Football Passeport léopard (1/12) : comment la RDC va chercher ses Léopards dans les académies d’Europe
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Série Passeport léopard Partie 1 sur 12
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Partie 1 — Football

Passeport léopard (1/12) : comment la RDC va chercher ses Léopards dans les académies d’Europe

Un père d’international à Bruxelles, des joueurs-ambassadeurs, une détection montée en Europe : comment la RDC va chercher ses binationaux. Premier épisode de la série Passeport léopard.

La Rédaction 8 juillet 2026
La Rédaction
Kinshasa - 8 JUILLET 2026 - 21:08 WAT · 7 min de lecture

À quelques kilomètres de Bruxelles, Francis Sadiki dirige une académie de football qui a vu grandir des enfants de la diaspora congolaise, du gardien Matthieu Epolo à son propre fils, Noah, aujourd’hui milieu international des Léopards. C’est de ce vivier belgo-congolais, et de quelques autres en Europe, qu’est venue une partie de l’équipe qui a disputé la Coupe du monde 2026. La qualification, obtenue cinquante-deux ans après la dernière, doit beaucoup à ces enfants d’ailleurs revenus au pays de leurs parents. Elle doit autant à une méthode.

Les années où le Congo perdait ses fils

Pour mesurer le tournant, il faut se souvenir de tout ce que la RDC a laissé partir. Des générations de joueurs nés à Bruxelles, à Paris ou à Londres de parents congolais ont grandi dans les centres de formation européens, puis ont porté le maillot du pays qui les avait vus naître. La Belgique en a fait des cadres de ses Diables rouges : Romelu Lukaku, dont le père Roger a défendu les couleurs du Zaïre, Michy Batshuayi, né à Bruxelles de parents congolais, Youri Tielemans, d’une mère congolaise, ou encore Vincent Kompany, fils d’un père originaire de Kinshasa. En France, des attaquants comme Christopher Nkunku ou Jean-Philippe Mateta partagent les mêmes racines.

À chaque grand tournoi, la même scène se rejouait : des Congolais d’origine brillaient sous d’autres maillots pendant que les Léopards regardaient. La fédération, quand elle réagissait, arrivait souvent après la bataille, un dossier après l’autre, sans projet d’ensemble. Ce temps est en train de se terminer.

Un réseau, plus qu’une chasse

Le changement tient à une méthode. La fédération ne démarche plus les joueurs isolément : elle s’appuie sur un réseau. Francis Sadiki, mandaté par l’instance congolaise pour approcher les binationaux, en est l’un des visages. Son académie près de Bruxelles lui donne un accès direct aux familles, aux clubs, aux jeunes que la Belgique et la RDC se disputent parfois dès l’adolescence. « On conscientise mais on n’oblige personne », résume-t-il à propos de ces profils, dans un entretien à La Dernière Heure. Après la qualification au Mondial, il a lancé à Bruxelles une fondation destinée à encadrer et à orienter les jeunes joueurs belgo-congolais.

L’idée est de ne plus laisser au hasard ce qui relevait autrefois du coup de chance. Repérer tôt, accompagner, entretenir le lien avant même que le joueur ait à choisir. Le message n’est plus un appel isolé de Kinshasa, mais une présence continue, sur place, dans les villes où grandissent ces enfants.

Cette organisation n’est pas née d’hier. Dès 2015, l’entraîneur Otis Ngoma avait conduit une opération de détection en Angleterre pour repérer des internationaux de la diaspora, et la fédération s’était engagée à installer en Europe des structures de repérage et de suivi des jeunes ayant au moins un parent d’origine congolaise. L’intention existait ; ce qui manquait, c’était la continuité et un projet sportif capable de retenir les meilleurs. Les deux se sont mis en place ces dernières années, jusqu’à faire du démarchage des binationaux une politique fédérale assumée plutôt qu’une série de coups isolés.

