Xénophobie en Afrique du Sud : la RDC rapatrie 121 des siens, des dizaines de milliers restent exposés
Xénophobie en Afrique du Sud : la RDC rapatrie 121 des siens, des dizaines de milliers restent exposés
AFP
Ils étaient 121 à descendre, le vendredi 17 juillet 2026, de l’avion d’Air Congo affrété par le gouvernement à l’aéroport international de N’djili. Des Congolais ayant fui les violences xénophobes qui secouent l’Afrique du Sud. À leur arrivée, la vice-ministre des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato Nakwipone, le bourgmestre de la N’Sele et des éléments de la police les attendaient. L’opération, présentée comme humanitaire et menée sur instruction de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, a été saluée à Kinshasa comme un geste de solidarité.
Le geste est réel, mais il faut le mesurer à l’aune de ce qu’il laisse derrière lui. Selon les estimations consulaires congolaises, entre 80 000 et 120 000 ressortissants de la RDC vivent en Afrique du Sud, principalement dans le Gauteng et la province du Cap. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en recense pour sa part environ 57 000 sous statut de réfugié ou de demandeur d’asile, la RDC ayant longtemps figuré parmi les premières sources d’exil vers l’Afrique du Sud, du fait des guerres et des persécutions. Cent vingt et un rapatriés, c’est une poignée sur cette population.
Ce qu’ils fuient est documenté et daté. Depuis le printemps, des mouvements citoyens anti-migrants, notamment March and March et le groupe d’autodéfense Operation Dudula, ont multiplié les actions contre les étrangers, avec une échéance informelle fixée au 30 juin sommant les sans-papiers de quitter le pays. Le week-end des 30 juin et 1er juillet, la police sud-africaine a annoncé plus de 900 arrestations lors de 120 marches, dont douze ont dégénéré. Un homme a été tué par balle à Alexandra, à Johannesburg, lors du pillage de petits commerces tenus par des étrangers. Le ciblage est général, il vise Nigérians, Mozambicains, Zimbabwéens, Somaliens et Congolais sans distinction, et rien n’indique que les ressortissants de la RDC soient plus visés que les autres.
Les autorités sud-africaines ont réagi en ordre dispersé. Le président Cyril Ramaphosa a reconnu des inquiétudes « réelles » sur l’immigration illégale et la pression sur les services publics, tout en condamnant les milices. « Quelle qu’en soit la motivation, se faire justice soi-même relève du vigilantisme et n’a pas sa place dans notre démocratie constitutionnelle », a-t-il déclaré. Human Rights Watch, qui a documenté ces violences, appelle les autorités à protéger les étrangers plutôt qu’à laisser des groupes les prendre pour cible. La chercheuse de l’organisation Nomathamsanqa Masiko-Mpaka résume l’exigence, « les autorités ne devraient pas permettre à des groupes d’autodéfense de s’en prendre violemment aux ressortissants étrangers ».
Côté congolais, l’opération n’a pas été improvisée. Une note avait été présentée au Conseil des ministres le 12 juin, une cellule de crise installée le 16 sous l’autorité du vice-Premier ministre de l’Intérieur, et trois centres d’identification ouverts à Johannesburg, Durban et Le Cap. Le rapatriement est volontaire, soumis à vérification d’identité, et le vol du 17 juillet en constitue la première arrivée effective. Le gouvernement n’a communiqué ni le coût de l’opération, ni le nombre total de personnes à rapatrier, ni le calendrier des vols suivants.
Reste la critique d’une intervention tardive, évoquée sans être attribuée. Aucune déclaration publique d’un responsable de la diaspora ou de l’opposition reprochant explicitement au pouvoir sa lenteur n’a pu être trouvée. Ce qui existe est une analyse, publiée début mai par le média L’Objectif sous la plume du consultant Teddy Mfitu, qui décrivait une RDC oscillant entre fermeté diplomatique et prudence opérationnelle, et conditionnant un renoncement au rapatriement à des arrestations massives et à l’indemnisation des victimes. Le récit dominant à Kinshasa, lui, salue plutôt un acte de souveraineté.
Une dernière précision s’impose, parce que la confusion est facile. La RDC n’est pas seule à rapatrier. Le Congo-Brazzaville voisin a mené sa propre opération, avec des vols de la compagnie ECAir vers l’aéroport de Maya-Maya, sur instruction du président Denis Sassou-Nguesso. Ce sont deux pays, deux compagnies, deux dispositifs. Le vol du 17 juillet à N’djili est bien celui de Kinshasa. Pour les dizaines de milliers de Congolais restés au sud, la question n’est pas close.
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