Sécurité & Défense Félix Tshisekedi : « Lorsqu’une Nation renonce à penser elle-même sa sécurité, d’autres finissent toujours par la penser à sa place »
Burundi

Félix Tshisekedi : « Lorsqu’une Nation renonce à penser elle-même sa sécurité, d’autres finissent toujours par la penser à sa place »

Aux dix ans du CHESD, Félix Tshisekedi lie souveraineté et capacité de penser sa propre sécurité. Sur les terrains militaire, diplomatique et économique, l'inventaire de ce que le pays confie aujourd'hui à des tiers.

Félix Tshisekedi en tenue de commandant suprême devant des militaires des Forces armées congolaises

Le CHESD est placé sous l'autorité du chef d'état-major général des FARDC. Photo d'archives.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 21 AOÛT 2026 - 10:01 WAT · 7 min de lecture

Les dix ans du Collège des hautes études de stratégie et de défense ont donné lieu à une thèse qui dépasse l’exercice d’anniversaire. « Lorsqu’une Nation renonce à penser elle-même sa sécurité, d’autres finissent toujours par la penser à sa place, selon leurs intérêts, leurs priorités et leurs stratégies », déclare Félix Tshisekedi dans des propos publiés le 19 août 2026 par sa porte-parole, Tina Salama, sur son compte X. Le chef de l’État en tire la conséquence : « La souveraineté commence donc dans l’esprit : par la capacité de comprendre les menaces, de définir nos intérêts vitaux et de choisir, en toute indépendance, les moyens de les défendre. » La cérémonie se tient au Palais du peuple, à Kinshasa.

L’institution qui reçoit cette phrase a une identité précise. Le CHESD a été créé le 5 janvier 2016. Il est, selon sa propre présentation, un « Établissement public à caractère Administratif placé sous l’autorité du Chef d’Etat-Major des Forces Armées de la RDC ». Le collège forme des cadres civils et militaires en deux formats, une session ordinaire et une session spéciale. Sa mission tient exactement dans ce que le président décrit : produire, en interne, la capacité de penser la défense du pays.

Sept mois séparent la date de création de la célébration. L’anniversaire de janvier se tient en août, à un moment où la question qu’il pose n’a rien d’académique.

Ce que le pays confie aujourd’hui à d’autres

Sur le terrain militaire d’abord. Un accord bilatéral autorise la Force de défense nationale du Burundi à déployer des troupes dans l’Est congolais, et plus de 29 000 militaires burundais y ont été engagés entre août 2022 et décembre 2025. L’invité principal de la cérémonie est précisément le chef de cet État. Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, est arrivé le 20 août à l’aéroport de Ndjili, accueilli par la ministre d’État aux Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner et par le ministre de l’Intégration régionale Floribert Anzuluni.

Sur le terrain diplomatique ensuite. C’est à Bujumbura, du 4 au 7 juillet, que des acteurs politiques et religieux congolais ont exposé leurs positions sur la crise congolaise devant ce même chef d’État. Le dialogue national annoncé n’a toujours pas d’ordonnance de convocation.

Sur le terrain économique enfin. Cinquante-quatre élus démocrates de la Chambre des représentants américaine ont écrit le 17 août que l’accord de partenariat stratégique en discussion exigerait des changements constitutionnels, accorderait un droit de première offre aux sociétés américaines, et s’accompagnerait d’un soutien américain à des forces paramilitaires gardant des sites miniers. Ce sont des élus étrangers qui ont rendu ces clauses publiques.

Cette déclaration n’est pas isolée dans la semaine. Le 18 août, à Zanzibar, le même chef de l’État affirmait devant son homologue tanzanienne que les partenaires du pays, américains, chinois et européens, étaient sensibles à une vision africaine consistant à transformer les ressources minières et agricoles sur le continent. Le même jour, à Kinshasa, le président de la communauté banyamulenge faisait lire à la télévision nationale une déclaration refusant que l’identité de sa communauté serve un projet expansionniste. Trois prises de parole en trois jours, sur les ressources, sur l’identité et sur la pensée stratégique, c’est-à-dire sur trois choses que le pays estime devoir se réapproprier.

Les ordres de grandeur donnent la mesure de l’enjeu économique. La RDC a produit 230 000 tonnes de cobalt en 2025, soit 73 % du total mondial, et son fret représentait 7,77 millions de tonnes sur l’exercice 2025/26 dans les ports tanzaniens, soit 53 % de leur transit. Le pays pèse sur les chaînes qu’il ne contrôle pas.

Le coût de la pensée stratégique

L’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu a été prorogé de quinze jours supplémentaires en août, régime d’exception reconduit sans interruption depuis mai 2021. Le représentant spécial des Nations unies a dénombré 632 civils tués au Nord-Kivu et en Ituri sur la période ouverte le 19 mars. Human Rights Watch recensait en avril 2,4 millions de déplacés internes au Sud-Kivu, soit 44 % des 5,61 millions du pays.

Face à cela, le Conseil des ministres du 14 août a constaté que 8,3 milliards de dollars de financements extérieurs restaient acquis et non décaissés, et que le budget d’équipement s’exécutait à 0,24 % au 30 avril. Un pays qui n’exécute pas son budget d’investissement finance difficilement ses propres centres de recherche stratégique, ses propres capacités de renseignement et sa propre industrie de défense.

Le CHESD a dix ans. Ni le nombre d’auditeurs qu’il a formés depuis 2016, ni le budget qui lui est alloué, ni les documents de doctrine issus de ses travaux ne figurent sur sa présentation publique. C’est pourtant sur ces trois séries que se vérifiera la phrase publiée le 19 août.

Un chef d’État qui identifie publiquement la dépendance intellectuelle comme un risque de souveraineté pose un diagnostic rare. Sa mesure ne se lira ni dans un discours ni dans un anniversaire, mais dans des lignes budgétaires, des effectifs formés et des documents doctrinaux rendus publics.

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