RDC : Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi interdisent les marches avant la mobilisation de l’opposition
À l'approche de la marche de la C64, Kinshasa met en garde et Lubumbashi, Likasi et Kolwezi interdisent les manifestations, au nom de l'ordre public et d'Ebola. L'opposition dénonce un prétexte politique.
RDC : Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi interdisent les marches avant la mobilisation de l’opposition
AFP
À quelques jours de la marche nationale que la coalition Article 64 avait fixée au 8 juillet avant de la reporter au 22, plusieurs villes ont interdit les manifestations publiques. Les autorités invoquent l’ordre public et l’épidémie d’Ebola. L’opposition y voit une entrave politique.
À Kinshasa, les responsables des services de défense et de sécurité ont mis en garde, lundi 6 juillet, contre tout trouble à l’ordre public. Réunis le week-end autour du vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, ils ont réaffirmé leur détermination à garantir la sécurité des personnes et des biens. « Nous soulignons que tout acte qui porte germe de subversion est prohibé. Et par ailleurs, les forces de défense et de sécurité seront là pour préserver la quiétude dans la ville de Kinshasa », a déclaré le gouverneur Daniel Bumba. L’autorité provinciale dit rester disposée à accompagner les manifestations « dans un esprit républicain et démocratique », dans le respect des lois, tout en garantissant la liberté des citoyens qui veulent vaquer à leurs occupations.
Le Grand Katanga a pris des mesures plus tranchées. Par un communiqué publié le vendredi 5 juillet, la mairie de Lubumbashi a interdit toutes les manifestations publiques jusqu’à nouvel ordre, une décision reprise par celle de Likasi, à environ 120 kilomètres, au nom de la préservation de l’ordre public et de la quiétude sociale. À Kolwezi, dans le Lualaba, l’autorité urbaine a interdit à la coalition C64 toute marche, en invoquant explicitement la maladie à virus Ebola.
Ces interdictions visent une mobilisation annoncée de longue date. La coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel avait appelé à une « marche nationale » le 8 juillet, à travers le pays, pour exiger le départ du président Félix Tshisekedi et le retrait de la loi référendaire. La manifestation a finalement été reportée au 22 juillet, après une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, à des consultations à Bujumbura.
Les autorités adossent leurs décisions à un double motif : le maintien de l’ordre et la situation sanitaire. L’épidémie d’Ebola, déclarée à la mi-mai et classée urgence de santé publique de portée internationale, a déjà conduit le gouvernement à suspendre les attroupements. Le bilan officiel dépassait 1 500 cas confirmés au début du mois de juillet.
L’opposition conteste cette lecture. Dès le 29 juin, après l’interdiction des rassemblements à Kinshasa fondée sur Ebola, la C64 avait dénoncé une décision « politiquement motivée », estimant que l’argument sanitaire servait à étouffer la contestation. Le débat de fond porte sur la Constitution. Cadre du Front commun pour le Congo et membre de la plateforme Sauvons le Congo, José Makila a défendu le texte de 2006 contre les projets de révision portés par une partie de l’Union sacrée. « Sans cette Constitution, d’où le président Tshisekedi tire-t-il son pouvoir ? C’est grâce à elle qu’il est reconnu comme président de la République », a-t-il déclaré, lors d’un échange en ligne organisé par le journaliste Stanis Bujakera, en présence de Martin Fayulu.
La séquence s’inscrit dans une bataille constitutionnelle ouverte. Le président Félix Tshisekedi a renvoyé la loi sur le référendum à la Cour constitutionnelle, tandis que la Conférence épiscopale et les Églises se sont invitées dans le débat, jusque dans les consultations de Bujumbura. La coalition, elle, campe sur son mot d’ordre.
Trois échéances diront la suite. L’autorisation, ou non, de la marche reprogrammée au 22 juillet. La levée éventuelle des interdictions une fois l’épidémie contenue. Et le sort réservé, par la Cour constitutionnelle, à la loi référendaire. D’ici là, l’espace public reste, dans plusieurs villes, fermé à la contestation.
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