Chroniques Léopards : on rigole, mais personne ne sait toujours comment ils vont marquer un but au Mondial

Léopards : on rigole, mais personne ne sait toujours comment ils vont marquer un but au Mondial

À trois jours d'affronter le Portugal, l'attaque congolaise reste une énigme. Bakambu et les siens ont bouclé leur préparation sans le moindre but d'attaquant, et le buteur congolais le plus prolifique en club cette saison regardera le tournoi depuis son canapé.

Léopards : on rigole, mais personne ne sait toujours comment ils vont marquer un but au Mondial
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 15 JUIN 2026 - 03:20 WAT · 5 min de lecture

À Orléans, le 9 juin au soir, il restait deux minutes à jouer et un aveu à faire. Menés 2-0 par le Chili pour leur dernière répétition avant la Coupe du monde, les Léopards cherchaient encore le chemin du but. Ils l’ont trouvé à la 88e minute, par un défenseur. Joris Kayembe, latéral de métier, a sauvé l’honneur d’une sélection dont aucun attaquant, ce soir-là, n’avait su tromper le gardien adverse. Six jours plus tôt, face au Danemark, le tableau était resté vierge : 0-0. Deux matchs de préparation, pas un but d’avant-centre. À l’entrée dans le plus grand rendez-vous de leur histoire, voilà ce que les Congolais glissaient dans leurs valises pour l’Amérique : une défense de fer, et une énigme.

La dernière fois qu’une équipe de ce pays avait disputé un Mondial, elle s’appelait le Zaïre, Mobutu régnait à Kinshasa, et c’était il y a cinquante-deux ans. En 1974, en Allemagne, les Léopards étaient repartis avec quatorze buts encaissés en trois matchs et pas un seul marqué. Un demi-siècle plus tard, la crainte de rester muet est devenue une vieille connaissance.

Cinq buts, un seul vrai numéro neuf

Rembobinons. À la dernière Coupe d’Afrique des nations, disputée au Maroc l’hiver dernier, la RDC avait pourtant donné le change. Quatre matchs, cinq buts, une qualification arrachée jusqu’aux huitièmes — avant de buter sur l’Algérie, battue un à zéro après prolongation, et de sortir par la petite porte le soir précis où il fallait marquer. On peut regarder ces cinq buts à la loupe. Un seul est l’œuvre d’un avant-centre de métier, Cédric Bakambu. Les autres sont tombés des pieds d’un ailier, Théo Bongonda, d’un milieu, Arthur Mbuku, et d’un meneur de jeu de 34 ans, Gaël Kakuta, auteur d’un doublé contre le Botswana. Ajoutez-y deux réalisations refusées par la VAR sur ces quatre rencontres, et vous obtenez une équipe qui marque par effraction, jamais par habitude. Au pays, la malchance devant le but a fini par devenir une blague que tout le monde connaît.

Le doute, lui, ne date pas du Maroc. Il remonte à un soir de septembre 2025, au Stade des Martyrs de Kinshasa, quand les Léopards menaient le Sénégal deux à zéro après une demi-heure, portés par Bakambu puis Yoane Wissa, et que tout un pays se voyait déjà en tête de son groupe. La suite tient en trois buts encaissés et une défaite, deux à trois. Depuis cette soirée, une idée s’est logée dans les têtes et n’en est plus sortie : cette sélection sait empêcher l’adversaire de gagner, mais elle ne sait pas tuer un match.

Le buteur resté au pays

Et puis il y a le nom qui fâche. Cette saison, Afimico Pululu a planté vingt buts en quarante-deux matchs toutes compétitions, en Pologne. Vingt. À l’heure de composer sa liste des vingt-six pour le Mondial, Sébastien Desabre ne l’a pas appelé. Le sélectionneur a retenu quatre attaquants — Bakambu, Wissa, Fiston Mayele et Simon Banza — dont un Wissa qui a passé l’essentiel de sa saison à Newcastle entre l’infirmerie et le banc. Le meilleur buteur congolais en club cette saison, lui, suivra la compétition à la télévision.

La nouvelle n’est pas passée. Sur Instagram, la grande sœur de Pululu, qui signe ses messages « Moski », a pris la plume pour son cadet. « Aujourd’hui, le football africain nous a encore montré que le talent ne suffit pas toujours », a-t-elle écrit, avant d’ajouter, plus tranchante : « Tu es arrivé sans piston, sans favoritisme, juste avec le travail, le courage et le mérite. » Une colère de famille, pas un communiqué officiel. Mais elle a coupé les supporters en deux, entre ceux qui pleurent un buteur sacrifié et ceux qui rappellent qu’un sélectionneur choisit qui il veut.

Desabre, avocat de sa propre cause

Le principal intéressé, lui, ne voit pas le problème, ou refuse de le voir. Interrogé au lendemain du Chili sur les critiques qui montent des réseaux, Desabre a sorti les statistiques comme on sort un alibi. « Il faut voir les stats dans sa globalité. Si on prend les derniers matchs qu’on a joués, je pense qu’on n’a pas fait de 0-0 (…). On a gagné contre le Bénin, on en a fait 3 contre 2 contre le Sénégal, 3 contre le Botswana, 1 contre la Jamaïque. » Puis la formule qui restera, presque un soupir de coach : « C’est très difficile de marquer des buts parce que les équipes sont bien organisées. »

Le piège s’est refermé tout seul. En voulant prouver que son attaque carburait, le sélectionneur a récité une litanie de scores au compte-gouttes — un but ici, un but là, une qualification décrochée d’un petit un à zéro contre la Jamaïque. Il plaidait l’abondance ; il a fait l’inventaire de la disette.

Mercredi, à Houston, les Léopards entreront sur la pelouse du premier Mondial de leur histoire moderne. En face, le Portugal et Cristiano Ronaldo, puis la Colombie, puis l’Ouzbékistan. Trois adversaires, une défense réputée pour ne rien lâcher, et une dernière chose dont Sébastien Desabre ne s’est pas tout à fait dépêtré avec ses statistiques : il faudra bien, à un moment, mettre le ballon au fond.

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B
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