RDC : le SYECO pose six exigences pour la rentrée et dénonce une audience refusée
Dans sa déclaration n° 011 du 26 août 2026, le Syndicat des enseignants du Congo réclame 500 dollars, la mécanisation des non payés et la retraite par la CNSSAP, à six jours de la rentrée.
Photo des finalistes du secondaire à Béni ce lundi 28 juillet à l'institut Bungulu
AFP
Le Syndicat des enseignants du Congo a réuni son assemblée générale le 26 août 2026 à son siège national de Matonge, dans la commune de Kalamu à Kinshasa. La déclaration adoptée ce jour-là, enregistrée sous le numéro 011/CTK/CN/2026, formule six exigences adressées au gouvernement à six jours de la rentrée scolaire.
Le calendrier scolaire signé le 26 juin 2026 par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté fixe cette rentrée au mardi 1er septembre 2026, pour une année de 222 jours ouvrables dans le primaire, le secondaire et le technique, et de 192 jours dans le maternel. La clôture est prévue le 2 juillet 2027.
Les six points
La retraite. Le syndicat réclame « la mise en place effective d’un mécanisme transparent et équitable de prise en charge de la retraite des enseignants et du personnel de l’éducation à travers la caisse de retraite », en visant la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État. La déclaration ajoute : « Un enseignant qui a servi la Nation mérite une retraite digne. »
La mutuelle de santé. Les enseignants « rejettent toute proposition d’adhésion au Fonds Solidaire de Santé (FSS) lorsqu’elle est envisagée au détriment ou en remplacement du système de la MESP sans concertation préalable ». Le texte réaffirme leur attachement à une couverture sanitaire accessible aux enseignants et à leurs familles.
Les non payés et les nouvelles unités. Le SYECO exige la mécanisation et le paiement des enseignants dits NP et NU. « Il est inadmissible qu’un enseignant puisse exercer pendant plusieurs années sans rémunération régulière », écrit-il.
Le salaire. C’est le point le plus attendu : « Les enseignants membres du SYECO exigent au Gouvernement la revalorisation du salaire mensuel de l’enseignant à la hauteur de 500 dollars américains, ou son équivalent en franc congolais. »
Les banques payeuses. Le syndicat demande la révision du système de paiement pour garantir le libre accès aux services bancaires, la réduction des frais prélevés sur les salaires et la transparence des opérations de paie. Il réclame en outre la création d’une banque unique pour les enseignants.
Les inspecteurs. Le dernier point porte sur une amélioration substantielle des conditions de travail et de rémunération des inspecteurs de l’éducation.
L’audience que le syndicat dit avoir demandée
La déclaration se referme sur un grief de procédure. Les enseignants « constatent avec profonde désolation le refus par la Minétat de leur accorder l’audience demandée à travers la correspondance du 20 AOUT 2026, réceptionnée au cabinet sous n° 6213 ».
La formulation appelle deux précisions. Le portefeuille est occupé par Raïssa Malu, ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, intitulé qui a remplacé celui de l’Enseignement primaire, secondaire et technique. Et le SYECO ne rapporte pas de réponse écrite du cabinet : il constate l’absence d’audience à la date de son assemblée générale. Le ministère n’a pas réagi publiquement à cette déclaration.
Ce que le gouvernement a instruit le 14 août
Le syndicat s’appuie sur la 96e réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 14 août 2026. Le compte rendu officiel de la Primature consacre à la rentrée un point intitulé « De la nécessité de garantir une rentrée scolaire 2026-2027 apaisée, effective et inclusive sur l’ensemble du territoire national ».
L’instruction visant les syndicats y est adressée à la ministre d’État : le chef de l’État lui demande « d’intensifier le dialogue avec les partenaires sociaux, de faire le point sur l’exécution des engagements du Gouvernement et de prendre toutes les dispositions nécessaires pour garantir une rentrée effective, apaisée et sans perturbation des enseignements ». La Première ministre est, elle, chargée de coordonner un dispositif gouvernemental spécial. Le compte rendu cite Félix Tshisekedi : « Aucun enfant Congolais ne doit être laissé au bord du chemin de l’école. »
Les ministres du Budget et des Finances ont été enjoints de sécuriser la prise en charge des engagements financiers de l’État dans l’éducation, afin de prévenir toute tension susceptible d’affecter la rentrée.
Une revendication de deux ans
Le montant de 500 dollars n’est pas nouveau. Le comité national du SYECO le portait déjà dans une déclaration d’août 2024, et les enseignants avaient marché à Kinshasa le 29 octobre 2024 pour le réclamer. Le 30 avril 2026, lors de la Journée nationale de l’enseignement, la Synergie des syndicats d’enseignants le reprenait à son compte en soulignant l’absence de résolution depuis le lancement des travaux sur la politique salariale.
Les assises de la Commission paritaire Gouvernement-Banc syndical, tenues à Bibwa en août 2024, avaient acté une augmentation de 100 000 francs congolais par enseignant. Le rapport annuel 2025 du ministère affirme que les engagements de Bibwa ont été réalisés à près de 90 %. Les syndicats contestent ce bilan.
Sur le terrain de la paie, la Direction nationale de contrôle et de paie des enseignants a annoncé le 12 août 2026, par la voix de son directeur national Vital Lumbala, que « au moins 24 296 enseignants ont ainsi vu leur situation régularisée au titre de la prime de gratuité ».
Le SYECO n’est pas seul
La déclaration s’inscrit dans une semaine dense. Le 26 août, l’intersyndicale des enseignants du Maniema a conditionné la rentrée à une série d’exigences, dont l’arrêt de prélèvements de 10 000 à 15 000 francs congolais sur les salaires versés par une banque. Le même jour, l’Intersyndicale des enseignants de Maï-Ndombe 1 annonçait par la voix de son président Gédéon Mfuba Bompagne : « Face à cette situation, l’Intersyndicale décide une grève sèche dès la rentrée scolaire 2026-2027 en cas de non-satisfaction de la présente revendication. »
Pendant ce temps, les responsables provinciaux de l’éducation des 26 provinces étaient réunis à Kinshasa les 26 et 27 août. Raïssa Malu y a déclaré : « Les réformes doivent commencer à se voir dans les écoles et à entrer dans les classes. »
À cela s’ajoute une contrainte sanitaire. Un communiqué du ministère daté du 19 août maintient la rentrée au 1er septembre sur toute l’étendue du territoire, tout en instaurant un dispositif différencié dans les zones touchées par Ebola : 18 sous-divisions éducationnelles, soit environ 2 890 établissements, sont classées à haut risque.
Ce que la déclaration ne dit pas
Le texte n’annonce ni grève, ni boycott, ni journée morte. Il n’assortit ses six exigences d’aucun ultimatum daté et ne dit pas ce que fera le syndicat si le gouvernement ne répond pas avant le 1er septembre. La déclaration porte la signature de la secrétaire générale, sans que le nom soit dactylographié sur le document ; Cécile Tshiyombo occupait cette fonction, confirmée par Radio Okapi jusqu’en février 2026.
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