Politique RDC : Kabila dénonce l’emprisonnement «sans jugement» des officiers et agents swahiliphones
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RDC : Kabila dénonce l’emprisonnement «sans jugement» des officiers et agents swahiliphones

Joseph Kabila ancien président de la RDC. PHOTO DROITS TIERS
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 23 MAI 2025 - 21:09 WAT · 3 min de lecture

L’ancien président Joseph Kabila est sorti de son silence pour adresser une critique virulente de la gestion sécuritaire actuelle en République Démocratique du Congo. Dans une allocution solennelle diffusée en direct sur la chaîne YouTube Reconstruire RDC, le prédécesseur de Félix Tshisekedi a dressé un tableau sombre de l’état de l’armée nationale, dénonçant une « déliquescence totale » du secteur de la défense et de la sécurité, imputable selon lui à une gouvernance défaillante et clanique.

Au cœur de son discours, une accusation grave : l’incarcération arbitraire de plusieurs militaires et officiers supérieurs, principalement issus des provinces swahiliphones, sans procès ni respect des procédures judiciaires.

« La situation sécuritaire actuelle se caractérise par une formation militaire bâclée, des recrutements et nominations fondés sur l’appartenance ethnique, ainsi que par l’emprisonnement sans jugement de nombreux officiers, majoritairement swahiliphones », a déclaré Joseph Kabila.

Faisant valoir son expérience de commandant suprême des forces armées durant près de deux décennies, l’ancien chef de l’État affirme que ces dérives ont sapé les fondations de l’institution militaire, la rendant vulnérable et inefficace.

« Je connais nos soldats. Je les ai formés, encadrés, et conduits au front. Ils ne manquent ni de bravoure ni de loyauté. Ce qui a changé, c’est la qualité du commandement et les conditions de leur prise en charge », a-t-il martelé.

Kabila ne s’est pas arrêté là. Il a fustigé ce qu’il qualifie d’« effondrement de la doctrine sécuritaire congolaise », remplacée selon lui par des alliances douteuses avec des groupes armés irréguliers.

« À une armée nationale unifiée s’est substituée une mosaïque chaotique de mercenaires, de milices tribales, de bandes armées et même de forces étrangères. Cette confusion a plongé notre nation dans un chaos indescriptible », a-t-il dénoncé.

Sur le plan diplomatique, l’ancien président a pointé le désengagement du gouvernement congolais vis-à-vis de cadres régionaux essentiels comme le Pacte sur la sécurité dans la région des Grands Lacs ou l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Ce retrait, selon lui, aurait contribué à la régionalisation du conflit et exacerbé l’instabilité persistante dans l’Est du pays.

« L’État a perdu le monopole de la violence légitime. Il a sous-traité la sécurité nationale à des groupes qu’il ne contrôle plus. L’armée congolaise est désormais méprisée, humiliée et ridiculisée par ceux-là mêmes qui devraient la soutenir », a-t-il averti, non sans exprimer une crainte claire : celle d’une implosion sécuritaire à court terme.

Cette sortie publique de Joseph Kabila intervient dans un contexte particulièrement tendu, alors que l’ancien président est lui-même visé par de lourdes accusations de trahison et de collusion présumée avec le mouvement rebelle M23/AFC. Des accusations qui ont récemment conduit à la levée de ses immunités parlementaires par le Sénat. Une séquence politique qu’il semble vouloir retourner à son avantage, en se posant en lanceur d’alerte plutôt qu’en accusé.

Ézéchiel CTM

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