Le sélectionneur des Léopards, Sébastien Desabre, a qualifié de « finale » le match contre l'Ouzbékistan, à disputer dans la…
RDC-Ouzbékistan : piéger l’équipe qui n’a plus rien à perdre, et marquer enfin
L'Ouzbékistan est déjà éliminé, donc libéré, donc dangereux. Le Coach na Beto livre son plan pour piéger le dernier obstacle des Léopards et marquer enfin ce but qui manque.
Approchez, mes frères, et ne le répétez pas trop fort à la buvette. Ce soir, cent millions d’âmes vont retenir leur souffle pour onze garçons qui jouent leur Mondial, et moi, votre vieux Coach, je vais vous dire la chose que personne n’ose dire. Notre danger samedi, ce n’est pas l’Ouzbékistan déjà éliminé. Notre danger porte une cravate et s’appelle Sébastien Desabre.
Comprenez bien. Je respecte l’homme. Il nous a portés en demi-finale de la CAN, il a qualifié la RDC pour cette Coupe du monde, et ça, aucun bavard ne peut le lui retirer. Mais respecter un homme n’oblige pas à fermer les yeux sur sa peur. Et la peur de Desabre, je la connais : c’est la peur du ballon.
Un but en deux matches, et le silence qui dit tout
Regardez les chiffres, ils ne mentent jamais, eux. Un point en deux rencontres. Un seul but marqué, contre le Portugal. Et contre la Colombie, le néant, un zéro pointé et un bloc bas si profond qu’on aurait dit nos joueurs creuser leur propre tombe à la pelle. La RDC a perdu cette nuit-là sur un pari défensif qui a tourné court, comme on dit dans nos colonnes. Traduisez du Coach : on a eu peur, on a reculé, et on a perdu quand même.
Voilà ce que je reproche au technicien. Pas de manquer de science, il en a. De ne pas aimer ce que le football a de plus beau : attaquer. Il aligne Bakambu, il aligne Wissa, il a des chevaux dans son écurie, et il leur demande de tirer la charrette à l’arrière. Un sélectionneur qui n’aime pas jouer au foot, c’est mon verdict, et je l’assume comme j’assume ma toque.
Méfiez-vous de l’homme qui n’a plus rien à perdre
L’Ouzbékistan est déjà mort. La victoire de la Colombie sur nous l’a éliminé avant même qu’il ne lace ses crampons contre nous. Vous croyez que c’est une bonne nouvelle ? Approchez, je murmure : c’est le piège le plus vieux du football. Une équipe condamnée joue libre, légère, sans la peur qui noue les jambes. Cannavaro, leur vieux renard italien, champion du monde en 2006, l’a compris. Battu 3-1 par la Colombie, écrasé 5-0 par le Portugal et les deux coups de canon de Ronaldo, il a quand même bombé le torse. « Je leur ai dit que j’étais très fier du match qu’ils ont joué », a soufflé l’Italien. Traduction du Coach : il va lâcher ses gamins comme on lâche des chiens sans laisse. Et un chien sans laisse, ça mord parfois le plus grand.
Leur défense, c’est huit buts pris en deux sorties. Une passoire, diront les pressés. Sauf qu’au milieu de cette passoire il y a Khusanov, vingt-deux ans, formé à Manchester City, leur joyau, le seul qui défende comme moi je tiens ma maison : à l’instinct, avec orgueil. Et devant, ce petit Fayzullaev qui a planté de la tête le premier but ouzbek de toute leur histoire en Coupe du monde. Un garçon qui a goûté l’Histoire ne se couche pas. Retenez ce nom, sinon il vous le rappellera samedi.
Le piège se referme sur celui qui recule
Or samedi, reculer, c’est mourir. L’Ouzbékistan n’a plus rien à perdre, donc il jouera libre, et une équipe libre devant un bloc bas, ça finit toujours par trouver la faille. Desabre le sait, lui qui a promis de « prendre des risques » et juré qu’« un match nul ne suffira pas ». Très bien, monsieur le sélectionneur. Mais les promesses de conférence de presse ne marquent pas de buts. On vous a entendu parler d’audace. On attend de la voir sur la pelouse d’Atlanta, pas dans un micro.
Car la cruauté de l’arithmétique, la voici : pour passer, il faut gagner, et pour gagner, il faut marquer. Pas spéculer, pas gérer, pas attendre un coup du sort. Marquer. Cette équipe a le talent pour mettre deux buts à une défense qui en a encaissé huit en deux matches. Elle ne lui manque qu’une seule chose, et cette chose ne se trouve ni dans les jambes des joueurs ni dans les tribunes. Elle se trouve sur le banc.
Le verdict du Coach
Alors je lance mon coup de sifflet, et tant pis si ça grince. Que Desabre libère ses Léopards. Qu’il oublie une soirée sa prudence d’avocat et qu’il laisse parler le football, le vrai, celui qui prend des risques parce qu’il n’a pas le choix. Les cent millions d’âmes ne demandent pas un miracle. Elles demandent qu’on essaie de gagner en attaquant, et non qu’on essaie de ne pas perdre en tremblant.
S’il le fait, je serai le premier à lui payer une bouteille de Nsamba. S’il ne le fait pas, et que les Léopards rentrent à la maison la tête basse, qu’on ne vienne pas accuser l’Ouzbékistan. Le vrai adversaire, ce soir, était dans notre propre camp.
Après les nuls du 26 juin, huit troisièmes sont déjà assurés de finir avec trois points. La barre est verrouillée.…
Un point en deux matches, une dernière chance. Après la défaite contre la Colombie, Sébastien Desabre a déjà les yeux…