Politique Patrick Nkanga: « Il n’existe pas en RDC, un Parti Politique aussi démocratique que le PPRD »
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Patrick Nkanga: « Il n’existe pas en RDC, un Parti Politique aussi démocratique que le PPRD »

Patrick Nkanga: « Il n’existe pas en RDC, un Parti Politique aussi démocratique que le PPRD »
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Litsani Choukran
Kinshasa - 18 MARS 2025 - 18:29 WAT · 12 min de lecture

Depuis le retour médiatique de Joseph Kabila, les tensions politiques en RDC ne cessent de s’intensifier. Ses récentes déclarations sur la crise à l’Est et le M23 ont déclenché une vive polémique, certains l’accusant de légitimer ce mouvement rebelle qu’il avait lui-même combattu lorsqu’il était au pouvoir.

Parallèlement, plusieurs hauts cadres du PPRD font face à des convocations judiciaires pour des soupçons de collusion avec le M23, tandis que le parti reste silencieux sur l’implication du Rwanda dans ce conflit.

Dans ce climat tendu, Patrick Nkanga, Rapporter du Bureau Politique du PPRD, répond aux questions de BETO pour clarifier la position de son parti et réagir aux accusations qui pèsent sur lui et ses camarades.

1. Le retour de Joseph Kabila : opportunisme ou nécessité politique ?

Après plusieurs années de silence, Joseph Kabila a choisi de s’exprimer à travers une tribune et une interview. Pourquoi maintenant ?

R/ Le Président Joseph Kabila n’a jamais dit qu’il mettait un terme à sa vocation politique. Depuis 2019 jusqu’à ce jour, il a été présent politiquement, même si cette présence pouvait parfois être perçue comme timide, et ce, à juste titre.

Il y a eu depuis lors trois temps forts. Premièrement, la coalition FCC-CACH, un moment où il existait un cadre de concertation entre lui et son successeur pour aborder des questions essentielles de l’État dans le cadre de la coalition. Il ne pouvait à cet instant-là s’exprimer publiquement sur la politique de la Nation, de peur de gêner l’action de celui qui lui a succédé. Deuxièmement, il y a eu la rupture unilatérale de la coalition FCC-CACH et le renversement de la Majorité Présidentielle de l’époque. Bien qu’en droit de s’exprimer, il avait réuni ses camarades et quelques cadres de sa famille politique pour évaluer et lever des options stratégiques face à la crise survenue. Là encore, il ne s’était pas exprimé publiquement. Troisièmement, il y a la dégradation inquiétante de notre situation sécuritaire et humanitaire. À cet instant, il s’est exprimé non seulement comme leader d’une famille politique, mais bien plus, comme ancien Président de la République, apportant une lecture holistique de la situation, fort de son expérience.

2. Une polémique autour du M23 : une position ambiguë ?

Kabila avait dénoncé fermement le M23 lorsqu’il était au pouvoir, mais ses récentes déclarations sont jugées plus nuancées, voire indulgentes. Pourquoi ce changement de ton ?

R/ Il n’y a eu aucune volonté de nuancer ses propos. Il a adopté un regard froid et profond sur la situation. Il n’est plus Président de la République. Il s’exprime en tant qu’homme d’expérience, en vue d’une solution pérenne et profonde, visant à traiter le problème à la racine afin d’éliminer toute possibilité de résurgence dans l’avenir. Nous ne devons pas avoir un sixième Président confronté à la même crise. Cela deviendrait un problème sempiternel. Il faut déraciner cette problématique, ce qui exige une compréhension approfondie du problème.

3. Une accusation de légitimation du M2

Certains estiment que ses propos légitiment indirectement le M23 et affaiblissent la position de la RDC face à ce groupe armé. Comprenez-vous ces critiques ?

R/ Cette perception résulte d’une lecture superficielle et partiale des propos de l’ancien Président de la République. Au-delà des meetings, des injures, du mépris, des postures et des campagnes médiatiques sur la chaîne publique, l’essentiel demeure : la crise est sous nos yeux, nos terres sont occupées.

Notre peuple veut la paix et la sécurité. Notre intégrité territoriale est profondément altérée. Ces réalités demeurent inchangées malgré tous les discours, concerts, etc., qui se tiennent à Kinshasa ou ailleurs. Ce qui compte, ce sont des solutions concrètes. C’est en cela que réside la mission d’un gouvernement.

4. Le silence du PPRD sur le Rwand

Contrairement au gouvernement Tshisekedi, qui accuse directement Kigali, ni Kabila ni le PPRD ne dénoncent explicitement le rôle du Rwanda. Pourquoi ce silence ?

