Politique RDC: La Constitution divise les successeurs potentiels de Tshisekedi
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RDC: La Constitution divise les successeurs potentiels de Tshisekedi

RDC: La Constitution divise les successeurs potentiels de Tshisekedi
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 DÉCEMBRE 2024 - 23:20 WAT · 6 min de lecture

L’Union Sacrée de la Nation, coalition politique menée par le Président Félix Tshisekedi, pourrait connaître des turbulences majeures dans les prochains mois. Au cœur des tensions : la question d’une révision ou d’un changement de la Constitution. Si cette démarche constitue une priorité affichée par le chef de l’État, elle suscite des réactions contrastées, voire prudentes, parmi les figures politiques majeures de la coalition, notamment Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et Modeste Bahati.

Chacun de ces présidentiables semble désormais calculer ses pas face à une réforme qui pourrait redéfinir les règles du jeu pour la succession présidentielle. Depuis plusieurs jours, les positions des cadres de l’Union Sacrée divergent. Ce qui semblait être une initiative consensuelle du Président commence à révéler des tensions internes et pourrait, à terme, provoquer une crise au sein de la coalition.

Jean-Pierre Bemba et l’ambiguïté calculée

Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et Vice-Premier ministre en charge des Transports, a affiché une posture ambivalente. Lors d’une interview sur Top Congo le 4 décembre 2024, il avait exprimé son soutien à une simple révision de la Constitution, sans aller jusqu’à accepter un changement complet. « Ce qui est autorisé dans la Constitution, c’est la révision. Ce qui est prévu, c’est la révision, » avait-il déclaré, renvoyant la question du changement radical à Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS. Une déclaration qui semblait, à première vue, marquer ses limites vis-à-vis des ambitions du chef de l’État.

Cependant, coup de théâtre le lendemain : le MLC publiait un communiqué officiel affirmant cette fois un soutien plus large à la démarche présidentielle. Dans ce texte, Bemba et son parti se disent prêts à accompagner les réformes constitutionnelles, y compris celles visant un changement de fond. Ce revirement stratégique est perçu comme une manœuvre pour préserver sa place dans la coalition tout en ménageant ses ambitions futures.

Vital Kamerhe : soutien prudent mais clair

De son côté, Vital Kamerhe, leader de l’UNC et partenaire influent de Tshisekedi, a longtemps esquivé la question. Conscient de la sensibilité du sujet, il avait choisi le silence, renvoyant sa décision à plus tard. Mais lundi dernier, à l’issue d’une rencontre avec Félix Tshisekedi à Kinshasa, Kamerhe a finalement clarifié sa position.
« Révision constitutionnelle, ce n’est pas un tabou. C’est prévu dans l’article 218. Où est le péché ? Nous restons dans la légalité constitutionnelle, » a-t-il affirmé.

En soutenant explicitement une révision mais sans évoquer un changement total, Kamerhe joue la prudence. Il soutient le Président tout en prenant soin de ne pas brusquer une opinion publique encore sceptique et un électorat qu’il courtise pour l’échéance présidentielle de 2025. « Notre constitution interdit son changement dans l’article 64 en appelant les Congolais à s’opposer à tout changement de l’ordre constitutionnel. Une telle initiative n’est pas bonne et je vous mal notre président (Vital Kamerhe), le soutenir« , confie un haut cadre du parti de Kamerhe à Beto sous le sceau de l’anonymat.

Modeste Bahati : la discrétion stratégique

Quant à Modeste Bahati Lukwebo, chef de l’AFDC-A, sa position demeure subtile et mesurée. Dans un communiqué officiel publié le 8 décembre 2024, Bahati a déclaré que son parti était « disponible » pour participer à la commission multidisciplinaire proposée par Tshisekedi pour réfléchir aux réformes constitutionnelles.

Ce choix de mots soigneusement pesés en dit long. Contrairement à ses pairs, Bahati évite d’aborder frontalement la question d’une révision ou d’un changement, préférant afficher une ouverture prudente. Ce silence stratégique laisse entrevoir un positionnement attentiste, dicté par le désir de ménager toutes les options possibles sans compromettre son avenir politique.

Dans ce paysage politique fragmenté, Sama Lukonde, président du Sénat, et le parti présidentiel, l’UDPS, restent les seuls à afficher un soutien ferme et sans ambiguïté au Président Tshisekedi. Ils voient dans cette réforme constitutionnelle un projet de modernisation et un moyen d’affirmer durablement la gouvernance actuelle. Sama Lukonde incarne ainsi la continuité et la stabilité recherchée par Tshisekedi face à l’incertitude provoquée par les positions mitigées des autres membres du présidium de l’Union Sacrée.

Par ailleurs, certaines grandes figures politiques, comme Evariste Boshab, ancien kabiliste et constitutionnaliste reconnu, se positionnent discrètement pour soutenir cette réforme. À la tête d’une organisation de constitutionnalistes influente, Boshab pourrait devenir un acteur clé dans le débat en apportant une caution intellectuelle aux arguments du camp présidentiel. D’autres personnalités politiques de premier plan, notamment issues des réseaux kabilistes, restent dans l’ombre, observant l’évolution du rapport de force.

Une Union Sacrée au bord de la rupture

Si Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et Modeste Bahati choisissent finalement de s’opposer ouvertement à un changement de Constitution, ils pourraient non seulement quitter l’Union Sacrée, mais également former un front commun avec l’opposition. Cette alliance stratégique aurait pour conséquence de rendre tout projet de changement constitutionnel quasi-impossible, en raison des mécanismes juridiques exigeant des majorités qualifiées. Avec leur poids politique et leurs bases électorales respectives, ces trois leaders pourraient ainsi renforcer l’opposition et paralyser le processus souhaité par Tshisekedi.

Une telle perspective ouvrirait la voie à une crise politique majeure, fragilisant encore davantage l’Union Sacrée et isolant le Président. À ce jour, Tshisekedi ne peut compter que sur le soutien fidèle de l’UDPS et de quelques alliés discrets pour porter son projet. Mais dans un climat où chaque geste est interprété comme un calcul électoral, la route vers une réforme constitutionnelle s’annonce semée d’embûches.

Si Félix Tshisekedi parvient à convaincre ses principaux alliés, l’Union Sacrée pourrait sortir renforcée de ce débat. Mais dans le cas contraire, cette question constitutionnelle pourrait provoquer un effet domino entraînant la dislocation de la coalition. Alors que Tshisekedi entame son dernier mandat, la réforme constitutionnelle apparaît non seulement comme un enjeu institutionnel, mais aussi comme un test de loyauté pour les partenaires du Président.

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B
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