependant la complexité du désengagement. Selon elle, un retrait complet ne peut pas être improvisé : « Le retrait rwandais implique les troupes, les équipements, les infrastructures. Cela doit obéir à un séquençage. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut improviser du jour au lendemain. » Elle insiste sur des gestes progressifs et coordonnés, indispensables pour bâtir une confiance minimale entre les parties.
Sur le plan économique, l’accord esquisse un projet ambitieux d’intégration régionale. Des coentreprises minières pourraient voir le jour pour exploiter les richesses de l’est congolais, en particulier l’or, le tantale, le tungstène ou l’étain. Kayikwamba évoque notamment la construction d’un barrage hydroélectrique à 760 millions de dollars sur le fleuve Ruzizi, destiné à alimenter en énergie le Rwanda, la RDC et le Burundi. Ce projet est présenté comme un levier de stabilisation durable, bien que Kinshasa reste très méfiante face aux pillages miniers documentés depuis des années par les Nations Unies et l’Union européenne.
Dans son discours de la fête de l’indépendance, le président Félix Tshisekedi a par ailleurs confirmé qu’un autre accord stratégique était en cours avec les États-Unis pour sécuriser l’exploitation du cuivre, du cobalt et du lithium dans le sud du pays, loin de la zone de conflit. Kayikwamba, elle, voit dans le nouvel engagement américain une rupture diplomatique significative : « Ce qui change aujourd’hui, c’est le niveau d’adhésion politique. Nous n’avions pas connu un tel engagement depuis très longtemps dans la région des Grands Lacs. Les États-Unis donnent le signal qu’investir dans la paix est désormais une condition préalable à tout investissement économique. »
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