R/ Vous ne lisez donc pas nos communiqués politiques ? Le rôle du gouvernement ne se limite pas à accuser, mais consiste principalement à protéger la population et à veiller à l’intégrité de notre territoire. Il faut aborder la question sécuritaire de manière globale et approfondie. À Beni, en Ituri, au Bandundu, à Kinshasa, etc., peut-on dire sérieusement que c’est toujours le Rwanda ? Ne donnons pas non plus au Rwanda une connotation de superpuissance qu’il n’est pas, au point qu’il puisse nous déstabiliser sur plusieurs fronts.

5. Des cadres du PPRD convoqués par la justice militaire

Plusieurs figures du PPRD, dont Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, sont accusées de liens avec le M23. Quelle est votre réaction face à ces accusations ?

R/ D’abord, votre question est mal posée. Jamais l’auditorat militaire n’a employé une telle terminologie. L’invitation qui leur a été adressée mentionnait qu’ils devaient « éclairer la justice ». Ils ont répondu aux questions qui leur ont été posées, puis ils sont rentrés chez eux. Il n’y a aucun commentaire supplémentaire à faire à ce sujet.

6. Êtes-vous également inquiété par les autorités ?

Avez-vous été convoqué ou interrogé par la justice, comme certains de vos camarades ? Si oui, comment vivez-vous cette situation ?

R/ Vous l’auriez su.

7. Accusations de collusion avec le M23 : manipulation politique ?

Pensez-vous que ces accusations visent uniquement à affaiblir politiquement le PPRD ?

R/ Que signifie « collusion » ? On supposerait qu’il y ait un accord ou un pacte entre les deux structures ? Où est cet accord ? Où est ce pacte ? Nos aspirations et notre idéal sont inscrits dans nos statuts. Ils sont républicains et démocratiques.

Cependant, le pays fait face à une crise importante, et en tant que structure politique, nous analysons la situation minutieusement en vue de la résoudre. Nous ne sommes pas tenus d’avoir le même regard que le gouvernement quant aux pistes de solutions.

8. L’avenir du PPRD dans ce contexte tendu

  • Avec ces polémiques et enquêtes en cours, le PPRD est-il en train de se fragiliser ou est-il prêt à rebondir ?

R/ Nous sommes sereins. Nous sommes en pleine restructuration. C’est depuis 2022 que nous sommes dans ce processus. Nous y allons méthodiquement en prenant en compte les équilibres internes.

9. Le rôle de Kabila dans le futur du PPRD

  • Kabila reste-t-il le chef incontesté du PPRD ou envisagez-vous un renouvellement du leadership au sein du parti ?

R/ Le Président Joseph KABILA est le leader notre famille politique. Il a désigné depuis peu un Vice-président du Parti, l’Honorable Aubin MINAKU afin qu’il puisse assumer ses prérogatives de Président du Parti.

Parfois, la presse, vous faites une fixation excessive sur le Président Joseph KABILA, en voulant donner à chaque fois, une connotation viciée de sa personne et du Parti dont il est le leader.

Il y’a des Partis qui ont été dirigés par des personnalités de 80, 90 ans, sans que cela ne vous ait gêné.

Nous sommes un Parti avant-gardiste. Vous savez, il y’a des Partis qui n’alignez plus de candidats à la présidentielle, parce que leur leader était incarcéré et qu’ils devaient aller jusqu’à sa cellule de prison pour obtenir son quitus pour toute décision, c’était lui ou personne d’autre. La presse n’a jamais fait cas de cela.

En 2018, est-ce notre leader qui était notre candidat aux élections présidentielles ? Parfois, je dénote une certaine partialité au niveau de la presse.

Il n’existe pas en RDC, un Parti Politique aussi démocratique que le nôtre. Un Parti où le débat à l’interne est permanent.

10. Une stratégie pour la présidentielle de 2028 ?

  • Le PPRD prépare-t-il déjà une candidature pour la prochaine présidentielle ? Joseph Kabila pourrait-il être ce candidat ?

R/Pouvons-nous sérieusement et humainement, parler de 2028, quand nous traversons une situation sécuritaire et humanitaire pareilles ? La priorité des priorités, c’est résorber la crise actuelle, renouer avec le Pacte Républicain.

11. La relation entre le PPRD et le pouvoir Tshisekedi

  • Comment décrivez-vous les relations entre votre parti et le gouvernement actuel ? Sommes-nous dans une opposition frontale ou y a-t-il encore des canaux de dialogue ?

R/Chacun est supposé jouer son rôle et assumer ses responsabilités. Le Gouvernement doit gouverner ; résoudre les problèmes sociaux, économiques, sanitaires, infrastructurels, sécuritaires etc…Nous assumons notre rôle de résistance, d’opposition, comme le veut notre Constitution. Récemment, le Ministre de l’Intérieur avait invité notre Secrétaire Permanent, Emmanuel RAMAZANI SHADARY ; il avait répondu présent. Nous avons des rapports institutionnels avec les structures de l’État.

