Contenu local : la RDC veut congoliser ses mines, entre promesse de souveraineté et risque de prête-noms
Louis Watum Kabamba, ministre des mines en visite à la société CDM
© Celcom ministère des mines
AFP
C’est une loi qui veut faire entrer les Congolais dans les chaînes de valeur dont on les dit exclus. Le 3 juillet 2026, Félix Tshisekedi a promulgué la loi sur le contenu local, aboutissement d’une réforme lancée deux ans plus tôt pour obliger les grandes entreprises, à commencer par les compagnies minières, à sous-traiter davantage auprès d’acteurs nationaux, à employer et former des Congolais et à leur ouvrir une part du capital. Présentée comme un levier de souveraineté économique, la mesure suscite autant d’espoirs que de soupçons, tant le passé de ce type de dispositif est jonché de contournements.
Le texte refond le régime de la sous-traitance en vigueur depuis 2017 et lui donne une portée transversale, couvrant selon ses promoteurs les mines, les infrastructures, l’énergie et les services. Amorcée par Louis Watum Kabamba lorsqu’il était ministre de l’Industrie, adoptée en Conseil des ministres en juin 2025, la réforme entend faire émerger un tissu de petites et moyennes entreprises congolaises capables de capter une partie de la manne extractive. Selon plusieurs médias congolais, la loi imposerait aux nationaux de détenir entre 20 et 30 % du capital des sociétés concernées et réserverait une fraction aux travailleurs, mais ces seuils précis, non confirmés par le texte officiel, restent à vérifier, une bonne partie du dispositif étant renvoyée à des décrets d’application encore attendus.
L’ambition affichée est cohérente avec la reprise en main du secteur minier engagée par Kinshasa. Dans un pays qui fournit plus de 70 % du cobalt mondial mais n’en transforme presque rien sur son sol, l’idée de retenir localement une part de la valeur, des emplois et des compétences répond à une frustration ancienne. « Ceux qui veulent faire de l’argent au Congo doivent venir créer des emplois au Congo, s’y installer et contribuer au développement de l’économie », résumait, à propos de la sous-traitance, le patron de l’Autorité de régulation du secteur, Miguel Kashal Katemb.
Mais c’est là que le soupçon d’arnaque se glisse, et il n’a rien d’un procès d’intention. Le régulateur lui-même reconnaît l’ampleur du phénomène des prête-noms, ces Congolais figurant comme associés sans détenir de parts réelles, simples paravents de capitaux étrangers. L’Autorité de régulation a radié environ 1 200 sociétés jugées irrégulières et chiffre à quelque huit milliards de dollars par an les pertes liées aux violations des règles de sous-traitance. Autrement dit, réserver des parts aux nationaux ne garantit pas qu’elles leur reviennent vraiment, l’expérience récente montrant le contraire.
Les juristes pointent une faiblesse de conception. En imposant une participation congolaise sans définir les mécanismes qui la rendent effective, avertit le cabinet legalRDC, la loi risque de faire des bénéficiaires de simples « porteurs transitoires de titres », vite rachetés par des intermédiaires, aboutissant à une « participation fictive » et à une insécurité juridique pour tous. S’y ajoute la question des capacités, peu d’entreprises congolaises disposant des certifications techniques exigées par les standards miniers, au risque de renchérir les coûts ou de nourrir de nouveaux circuits de corruption. Du côté des compagnies, la Chambre des mines redoute une atteinte à la sécurité juridique et réclame de la clarté.
La contradiction au sommet de l’État illustre le dilemme. Dix jours à peine après avoir promulgué cette loi de reprise en main, Félix Tshisekedi demandait à ses régies financières de cesser les mesures coercitives contre les compagnies minières, au nom de la confiance des investisseurs. D’un côté, congoliser et encadrer, de l’autre, ménager et rassurer, l’exécutif avance sur une ligne de crête, entre la volonté de tirer davantage de ses minerais et la crainte de faire fuir ceux qui les extraient.
L’histoire tranchera entre l’opportunité et la manœuvre, et elle se jouera dans les décrets d’application plus que dans le principe. Bien conçue, appuyée sur une certification sérieuse des entreprises locales et une traque des prête-noms, la loi sur le contenu local peut faire naître une classe d’entrepreneurs miniers congolais. Mal exécutée, elle grossira la liste des bonnes intentions détournées, où le drapeau de la souveraineté couvre les mêmes intérêts qu’auparavant. Entre les deux, il n’y aura pas de miracle législatif, seulement la rigueur, ou son absence, dans l’application.
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