Budget 2027 : 24,8 milliards de dollars annoncés, 17,2 milliards dans le cadrage du gouvernement
La Primature annonce un projet de budget 2027 d’environ 24,8 milliards de dollars, présenté comme un record. Le cadrage du ministère du Budget du 15 juin ne prévoit que 41 602,6 milliards de francs de recettes courantes et de dons, soit 17,24 milliards de dollars.
Budget 2027 : 24,8 milliards de dollars annoncés, 17,2 milliards dans le cadrage du gouvernement
AFP
Le projet de budget 2027 serait évalué à environ 24,8 milliards de dollars, soit le niveau le plus élevé jamais atteint par la République démocratique du Congo. L’annonce est faite le jeudi 10 septembre 2026 par la cellule de communication de la Primature, à l’issue d’une réunion préparatoire au Conseil des ministres présidée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.
Au taux de change que le gouvernement retient lui-même pour 2027, cette enveloppe représente environ 59 900 milliards de francs congolais. Le cadrage budgétaire signé par le ministère du Budget le 15 juin dernier ne prévoit, lui, que 41 602,6 milliards de francs de recettes courantes et de dons.
Le vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, a présenté les principaux agrégats du projet, après plusieurs semaines de conférences budgétaires. Le texte doit être adopté en Conseil des ministres le vendredi 11 septembre, autour du président de la République, puis transmis à l’Assemblée nationale.
« Nous avions une réunion préparatoire à la réunion du Conseil des ministres de demain autour du Président de la République, où nous allons adopter le projet de budget 2027 qui devra être envoyé à l’Assemblée nationale pour examen », a déclaré le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, cité par la Primature le 10 septembre 2026.
La Constitution du 18 février 2006 fixe au 15 septembre la date limite de dépôt du projet de loi de finances au bureau de l’Assemblée nationale. Il reste cinq jours.
Les priorités annoncées sont l’éducation, les infrastructures et la sécurité, auxquelles s’ajoutent la couverture santé universelle et les urgences humanitaires. La gratuité de l’enseignement de base doit être étendue.
« Les impératifs de sécurité sont pris en compte, mais le vœu du Président de la République est de voir les élèves de 7e et de 8e être aussi pris en charge par le processus de gratuité », précise le porte-parole du gouvernement dans le même communiqué.
Six semaines plus tôt, le même gouvernement annonçait 18 milliards
Le 31 juillet 2026, au Centre financier de Kinshasa, Adolphe Muzito fixait une trajectoire de recettes courantes : 15,3 milliards de dollars en 2026, 18 milliards en 2027, 21 milliards en 2028, et 40 milliards à l’horizon 2035.
Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose. Les 18 milliards portaient sur les recettes courantes. Les 24,8 milliards annoncés le 10 septembre portent, selon la formulation du communiqué, sur le projet de budget. Mais le communiqué ne dit pas si cette enveloppe couvre le seul pouvoir central ou le budget consolidé, provinces comprises.
La question n’est pas de forme. BETO a établi que les 18 milliards annoncés en juillet ne se retrouvaient pas dans le cadrage du ministère du Budget, qui donnait 39 637,8 milliards de francs de recettes courantes pour un taux de 2 413,70 francs le dollar, soit 16,42 milliards.
L’écart entre l’enveloppe annoncée et les ressources prévues est de 7,5 milliards de dollars
Les conversions qui suivent sont les nôtres. Elles appliquent à l’enveloppe annoncée le taux de change du cadrage gouvernemental, 2 413,70 francs pour un dollar, tiré du tableau numéro 2 de la circulaire budgétaire du 15 juin 2026.
- 24,8 milliards de dollars représentent environ 59 860 milliards de francs congolais.
- Le cadrage prévoit 41 602,6 milliards de francs de recettes courantes et de dons, soit 17,24 milliards de dollars.
- L’écart est d’environ 18 250 milliards de francs, soit 7,5 milliards de dollars.
