RDC : « Nous n’avons pas un paradis », John Banza plaide un changement de regard à Bruxelles
Reçu au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale par son président Bertin Mampaka, né à Kinshasa, le ministre des Infrastructures a invité les entreprises belges dans le chantier de reconstruction congolais. Les mesures disponibles sur le climat des affaires donnent la dimension de la marche à franchir.
RDC : « Nous n’avons pas un paradis », John Banza plaide un changement de regard à Bruxelles
AFP
Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a été reçu au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale par son président, Bertin Mampaka, selon une communication de son ministère. Il y a plaidé pour « un changement de regard » sur la République démocratique du Congo et invité les entreprises belges à s’inscrire au cœur du chantier de reconstruction du pays. Sur le climat des affaires congolais, il a résumé sa position d’une formule : « Nous n’avons pas un paradis, mais nous n’avons pas un enfer non plus. »
La scène a sa part de symbole. Bertin Mampaka Mankamba est né à Kinshasa le 6 avril 1957. Conseiller communal de la Ville de Bruxelles depuis 2000, échevin de 2004 au début des années 2010, député bruxellois depuis 2004, sénateur des entités fédérées de 2013 à 2019, il a été élu président du Parlement bruxellois le 25 juin 2024, d’après le site de l’assemblée. Il siège dans le groupe du Mouvement réformateur, qu’il a rejoint le 18 septembre 2020. La présidence du Parlement bruxellois vaut aussi présidence de l’Assemblée réunie de la Commission communautaire commune, les deux bureaux étant les mêmes.
Le déplacement a duré plusieurs jours. Le vendredi 25 septembre, le ministre s’est entretenu à Bruxelles avec les responsables du consortium belgo-international chargé du projet de tramway de Kinshasa et de Lubumbashi, évalué à 9 milliards de dollars. La veille, le jeudi 24 septembre, il s’était adressé à une cinquantaine d’investisseurs et d’opérateurs économiques belges à l’ambassade de la RDC à Bruxelles, d’après le compte rendu de la représentation diplomatique. Il a également rencontré la diaspora congolaise de Belgique.
Ce que le ministre a chiffré devant les opérateurs belges
Le compte rendu de l’ambassade donne la mesure de ce qui a été mis sur la table. Le ministre a fixé pour cible le passage d’environ 3 000 à environ 8 000 kilomètres de routes revêtues, et présenté un corridor intérieur prioritaire de 22 000 kilomètres censé relier les 26 provinces. Trois axes ont été nommés : la nationale 1 de Moanda à Sakania, 3 300 kilomètres ; l’autoroute de la nationale 2 entre Mbuji-Mayi et Bukavu, 1 080 kilomètres ; la nationale 7 de Kananga à Kisangani, 1 200 kilomètres. S’y ajoutent 28 000 kilomètres de voies navigables à draguer, le port en eau profonde de Banana, quinze nouveaux aéroports et les lignes de tramway de Kinshasa et de Lubumbashi.
« Il y a de la place pour tout le monde pour faire des affaires et transférer la technologie », a déclaré le ministre selon ce même compte rendu. Il a adossé son propos au budget 2027 déposé au Parlement, chiffré à 24,8 milliards de dollars, en hausse de 12 % sur l’exercice en cours. Le cadrage de la primature retenait pour sa part 17,2 milliards, et cette hausse de 12 % doit beaucoup au taux de change implicite inscrit dans les calculs. Une piste de coopération a été ouverte avec la Belgique : l’élaboration de normes congolaises de construction, formulations de béton adaptées aux régions équatoriales comprises.
Ce que mesurent les bailleurs sur le climat des affaires
La formule du ministre sur le paradis et l’enfer peut être confrontée à des mesures. La Banque mondiale a publié en 2026 un rapport Business Ready sous-national consacré à la RDC, données arrêtées au 31 décembre 2024, portant sur Kinshasa, Matadi, Kananga et Kisangani. Les quatre villes obtiennent moins de 40 points sur 100 aux quatre thèmes examinés : création d’entreprise 30,3, permis de construire 29,7, transfert de propriété 39,8, résolution des litiges 38. Le pilier le plus faible est partout le même, l’efficacité opérationnelle, c’est-à-dire l’écart entre le texte et son application.
