Sécurité & Défense ADF : 2 400 civils tués en deux ans dans le secteur de Bapere
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ADF : 2 400 civils tués en deux ans dans le secteur de Bapere

La société civile du secteur de Bapere, dans le territoire de Lubero, chiffre à plus de 2 400 le nombre de civils tués par les ADF depuis juin 2024. La courbe traverse cinq ans d’un état de siège reconduit tous les quinze jours.

ADF : 2 400 civils tués en deux ans dans le secteur de Bapere
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 03:09 WAT · 7 min de lecture

Le bilan a été dressé le mardi 18 août par la société civile du secteur de Bapere, dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, et restitué par Radio Okapi le lendemain : plus de 2 400 personnes tuées en deux ans, toutes attribuées aux Forces démocratiques alliées. Le bilan est celui de la société civile du secteur, structure citoyenne locale. Les ADF sont un groupe armé d’origine ougandaise, affilié à l’État islamique depuis 2019, distinct du dossier de l’AFC/M23.

Juin 2024 : plus de 200 morts civiles, mois le plus meurtrier jamais enregistré

Samuel Kaheni, président de la société civile de Bapere, situe l’intensification des attaques à juin 2024 et désigne l’axe Manguredjipa, aurifère, parmi les zones les plus frappées. Le rapport « Survivre et tuer », publié en janvier 2026 par l’institut congolais Ebuteli et le Groupe d’étude sur le Congo sur la base de cinquante entretiens menés en janvier 2025, date la même bascule : plusieurs localités du groupement des Baswagha Badiwe, près de Cantine, se vident à la suite d’attaques simultanées attribuées à la faction d’Ahmed Mahmoud Hassan, dit Abuwakasi, dont les combattants se sont déplacés de Mambasa vers le territoire de Lubero. Le Groupe d’experts de l’ONU écrit dans son rapport S/2024/969 que juin 2024 fut « le plus meurtrier jamais enregistré par les ADF, avec plus de 200 civils tués », dont 150 au moins autour de Cantine du 3 au 12 juin.

Le 31 juillet 2024, Radio Okapi rapporte plus d’une centaine de civils tués en un mois dans le secteur. Les villages d’Ombole, Ngombe, Mabunda, Maikengu, Bandulu et presque tout le groupement de Manzia se vident vers Butembo. « Toutes les activités sont presque suspendues dans presque toutes les zones. La vie devient de plus en plus difficile […] Et plusieurs zones sont devenues invivables », déclarait alors Samuel Kagheni à la radio onusienne.

650 civils tués en cinq mois, 81 villages désertés sur 141

Entre le 1er juin et le 5 novembre 2024, la MONUSCO a documenté 650 civils tués au cours d’au moins 124 incidents attribués aux ADF, dans la région de Beni, le nord-ouest de Lubero et le sud de l’Ituri. Décembre 2024 marque un nouveau pic local : Ebuteli et le Groupe d’étude sur le Congo confirment la mort de 48 civils à Bapere et dans une partie de la chefferie des Baswagha, le bilan pouvant être plus lourd, la faible couverture téléphonique limitant l’accès à l’information.

Selon le même rapport, 81 des 141 villages du secteur ont été désertés par leurs habitants. Dans la zone de santé de Biena, au moins 8 des 17 structures sanitaires ont fermé, les neuf autres rendant un service minimum. En décembre 2024, 5 000 ménages déplacés étaient signalés sans assistance à Bapere.

71 morts à Ntoyo en septembre 2025, 121 à Lubero en novembre

Le 9 septembre 2025, des assaillants attaquent une veillée mortuaire à Ntoyo, à 7 kilomètres du chef-lieu. Macaire Sovikunula, chef de secteur, fait état de 71 morts, 8 blessés, une vingtaine de disparus et 14 maisons détruites. Deux mois plus tard, le Baromètre sécuritaire du Kivu recense 289 civils tués dans l’est sur le seul mois de novembre 2025, contre 205 en octobre, soit 41,5 % de hausse. Lubero en est l’épicentre avec 121 morts, dont 22 femmes, concentrés dans le secteur de Bapere et la chefferie des Baswagha.

ACLED situe le centre de gravité au même endroit : au premier trimestre 2025, au moins 450 morts civiles attribuées aux ADF, en hausse de 68 %, et plus de 40 % des morts civiles imputées aux ADF depuis la mi-2024 rattachées au camp Abuwakasi, à Lubero.

