Belgique – Rwanda : Une conférence annulée relance les tensions diplomatiques
Belgique – Rwanda : Une conférence annulée relance les tensions diplomatiques
AFP
Les crispations entre Kigali et Bruxelles se sont invitées, une nouvelle fois, dans le champ diplomatique belge. En cause : l’annulation, à la dernière minute, d’une conférence de l’universitaire belge Filip Reyntjens, spécialiste reconnu des Grands Lacs et critique virulent du président rwandais Paul Kagame.
Une conférence jugée « inopportune »
L’événement, prévu ce mardi à l’Institut Egmont, devait présenter son ouvrage Modern Rwanda, A political history. Si le livre est déjà paru depuis plusieurs mois, c’est la personnalité de son auteur qui a suscité la controverse. « Ce n’est pas mon livre qui dérange, mais moi », glisse Reyntjens, qui n’a de cesse de qualifier Kagame de « plus grand criminel de guerre en fonction ».
Le ministère belge des Affaires étrangères a reconnu avoir suggéré l’annulation de la conférence, invoquant le contexte sensible de rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda depuis mars 2025. « Un tel événement aurait pu être interprété, à tort, comme un geste hostile de la Belgique envers Kigali », explique-t-on au cabinet du ministre Maxime Prévot (Les Engagés).
« Une erreur d’interprétation »
L’explication fait sourire l’universitaire. Selon lui, Kigali était parfaitement au courant de la présentation annoncée depuis plusieurs semaines. « On a anticipé une réaction que le Rwanda n’aurait pas eue. Cela traduit une perte de connaissance de la situation sur le terrain », regrette-t-il, estimant que la Belgique paie l’absence d’ambassade à Kigali et une expertise régionale en recul.
Un avis partagé par plusieurs anciens diplomates belges, qui dénoncent une « perte de lien » avec les Grands Lacs, pourtant la seule région où la voix de la Belgique conserve un véritable poids.
Dialogue sous tension
Si les relations diplomatiques restent officiellement rompues, Bruxelles dit privilégier l’apaisement. « Nous regrettons cette situation disproportionnée et voulons garder ouverts des canaux informels, y compris au niveau ministériel », précise Maxime Prévot. Pas question pour autant de relancer immédiatement la coopération bilatérale : la priorité est de « se parler pour éviter malentendus et crispations ».
Le ministre insiste aussi sur le fait que cette affaire n’influe en rien sur la position belge à l’égard de l’Est de la RDC : « Nous continuerons à dénoncer toutes les violations des droits humains, y compris celles du M23 soutenu par le Rwanda. Nous demandons le retrait des troupes rwandaises et le respect de l’intégrité territoriale congolaise. »
Entre fermeté et ouverture
En parallèle, la Belgique réaffirme son soutien aux processus de Doha et de Washington, visant à rapprocher Kinshasa, Kigali et les groupes rebelles. Maxime Prévot a même confirmé son intention de se rendre à Kigali fin novembre pour une réunion ministérielle de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).
L’épisode de la conférence interdite illustre ainsi l’équilibrisme diplomatique belge : maintenir une ligne ferme sur l’Est congolais tout en tentant de renouer, en douceur, un dialogue avec Kigali. Une manœuvre délicate mais jugée indispensable pour que Bruxelles conserve son rôle d’interlocuteur incontournable dans la région des Grands Lacs.
Junior Ngandu