12. L’opposition accuse Tshisekedi d’instaurer une gouvernance répressive

  • Le PPRD estime-t-il que l’UDPS gouverne d’une manière autoritaire, notamment à travers ces poursuites judiciaires contre des opposants ?

R/ Pourquoi parlez-vous que de l’UDPS ? Il faut parler de l’Administration TSHISEKEDI qui comprend en son sein, l’Union Sacrée et une prétendue Opposition. Ils gouvernent ensemble. Et je peux vous affirmer que parfois, j’ai l’impression que nos anciens camarades du FCC font preuve de plus d’extrémisme à notre égard que ceux de l’UDPS. Peut-être dans le but de vouloir se donner une légitimité dans leur nouvelle famille politique. Quoi qu’il en soit, la situation va au-delà du PPRD. Il faut simplement lister combien d’opposants ont été arrêtés, contraints à l’exile et ceux qui ont fait le choix de rester au pays, sont quasiment dans une prison à ciel ouvert, faisant l’objet de chantage, menace d’arrestation intempestive, calomnie, montage de dossiers etc… tout ceci, comment peut-on le nommer selon vous ? Nous résistons malgré tout, le combat pour la démocratie a un prix et nous sommes prêts à payer ce prix.

13. La gestion de la crise à l’Est

  • Le PPRD critique la gestion actuelle du conflit à l’Est, mais quelles solutions concrètes proposeriez-vous si vous étiez au pouvoir aujourd’hui ?

R/ Nous avons assisté à une panoplie de choix malencontreux pour lesquels nous avons attirer l’attention dès le départ. Nous avions notamment dit que la pérennisation de l’état de siège, au travers un renouvellement robotique, au niveau du Sénat et de l’Assemblée Nationale, ne faisait qu’accentuer la crise. Aujourd’hui, vous pouvez poser la question à n’importe quel congolais, préfèrent-ils l’avant état de siège ou l’après état de siège ? Ils vous donneront unanimement une réponse. Je la connais, mais je ne vous la donnerai pas. Je souhaite que vous meniez votre propre enquête objectivement et que vous me reveniez avec une réponse sincère. Il y a même eu des annonces télévisées disant que les forces de l’EAC allaient entrer par Bunagana. Ce n’est jamais arrivé jusqu’à ce qu’ils soient priés de partir. Récemment, c’est la SAMIR qui a été  appelée à plier bagage. La solution est congolaise. Nous devons renouer avec le Pacte Républicain Interne.

Nous n’avons cessé de le dire, nous n’avons pas mille options. Nous avons toujours parlé d’une croyance totale et sans équivoque en nos FORCES de SÉCURITÉ qui doit se matérialiser par une politique sécuritaire cohérente et souveraine. Mais au-delà d’avoir une armée disciplinée, républicaine et dissuasive, il est également nécessaire que la politique menée au niveau national soit toujours de nature à solidifier davantage la cohésion et l’unité nationales.

14. Un renouvellement de la classe politique congolaise ?

  • Certains considèrent le PPRD comme un parti du passé. Quelles réformes internes menez-vous pour moderniser le parti et attirer les jeunes générations ?

R/ Nous sommes un Parti démocratique, nous ne sommes donc pas sourds face aux critiques et aux observations. Comme je l’ai dit ci-haut, nous sommes en pleine phase de restructuration. La hiérarchie du Parti prendra certainement en compte certaines observations qui pour la plupart ont déjà été évoquées lors de nos colloques internes. Dire que nous sommes un Parti du Passé, ça fait rire. Les faits démontrent du contraire.

15. Un message aux Congolais face aux tensions actuelles

  • Quel message adressez-vous aux Congolais qui doutent du PPRD et de son rôle dans l’avenir du pays ?

R/ Nous ne sommes pas des populistes. Nous avons géré l’État avec des points positifs et des points négatifs. Nous avons certainement appris de nos erreurs.

Aujourd’hui, nos concitoyens disposent d’un tableau de comparaison, pour voir ce qu’a été notre gestion et l’impact que cela a pu avoir sur le plan social, économique, infrastructurel, politique, sanitaire, éducationnel etc…..et ce qu’il en est aujourd’hui de la gestion, dont l’UDPS assume le Leadership. C’est à nos concitoyens d’établir une analyse et d’en ressortir une ou des conclusions.

Les crises, les tensions, sont inhérentes à la vie d’une nation. Elles ne sont pas des fatalités. Tant que nous existerons, elles existeront.  Tout est question de la manière dont nous les résolvons et les enseignements que nous en tirons pour en sortir plus fort. Ce sont les crises qui font les États. C’est encore possible de faire de notre pays une nation prospère, une puissance positive et unificatrice au cœur de l’Afrique.

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