En clair RDC : cuivre et zinc, pourquoi Kinshasa accorde-t-il des dérogations à certains producteurs ?
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RDC : cuivre et zinc, pourquoi Kinshasa accorde-t-il des dérogations à certains producteurs ?

RDC : cuivre et zinc, pourquoi Kinshasa accorde-t-il des dérogations à certains producteurs ?
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 12 AOÛT 2026 - 10:54 WAT · 5 min de lecture

La République Démocratique du Congo a interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, tout en prévoyant la possibilité d’accorder des dérogations dans certaines circonstances. Cette mesure, qui vise à favoriser la transformation locale des minerais, concerne notamment des producteurs comme Ivanhoe Mines, qui affirme bénéficier d’autorisations particulières pour exporter certains concentrés produits en RDC.

L’arrêté gouvernemental signé le 29 juin 2026 par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et de l’Économie interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Le texte prévoit toutefois que des dérogations d’une durée d’un an peuvent être accordées dans des « circonstances stratégiques ».

Cette possibilité explique la situation particulière de certaines exploitations minières.

Pourquoi des dérogations ?

L’objectif affiché par Kinshasa est de pousser les opérateurs miniers à transformer davantage leurs productions sur le territoire national afin que la RDC conserve une plus grande partie de la valeur créée par ses ressources minières. Le gouvernement veut ainsi privilégier l’exportation de produits à plus forte valeur ajoutée plutôt que celle de concentrés.

Mais la réalité industrielle impose certaines contraintes. La transformation des concentrés nécessite notamment des capacités de fusion suffisantes, une alimentation électrique stable et des infrastructures adaptées. C’est précisément pour tenir compte de ces contraintes que le régime congolais prévoit des dérogations individuelles.

Ce mécanisme n’est d’ailleurs pas nouveau. Ivanhoe Mines rappelle qu’une interdiction de l’exportation des concentrés non transformés est appliquée en RDC depuis plusieurs années et que des dérogations ont été accordées au cas par cas.

Le cas Kamoa-Kakula

Depuis le début de sa production en 2021, le complexe Kamoa-Kakula, exploité par Ivanhoe Mines, Zijin Mining et l’État congolais, a bénéficié de plusieurs dérogations lui permettant d’exporter du concentré de cuivre.

La situation a toutefois évolué avec la mise en service de la fonderie construite sur le site de Kamoa-Kakula.

Ivanhoe indique actuellement que le concentré produit par Kamoa-Kakula est traité soit dans cette fonderie, soit à la Lualaba Copper Smelter, à Kolwezi. La société affirme donc disposer désormais de capacités locales permettant une transformation plus importante de sa production.

Cette évolution pose une question importante : pour quelles raisons une dérogation à l’exportation demeure-t-elle nécessaire lorsque des capacités de transformation existent désormais en RDC ?

La réponse dépend notamment des capacités disponibles, de la nature du produit, des volumes concernés et des conditions techniques et économiques de traitement.

Kipushi et le concentré de zinc

Le cas de la mine de Kipushi, dans le Haut-Katanga, est différent.Ivanhoe Mines affirme bénéficier d’une dérogation permettant l’exportation du concentré de zinc produit par cette exploitation.

La mine de Kipushi produit un concentré de zinc destiné aux marchés internationaux. Les documents de la société indiquent que cette production constitue une composante importante de l’activité du projet. Ivanhoe avait notamment indiqué avoir produit plus de 203 000 tonnes de zinc contenu dans le concentré en 2025 et prévoit une production comprise entre 240 000 et 290 000 tonnes de zinc en concentré pour 2026.

Le maintien d’une dérogation pour le zinc soulève donc une question économique majeure : la RDC dispose-t-elle actuellement des capacités nécessaires pour transformer localement l’ensemble de cette production ?

Si la réponse est négative, la dérogation peut être justifiée par l’absence de capacités industrielles suffisantes. Si des capacités existent ou sont en développement, Kinshasa pourrait être amenée à revoir progressivement son régime d’exception.

Une politique qui cherche à changer le modèle minier

Derrière ces dérogations se trouve un débat plus large sur le modèle économique du secteur minier congolais.

La RDC possède d’importantes réserves de cuivre et de cobalt et figure parmi les principaux producteurs mondiaux de ces minerais. Kinshasa cherche désormais à tirer davantage de revenus de cette position en favorisant la transformation locale.

L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage, mais de transformer davantage en RDC.

Le gouvernement veut ainsi que les minerais quittent le territoire sous des formes ayant davantage de valeur ajoutée. Cette politique pourrait permettre de développer la métallurgie locale, créer des emplois et élargir les recettes fiscales générées par le secteur.

Mais elle nécessite des investissements importants dans l’énergie, les infrastructures, la logistique et les capacités industrielles.

Entre transformation locale et contraintes industrielles

La politique de Kinshasa place donc les opérateurs miniers devant une équation difficile : investir dans la transformation locale tout en maintenant leurs capacités de production et leurs exportations.

Pour le gouvernement, l’enjeu est de ne pas transformer l’interdiction en frein à la production minière, tout en évitant que les dérogations ne deviennent la règle.

Le cas d’Ivanhoe illustre cette tension. La société affirme avoir développé une capacité de fusion sur le site de Kamoa-Kakula, tout en bénéficiant encore de certains régimes dérogatoires, notamment pour le zinc produit à Kipushi.

Christian Okende

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