Société À Houston, les Congolais d’Amérique ont retrouvé une raison de chanter
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GRAND REPORTAGE

À Houston, les Congolais d’Amérique ont retrouvé une raison de chanter

Watch parties, maillots bleus et fierté retrouvée : récit de la mobilisation des Congolais des États-Unis derrière les Léopards au Mondial 2026.

Lecture : 4 min
La Rédaction 21 juin 2026

Quand Yoane Wissa a surgi au point de penalty, juste avant la pause, le GSH Event Center de Houston a explosé. Cris, danses, prières : la salle, louée pour suivre le match sur écran géant, a basculé d’un coup. Elle avait refusé du monde ; à la fin de la rencontre, elle a fini par ouvrir ses portes aux supporters massés dehors. La scène, rapportée par la chaîne locale KHOU, raconte mieux qu’un chiffre ce que le 17 juin a réveillé chez les Congolais d’Amérique.

Ce jour-là, à quelques kilomètres de là, au NRG Stadium, la RD Congo tenait le Portugal en échec, 1-1, devant 68 777 spectateurs en grande majorité acquis à Cristiano Ronaldo. Au milieu de cette marée, quelques poches de bleu. Des maillots des Léopards, perdus dans le rouge portugais, mais présents. Cinquante-deux ans après la dernière apparition du Congo en Coupe du monde, sous le nom de Zaïre, la diaspora avait fait le déplacement.

Elle s’était préparée pour ça. Dans les jours précédant le match, l’équipe avait été accueillie à son hôtel par des supporters, selon le Houston Chronicle, puis avait ouvert un entraînement au public. L’ambassade avait monté une exposition culturelle de trois jours, avec plats congolais et stands d’artistes. « C’est tellement excitant. Nous sommes là pour célébrer notre équipe », confiait au quotidien texan Dan Pola, récemment installé à Houston. « Des gens viennent de partout pour s’assurer qu’elle soit bien soutenue. »

Derrière la fête, un travail d’organisation. Une commission citoyenne, le World Cup Special Commission Houston, avait coordonné le soutien local. Son coordinateur, Marcus Mpwo, installé depuis plus de vingt ans aux États-Unis, y voyait davantage qu’un rendez-vous sportif. « Nous avons des langues différentes, des dialectes différents, des tribus différentes au Congo », expliquait-il au Defender Network. « Mais avec la Coupe du monde, tout cela se rassemble. C’est vraiment incroyable, ce que le sport peut faire pour briser les divisions. »

Cette idée revient dans presque tous les témoignages recueillis sur place. Celui de Tshiunza Kalubi, arrivé cinq ans plus tôt, en dit long. « C’est vraiment la première fois que je rencontre une grande partie de la communauté », racontait-il au même média. « Le sport nous rassemble, peu importe la tribu, peu importe la classe sociale. » Et d’ajouter une phrase qui résume l’enjeu : « C’est probablement la première fois en une génération que le Congo est associé à un titre de presse positif. »

La mémoire, ici, joue à plein. Augustin Kabongo, soixante-douze ans, se souvient encore de 1974. « Allez-y, faites quelque chose. Nous sommes derrière vous », lançait-il, cité par le Houston Chronicle, comme un passage de témoin entre deux générations de Léopards.

Les chiffres de la communauté restent flous. L’ambassadrice de la RDC aux États-Unis, Kapinga Yvette Ngandu, espérait jusqu’à 20 000 supporters venus « de près et de loin ». Le recensement américain, lui, ne dénombre que quelques milliers de Congolais à Houston même, davantage si l’on élargit au Texas et à l’ascendance déclarée. Peu importe l’arithmétique exacte : la mobilisation a dépassé le seul cercle des résidents de la ville, avec des relais coordonnés jusqu’à Dallas et San Antonio.

Le président Félix Tshisekedi avait fait le voyage avec la Première dame, Denise Nyakeru. Après la rencontre, il s’est adressé à la diaspora. « Les Léopards nous ont rendus fiers », a-t-il déclaré. « Mes chers frères, faites-moi confiance. Continuez à les soutenir. Ils sont les ambassadeurs de notre pays. »

L’histoire ne s’arrête pas à Houston. Mardi, les Léopards défient la Colombie à Guadalajara, au Mexique. Le 27 juin, ils joueront à Atlanta, où vit une autre communauté congolaise, concentrée autour de Clarkston, l’une des villes les plus diverses du pays. La caravane bleue se déplace avec l’équipe.

Reste ce que résumait Tshiunza Kalubi, en évoquant la génération de sa mère : Muhammad Ali, George Foreman et le combat de Kinshasa en 1974, l’année même où le Zaïre découvrait une Coupe du monde. Un demi-siècle plus tard, à Houston, des Congolais d’Amérique ont eu le sentiment de renouer ce fil. Et, le temps d’une tête de Wissa, de chanter à nouveau pour le même pays.

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