Des ambassadeurs en crampons

Le deuxième étage du dispositif se trouve à l’intérieur du vestiaire. Les Léopards recrutent leurs Léopards. Cédric Bakambu, capitaine et attaquant de référence de la sélection, a joué un rôle d’ambassadeur que peu de joueurs assument aussi ouvertement. Selon la presse congolaise, il a contribué à faire venir le gardien Lionel Mpasi et figuré parmi ceux qui ont approché Arthur Masuaku, Gaël Kakuta ou Yoane Wissa. En 2021, il aurait même pesé pour convaincre Dieumerci Mbokani de sortir de sa retraite internationale, au risque de fragiliser sa propre place de titulaire.

Ce travail de conviction par les pairs a un poids que nul dirigeant ne peut égaler. Un joueur hésitant écoute davantage un coéquipier qui lui décrit la vie du groupe, l’ambiance, le projet, qu’un courrier officiel. Et ce projet est devenu crédible. En quatre ans, le sélectionneur Sébastien Desabre a installé une équipe stable, capable d’une demi-finale de Coupe d’Afrique en 2023 puis d’un Mondial. Rejoindre les Léopards n’est plus un pari sentimental : c’est intégrer une sélection qui gagne.

Un an pour convaincre Wan-Bissaka

Aucun dossier n’illustre mieux la patience de la méthode que celui d’Aaron Wan-Bissaka. Le défenseur de West Ham, né à Croydon en 1997, avait porté le maillot de la RDC en équipe de jeunes dès 2015, avant de représenter l’Angleterre en U20 et U21. Pendant des années, il a attendu une sélection A anglaise qui n’est jamais venue.

Le ramener a demandé près d’un an d’efforts. Sa famille s’inquiétait du professionnalisme de l’encadrement, de l’état des installations, d’histoires de primes impayées. Il a fallu des garanties, une invitation à un rassemblement de la sélection à Paris, et un argumentaire limpide : un Mondial, une Coupe d’Afrique, et la promesse d’être un cadre plutôt que d’attendre une carrière anglaise à l’arrêt. Le 22 août 2025, la FIFA a validé son changement de nationalité sportive. Interrogé sur son choix, Wan-Bissaka l’a résumé sans détour : « J’ai grandi dans une maison congolaise. » Onze mois plus tard, il était titulaire au Mondial, à Atlanta, face à l’Angleterre, le pays dont il avait défendu les couleurs chez les jeunes.

Pourquoi ils disent oui, et à quelles conditions

Reste le déclic, intime, propre à chacun. Le milieu de Sunderland Noah Sadiki, l’un des premiers de cette vague, a raconté le sien au micro de L’Équipe, repris par La Dernière Heure. « Je l’ai fait en mon âme et conscience. Il y a une nouvelle génération qui a envie d’aider les gens du pays », a-t-il déclaré. C’est ce ressort, l’attachement au pays des parents, que le réseau cherche à réveiller, sans jamais garantir qu’il suffira.

Car rien n’est automatique, et la fidélité se mérite dans les deux sens. En 2023, Noah Sadiki lui-même avait publiquement regretté des promesses non tenues par la fédération, selon Walfoot, avant que la relation ne se rétablisse. Un ralliement se gagne, puis se conserve : primes versées à temps, organisation à la hauteur, respect des joueurs et de leurs familles. Là où la fédération faiblit, la concurrence des grandes nations européennes reprend aussitôt l’avantage, car les mêmes talents restent courtisés ailleurs.

La règle qui rend tout cela possible

En arrière-plan, une porte ouverte par la FIFA. Depuis une réforme de 2020, un joueur déjà apparu en équipe A d’un autre pays peut basculer vers la RDC sous conditions : avoir disputé moins de trois matchs officiels avec la première sélection, avant l’âge de 21 ans, aucun en phase finale de Coupe du monde ni de tournoi continental. À côté de cette voie, l’éligibilité de base reste ouverte à quiconque a un parent ou un grand-parent né au pays. C’est ce cadre qui a permis à Wan-Bissaka, passé par les sélections anglaises de jeunes, de rejoindre les Léopards, et qui rend éligibles des dizaines de joueurs formés en Europe.

La règle fixe le terrain de jeu. Le réseau, lui, décide qui viendra vraiment. Dans les prochains épisodes, BETO cartographie ce vivier, explique comment on identifie et comment on vérifie ces profils, et dresse le portrait de ceux qui peuvent encore choisir la RDC.

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B
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