431 civils tués entre septembre 2025 et mars 2026, puis un déplacement vers Mambasa

Le rapport du secrétaire général des Nations unies pour la période septembre 2025-mars 2026 fait état d’au moins 431 civils tués par les ADF au Nord-Kivu et en Ituri, dont 72 femmes et 3 enfants. La géographie des tueries se déplace ensuite. En mai 2026, le Baromètre sécuritaire du Kivu documente 190 civils tués lors de 36 attaques ADF, dont 65 à Mambasa, 26 à Beni, 6 à Irumu et 2 corps découverts à Lubero. Le 26 juin, devant le Conseil de sécurité, le chef de la MONUSCO James Swan indique que la Mission a documenté 632 morts civiles au Nord-Kivu et en Ituri depuis le 19 mars, et le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme 1 221 violations et atteintes ayant fait 2 968 victimes.

La société civile de Bapere note, elle, une accalmie relative au cours des derniers mois, que Samuel Kaheni attribue aux opérations conjointes des Forces armées de la RDC et de l’armée ougandaise, ainsi qu’à l’engagement des combattants locaux Wazalendo. Jugeant la situation encore précaire, la structure citoyenne invite la population à renforcer sa collaboration avec les forces de défense et de sécurité en partageant des renseignements préventifs, et souhaite que les efforts sécuritaires soient maintenus dans la durée.

Cinq ans d’état de siège, une prorogation tous les quinze jours

La séquence se déroule sous état de siège, en vigueur en Ituri et au Nord-Kivu depuis mai 2021 et reconduit par tranches de quinze jours, sur ordonnance-loi adoptée en Conseil des ministres. Le compte rendu de la réunion extraordinaire du 15 janvier 2025 en donne le format : quinze jours à compter du 22 janvier. La dernière prorogation a été adoptée au Conseil des ministres du 14 août 2026, pour quinze jours à compter du 15 août, et annoncée le 17 août.

L’Assemblée nationale a entamé le mardi 2 juin 2026 l’évaluation des cinq ans du dispositif, en entendant les ministres de la Défense nationale, de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires sociales. Le rapporteur Jacques Djoli a énuméré les axes retenus : « La gouvernance globale provinciale en matière de sécurité, les mesures opérationnelles et la poursuite de l’agresseur et ses alliés, des retombées en termes de liberté publique et de l’organisation de la justice, tout comme les effets collatéraux consécutifs à cette guerre sur le plan social et humanitaire et de la solidarité nationale ». Le 13 juin, les députés du Nord-Kivu et de l’Ituri ont suspendu leur participation après le vote d’une motion mettant fin aux débats. « Nous sommes très déçus de voir que les collègues ont voté une motion pour suspendre les débats », a déclaré Jacques Safari Nganizi, député élu de Masisi et président du caucus des députés du Nord-Kivu.

6 000 ménages assistés à Lubero-Centre, des écoles sans salles de classe

Le 8 août 2026, la Croix-Rouge de la RDC, avec l’appui de l’UNICEF, a distribué couvertures, bâches, ustensiles et kits de dignité à 6 000 ménages déplacés à Lubero-Centre, dont des familles ayant fui les violences attribuées aux ADF à Bapere. « C’est soulager, tant soit peu, les déplacés internes qui sont dans cette partie. Beaucoup de déplacés ont accusé des problèmes de conditions d’accueil », a indiqué Mbusa Kizito, président de la Croix-Rouge du Nord-Kivu.

Les localités de Bandulu et Migege n’ont pratiquement plus de salles de classe fonctionnelles, comme les axes Mangurijipa-Bandulu et Dimanja et les zones de Kyambwehe et Nziapanda. « Presque toutes les écoles de l’intérieur ne fonctionnent plus. Il y a aujourd’hui des écoles dont je doute qu’elles puissent ouvrir leurs portes, compte tenu du délabrement très avancé. […] Compte tenu de la situation qui a prévalu dans la zone, il n’y aura pas, en tout cas, de rentrée dans cette zone », a déclaré Samuel Kaheni le 18 août. La rentrée scolaire est fixée au 1er septembre. Sur les 141 villages du secteur, 81 restent désertés.

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B
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