Cet écart n’est pas nécessairement un déficit. Il peut correspondre au périmètre consolidé, aux budgets annexes, aux comptes spéciaux, aux budgets provinciaux et aux financements extérieurs. Le communiqué ne le précise pas, et aucun document budgétaire n’est publié à ce stade.
En 2026, le montant en francs a baissé et le montant en dollars a augmenté
L’exercice en cours montre ce qu’une hypothèse de change fait à un record. Le projet de loi de finances 2026 a été déposé le 15 septembre 2025 à 59 020,5 milliards de francs, présentés comme 20,3 milliards de dollars, soit un taux implicite de 2 907 francs.
La loi promulguée est arrêtée à 54 335,7 milliards de francs, présentés par le ministère du Budget comme environ 22 milliards de dollars, au taux de 2 467 francs.
Entre le dépôt et la promulgation, le montant en francs a baissé de 7,9 % et le montant en dollars a augmenté de 8,4 %. Aucune recette nouvelle n’avait été votée dans l’intervalle. Seule l’hypothèse de change avait changé.
Un budget affiché en dollars mesure donc deux choses à la fois : ce que l’État compte percevoir, et ce que vaut le franc dans l’hypothèse retenue. Le cours indicatif de la Banque centrale s’établissait à 2 264,00 francs pour un dollar au 10 septembre 2026, soit un franc plus fort de 6,6 % que celui du cadrage.
La gratuité s’étend à la 7e et à la 8e, sans coût publié
L’extension de la gratuité aux septième et huitième années de l’enseignement fondamental est présentée comme un vœu présidentiel. Aucun chiffrage n’accompagne l’annonce : ni le nombre d’élèves concernés, ni la masse salariale correspondante, ni la ligne budgétaire prévue.
Cette extension intervient alors que le Cluster Éducation recensait, au 31 juillet 2026, 1 131 écoles toujours fermées en République démocratique du Congo et 491 578 enfants hors de tout système scolaire du fait de ces fermetures.
La gratuité déjà en vigueur reste par ailleurs contestée sur le terrain par les enseignants eux-mêmes, dont un professeur d’anglais de Lingwala déclarait le 9 septembre percevoir 488 000 francs bruts par mois, soit environ 215 dollars, inchangés depuis près de deux ans.
Un budget consolidé, le premier depuis 2015
Le communiqué de la Primature contient une information qui mérite d’être lue deux fois. Les membres du gouvernement ont été informés de la préparation du budget consolidé de l’exercice 2026, présenté comme une première depuis 2015. Ce document doit mettre en synergie les données budgétaires du niveau national et celles des provinces.
Autrement dit, pendant onze exercices, la République démocratique du Congo n’a pas produit de document unique rapprochant son budget central et ceux de ses vingt-six provinces.
La même réunion a examiné le projet de loi portant reddition des comptes de l’exercice 2025, présenté par la vice-ministre des Finances. Le gouvernement rappelle que cette étape est nécessaire avant l’examen du budget 2027, conformément à la loi relative aux finances publiques. Les deux textes sont donc traités dans la même semaine, à cinq jours de l’échéance constitutionnelle.
Ce que le gouvernement présente comme une preuve
« C’est la preuve qu’il y a une véritable dynamique économique engagée dans le pays. C’est la preuve aussi que les réformes et la stratégie mises en place par le Président de la République, et pilotées par la Première ministre, donnent davantage de résultats », déclare Patrick Muyaya au sortir de cette réunion.
La lettre d’orientation budgétaire du 29 juin 2026, signée par la Première ministre, assigne pour sa part à la politique fiscale de 2027 l’objectif de « contribuer à accroître la pression fiscale à 17 % du PIB à l’horizon 2035 ». Rapportées au produit intérieur brut nominal du cadrage, les recettes courantes de 2027 représentent 12,68 %.
Un budget n’est une preuve que lorsqu’il est exécuté. Le taux d’exécution de l’exercice 2025 figure précisément dans le projet de reddition des comptes examiné le 10 septembre. Il n’est pas rendu public.