RDC : 66 ans après l’indépendance, le Dr Babah dénonce le paradoxe d’un géant aux immenses ressources au bilan «désastreux»
RDC : 66 ans après l’indépendance, le Dr Babah dénonce le paradoxe d’un géant aux immenses ressources au bilan «désastreux»
AFP
À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, l’analyste politique Dr Babah Mutuza dresse un constat sévère sur l’état du pays. Pour lui, la RDC incarne le paradoxe d’un État doté d’immenses ressources naturelles, mais dont le bilan reste largement en deçà de son potentiel. Loin des célébrations, il livre une analyse sans complaisance d’un pays qui, selon lui, semble avoir renoué avec les impasses de son passé.
Pour le Dr Babah, les crises que traverse actuellement la RDC rappellent celles qui ont marqué les premières années de son indépendance. Les difficultés qui fragilisaient la jeune République se sont, selon lui, installées durablement.
À l’instar des sécessions qui ont suivi l’assassinat de Patrice Lumumba, une partie du territoire national demeure aujourd’hui sous occupation étrangère. Dans le même temps, le débat sur la forme de l’État – entre unitarisme et fédéralisme – refait surface, comme à la veille de l’indépendance: «La grande question est de savoir ce que nous avons fait en 66 ans. Les pays qui étaient au même niveau que nous en 1960, où en sont-ils aujourd’hui ? Nous, malheureusement, nous n’avons pas avancé. Après 1960, le pays a connu plusieurs sécessions avant et après la mort de Lumumba. Aujourd’hui encore, une partie de notre territoire est occupée. Nous sommes revenus à la case de départ.»
«Les débats sur la forme de l’État ont repris : les partisans de l’unitarisme s’opposent aux fédéralistes, comme avant l’indépendance. Les trahisons se multiplient également pour défendre des intérêts étrangers. On trahit par cupidité, par égoïsme et par manque d’amour pour la patrie. Notre pays navigue à vue », déplore-t-il.»
Une absence de vision stratégique
Selon l’analyste, la principale faiblesse de la RDC réside dans l’absence d’une vision nationale à long terme: «Nous n’avons aucun programme clair permettant de savoir où nous voulons conduire le pays à l’horizon 2050. Nous vivons au rythme des crises de légitimité, et chaque nouveau dirigeant remet tout en question au lieu de poursuivre ce qui existe. Si nous voulons bâtir un Congo nouveau, il nous faut une vision claire. Cette réflexion doit être portée non seulement par les politiciens, mais aussi par les intellectuels. »
Le Dr Babah critique également la politique de défense du pays, estimant que l’armée n’a jamais été considérée comme un véritable instrument stratégique: «Nous avons transformé l’armée en dépotoir, en y orientant ceux qui ont échoué ailleurs. Pourtant, c’est au sein de l’armée que devrait se retrouver l’élite nationale. »
À ses yeux, sans investissements conséquents dans le secteur de la défense, la RDC restera vulnérable face aux menaces extérieures.
«Nous n’aurons jamais une armée forte si nous refusons d’y investir. Comment un pays aussi riche peut-il faire face aux ambitions de ses voisins sans disposer d’un outil de défense performant ? Nous sommes devenus une vache laitière. Si nous ne protégeons pas nos mamelles, d’autres continueront à venir s’y servir, comme c’est le cas aujourd’hui», a-t-il argué.
Une économie sans production et une justice sociale défaillante
Le Dr Babah estime également que l’absence de justice distributive alimente les frustrations sociales et compromet durablement la paix: «Nous n’aurons jamais la paix sociale tant qu’il n’y aura pas de justice distributive. Chaque Congolais devrait pouvoir vivre dignement du fruit de son travail. Aujourd’hui, une minorité s’approprie les richesses du pays au détriment de la majorité. C’est ce qui nourrit la grogne sociale, l’insécurité et même la guerre. »
Il déplore aussi la faiblesse du système éducatif et l’absence d’une véritable politique de production: «Dans certains villages, les enfants étudient encore à même le sol, sans bancs, sans craies et parfois sans bâtiments scolaires. Beaucoup sont pourtant brillants, mais leur potentiel est sacrifié.»
Il a laissé entendre que «soixante-six ans après l’indépendance, notre pays ne produit presque rien. Même les cure-dents sont importés. Malgré des ressources exceptionnelles, nous dépendons de l’extérieur pour presque tout. Cette situation traduit l’absence d’une vision économique cohérente.»
Une responsabilité collective
Le Dr Babah estime toutefois que les difficultés de la RDC ne relèvent pas uniquement de la responsabilité de la classe politique. Selon lui, les dirigeants sont le reflet d’une société où la corruption et le manque de civisme se sont progressivement banalisés.
« Le problème, c’est aussi l’homme congolais, car l’homme politique est issu de cette même société. La corruption est devenue une norme. Dans les aéroports, les ports, sur les routes ou même dans les universités, elle est présente partout. J’étais récemment à Kinshasa. J’ai vu des personnes jeter leurs immondices devant leurs propres parcelles en attendant que l’État vienne les ramasser. Il existe donc une responsabilité collective. Mais les dirigeants ont une responsabilité encore plus grande, car ils doivent montrer l’exemple », conclut-il.»
Dr Babah appelle à une véritable refondation de l’État, fondée sur une vision à long terme, le patriotisme, le civisme et une gouvernance capable de transformer les immenses potentialités de la RDC en développement au bénéfice de l’ensemble de sa population.
Azarias Mokonzi
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