« L’Église ne peut pas se taire là où la population souffre » : Mgr Nshole répond à Bemba
« L’Église ne peut pas se taire là où la population souffre » : Mgr Nshole répond à Bemba
AFP
Accusée par Jean-Pierre Bemba de jouer un rôle politique déguisé, l’Église catholique, par la voix de Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO (Conférence Épiscopale Nationale du Congo), a rejeté ces allégations avec fermeté. Qualifiée de « politiciens en robe » par le Vice-Premier ministre en charge des Transports, l’Église se défend et réaffirme son engagement moral et social en faveur des Congolais.
« Nous n’avons aucune intention de faire de la politique. Ceux qui font la politique, c’est pour briguer des postes et diriger. Nous, nous sommes là comme des pasteurs qui veillent sur le bien-être de nos brebis. Si le pays est bien gouverné, si la population vit dignement, l’Église n’aurait pas besoin de s’intéresser aux questions politiques. Comme l’a dit le pape Benoît XVI : “L’Église ne peut pas se taire là où la population souffre.” », a répondu Mgr Nshole lors d’une interview accordée à TOP CONGO FM.
Cette déclaration intervient dans un climat de tension entre certains responsables politiques et l’Église catholique. Depuis plusieurs années, la CENCO joue un rôle majeur dans les débats sociaux et politiques, en dénonçant les injustices, les lacunes en matière de gouvernance et les crises sécuritaires qui frappent la population congolaise.
Les critiques de Jean-Pierre Bemba interviennent alors que le président Félix Tshisekedi, lors de la commémoration du 60e anniversaire du martyre de la bienheureuse Anuarite Nengapeta à Isiro, a adressé un message de coopération à l’Église. Le chef de l’État a réaffirmé son désir de collaboration, tout en appelant l’institution religieuse à jouer pleinement son rôle de rassembleur et d’arbitre social pour favoriser l’unité nationale. « Nous avons besoin de paix, car la paix, c’est le socle de tout développement. L’Église, au même titre que tous les acteurs sociaux, est invitée à jouer sa partition pour aider les Congolais à s’unir et à trouver des solutions à leurs problèmes par le dialogue. Elle doit donc être réellement au milieu du village », avait insisté Félix Tshisekedi.
Cependant, la position de l’Église reste inchangée. Pour Mgr Nshole, l’intervention de la CENCO dans les affaires publiques est une nécessité morale lorsque les souffrances du peuple sont ignorées. « L’Église agit comme une sentinelle. Si elle s’exprime, c’est parce qu’elle porte la voix des sans-voix. »
Ce débat relance une question de fond sur la place de l’Église dans la société congolaise. D’un côté, certains y voient un engagement excessif, perçu comme une forme d’opposition déguisée. De l’autre, de nombreux Congolais considèrent l’Église comme un rempart essentiel contre les dérives du pouvoir, une institution capable de défendre les intérêts du peuple face à l’instabilité sociale et politique.
Dans un pays marqué par les crises sécuritaires à l’Est, les tensions politiques et les défis socio-économiques, le rôle de l’Église reste central. Alors que le gouvernement appelle à une collaboration constructive, les échanges musclés entre Jean-Pierre Bemba et l’Église illustrent les tensions persistantes.