Mpasi, le mur de Guadalajara : remplaçant en club, dernier rempart d’une nation
Remplaçant au Havre, héros de la CAN, Lionel Mpasi a été le seul Léopard à la hauteur face à la Colombie. Portrait du dernier rempart d'une nation.
Mpasi, le mur de Guadalajara : remplaçant en club, dernier rempart d’une nation
AFP
Guadalajara, nuit du 23 au 24 juin, autour de la vingtième minute. Luis Díaz surgit seul face au but congolais. Lionel Mpasi sort, ferme l’angle, repousse. Quelques instants plus tôt, il avait déjà détourné une tentative de James Rodríguez. À la pause, malgré près de 70 % de possession colombienne et une pluie de frappes, le tableau d’affichage affiche 0-0. Un seul homme, cette nuit-là, a joué la Coupe du monde à son niveau. C’était le gardien.
Lionel Mpasi Nzau, 31 ans, né en France, n’a pourtant rien d’une vedette. Au Havre, son club, il est doublure, derrière Mory Diaw, qu’il a rejoint à l’été 2025 et derrière qui il n’a connu sa première apparition en Ligue 1 que le 18 janvier 2026, face à Rennes. Avant la Normandie, il gardait les buts de Rodez, en Ligue 2. Un parcours de l’ombre, loin des projecteurs.
C’est en sélection qu’il est devenu un personnage. À la Coupe d’Afrique des nations, le 28 janvier 2024, il a propulsé la RD Congo en quarts de finale en marquant le penalty décisif face à l’Égypte (1-1, 8-7 aux tirs au but). Le gardien buteur, le sourire aux lèvres avant de frapper, l’image a fait le tour du continent.
Depuis, Mpasi porte une part du rêve d’un pays qui n’avait plus disputé de Coupe du monde depuis le Zaïre de 1974. La qualification, décrochée au printemps, l’habite encore. « Je ne sais pas si je réalise encore aujourd’hui », confiait-il à RFI à la mi-avril. « Le soulagement de l’avoir fait, et c’était indescriptible. » Le portier y décrivait une nation suspendue à ce retour : « On a vu que le peuple attendait depuis 52 ans, on a été convoqué par le président de la République, et ça nous tenait à cœur d’y être, de vivre ce moment parce que je pense qu’on ne revivra plus une telle chose dans notre vie. »
Contre la Colombie, il a donné corps à cette responsabilité. Tant que ses partenaires reculaient sans jamais ressortir le ballon, lui tenait la baraque. Le but de Daniel Muñoz, à la 75e minute, est venu sanctionner une domination trop longtemps contenue, pas une faute de son gardien. La RD Congo s’est inclinée 1-0, mais son dernier rempart n’a pas plié sur ses qualités. Le fil du match en garde la trace.
Reste une dernière journée, face à l’Ouzbékistan, pour que ce mur serve de socle à autre chose qu’une résistance. Doublure en Ligue 1, Lionel Mpasi est devenu, le temps d’un Mondial, l’homme sur qui un pays compte le plus.