Investissements étrangers : la RDC en tête de l’Afrique centrale
La RDC a attiré 3,11 milliards de dollars d'investissements étrangers en 2024, première d'Afrique centrale. La même année, sur une seule de ses mines, une entreprise chinoise a réalisé plus du double.
Investissements étrangers : la RDC en tête de l’Afrique centrale
AFP
À Fungurume, dans le Lualaba, la mine s’étend sur près de 1 600 kilomètres carrés — une concession de la taille d’un département français, posée sur l’un des plus grands gisements de cuivre et de cobalt connus au monde. On y emploie plus de 8 000 Congolais, salariés ou sous-traitants. On y fait parfois patrouiller l’armée pour empêcher les habitants de la ville voisine de venir y ramasser du cobalt à mains nues ; un jour, un creuseur y a été abattu, et une émeute a éclaté dans son village, faisant un deuxième mort. La mine s’appelle Tenke Fungurume. Elle appartient à 80 % à la chinoise CMOC, et à 20 % à l’État congolais, via la Gécamines.
C’est là, et dans une poignée d’autres sites du Katanga et du Lualaba, que se joue la vérité des chiffres que Kinshasa a accueillis avec fierté en juin 2025. Selon le rapport annuel de la CNUCED, l’agence des Nations unies pour le commerce et le développement, la RDC a capté 3,11 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2024 — le premier montant d’Afrique centrale, en hausse de 21 % sur un an.
Un seul opérateur, plus que le pays tout entier
Le chiffre impressionne jusqu’à ce qu’on le compare à un autre. En 2024, les deux filiales congolaises de CMOC, Tenke Fungurume et Kisanfu, ont réalisé un chiffre d’affaires record de 7,05 milliards de dollars — en hausse de plus de 80 % en un an. C’est près de 40 % du budget national de la RDC pour l’année. Autrement dit, une seule entreprise chinoise a généré, sur deux mines congolaises, plus du double de tous les investissements étrangers officiellement entrés dans le pays.
Cette année-là, CMOC est devenu le premier producteur mondial de cobalt, avec une production qui a doublé. Ses filiales congolaises assurent désormais plus de 70 % du cobalt extrait sur la planète. La RDC est, de loin, la juridiction la plus rentable du groupe.
Reste à savoir ce que le pays, lui, en retire. La loi minière de 2018 prévoit que la redevance soit partagée entre l’État central, la province et l’entité locale. Dans les faits, des analyses concordantes documentent que les entités décentralisées ne touchent pas toujours leur part. Et un chiffre, tiré d’un rapport de l’Inspection générale des finances congolaise rendu en 2022, résume un malaise plus ancien : entre 2012 et 2020, sur 35 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisés par ses partenaires, la Gécamines n’a perçu que 564 millions de dollars de royalties — soit 1,6 %.
Un record africain, mais…
Le cas congolais s’inscrit dans une année que la CNUCED a présentée comme exceptionnelle pour le continent : les investissements y ont bondi de 75 %, à 97 milliards de dollars, un record. Mais l’agence elle-même prévient que le chiffre est gonflé. « Cette flambée a été largement portée par un montage de financement de projet pour le développement urbain en Égypte », écrit-elle. « Net de cette hausse, les investissements en Afrique ont tout de même progressé de 12 %, à environ 62 milliards. » Le projet en question, la ville nouvelle de Ras El-Hekma, a drainé à lui seul 35 milliards de dollars de capitaux émiratis.
L’argent va, comme toujours, au plus rentable plutôt qu’au plus utile. En RDC, il va au cuivre et au cobalt, ces métaux dont le monde a besoin pour ses batteries et ses voitures électriques, et il repart avec eux vers l’Asie. Le minerai s’en va, la valeur ajoutée aussi.
La fragilité du modèle s’est d’ailleurs rappelée à Kinshasa dès le début 2025 : le cours du cobalt s’étant effondré de plus d’un quart, le gouvernement a dû suspendre les exportations pour tenter de soutenir les prix. Le pays produit les volumes, mais ne maîtrise pas les cours. Première d’Afrique centrale pour les capitaux qu’elle attire, la RDC reste cliente des décisions qui se prennent ailleurs.
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