Les délais et les coûts sont chiffrés. Créer une entreprise demande 41 jours à Matadi et 117 jours à Kinshasa, pour un coût compris entre 158 et 261 % du revenu national brut par habitant. Un permis de construire prend de 42 jours à Kinshasa à 150 jours à Matadi. Un transfert de propriété demande de 49 à 84 jours et coûte de 15 à 20 % de la valeur du bien. Régler un litige commercial prend de 98 à 172 jours et peut absorber jusqu’à 47 % de la valeur en jeu. À l’indice de perception de la corruption de Transparency International publié le 10 février 2026, la RDC obtient 20 points sur 100 et le 163e rang ; la Belgique en obtient 69 et occupe le 21e rang.
Le réseau routier tel que les bailleurs l’ont mesuré
Le chiffre de 3 000 kilomètres revêtus avancé par le ministre concorde avec la mesure de la Banque mondiale, qui recensait 2 800 kilomètres de routes revêtues sur un réseau de 152 400 kilomètres, soit 1,8 %. Rapporté aux 2,3 millions de kilomètres carrés du territoire, cela représente environ 1,2 kilomètre de route revêtue pour 1 000 kilomètres carrés. Sur les 58 000 kilomètres du réseau national et provincial, 95,2 % ne sont pas revêtus. La Banque africaine de développement classe la RDC au 50e rang sur 54 pays africains à son indice composite de développement des infrastructures de transport, avec 8,64 points sur 100.
Le point faible ne tient pas au seul kilomètre construit. Une étude de la Banque mondiale publiée le 24 juin 2025, portant sur 192 projets de réhabilitation routière menés en RDC depuis 2003, conclut que les routes réhabilitées ont perdu plus de la moitié de leur intégrité structurelle en trois ans, faute d’entretien. Le ministre avait lancé fin juin une caravane d’inspection de la nationale 1 entre Kinshasa et Lubumbashi, puis, début septembre, les travaux du nouveau pont sur la Kwango.
Un commerce bilatéral sous le milliard d’euros
L’appel aux entreprises belges porte sur un flux commercial étroit. Sur l’année 2024, la Belgique a exporté vers la RDC pour 458,3 millions d’euros et importé pour 418,5 millions, d’après la statistique du commerce extérieur diffusée par la Banque nationale de Belgique, soit environ 877 millions d’euros d’échanges. De janvier à mai 2025, les exportations belges ont reculé de 17,3 % sur un an, quand les importations depuis la RDC progressaient de 73 %. À l’échelle de l’Union européenne, les échanges avec la RDC ont atteint 5,1 milliards d’euros en 2025 : la RDC y est le 58e fournisseur et le 84e client, soit 0,1 % du commerce européen, et 81 % de ce que l’Union lui achète relève des métaux de base.
Ce n’est pas la première approche du ministère vers les milieux d’affaires belges. Le 11 septembre, John Banza Lunda avait tenu une séance de travail à l’ambassade du Royaume de Belgique à Kinshasa avec la chargée d’affaires par intérim et plusieurs entreprises belges actives dans le pays, rencontre initiée par la représentation économique et commerciale de Bruxelles-Capitale, de la Flandre, de la Wallonie et du Grand-Duché de Luxembourg.
Le calendrier dans lequel tombe le déplacement
Deux éléments encadrent ces journées bruxelloises, sans qu’un lien ait été établi entre eux et la visite du ministre. La Région de Bruxelles-Capitale dispose d’un gouvernement de plein exercice depuis février 2026, après une vingtaine de mois sans exécutif issu des élections du 9 juin 2024 ; son ministre-président, Boris Dilliès, détient le portefeuille des Relations extérieures. Et les 23 et 24 septembre 2026, la Belgique et le Rwanda ont annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques, rompues par Kigali le 17 mars 2025 en représailles des positions belges sur l’agression rwandaise dans l’est de la RDC. Bruxelles a soutenu que ce rétablissement ne valait pas révision de ses positions sur l’intégrité territoriale congolaise, ligne que son chef de la diplomatie Maxime Prévot avait exposée en juin au sujet du retrait des troupes rwandaises.
Sur l’audience au Parlement bruxellois elle-même, le ministère des Infrastructures et Travaux publics est à ce jour la seule source. Ni le site du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, ni celui de l’ambassade de la RDC auprès du Benelux, qui a rendu compte des deux autres séquences du déplacement, n’en font état.
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