RDC : une économie qui croît au-delà de 5,5 % malgré la guerre à l’Est et l’arrêt du cobalt
Malgré l'occupation de Goma et Bukavu et l'arrêt du cobalt, l'économie congolaise a dépassé 5,5 % de croissance en 2025, portée par le cuivre. Réserves record, inflation domptée, mais dépendance minière.
RDC : une économie qui croît au-delà de 5,5 % malgré la guerre à l’Est et l’arrêt du cobalt
AFP
Deux des plus grandes villes de l’Est tombées aux mains de l’AFC/M23, le cobalt volontairement mis à l’arrêt : l’économie congolaise aurait dû caler. Sa croissance a dépassé 5,5 % en 2025, portée par un cuivre à prix record.
Le paradoxe est documenté. En janvier puis février 2025, l’AFC/M23, soutenue par l’armée rwandaise, s’empare de Goma puis de Bukavu, les deux principales villes de l’Est. Au même moment, le gouvernement suspend volontairement les exportations de cobalt, dont la RDC assure près des trois quarts de la production mondiale. Et pourtant, l’activité a tenu. Selon le Fonds monétaire international, la croissance du produit intérieur brut réel a dépassé 5,5 % en 2025, un rythme attendu au même niveau en 2026.
« L’activité économique demeure résiliente, avec une croissance du PIB réel supérieure à 5,5 % en 2025 et 2026, portée par un dynamisme renouvelé dans la construction, les services et l’agriculture, compensant largement un léger ralentissement du secteur extractif », résumait le chef de mission du FMI pour la RDC, Calixte Ahokpossi, dans le communiqué de fin de mission du 6 mai. La Banque mondiale, plus prudente, situe la croissance autour de 5 %.
Le premier levier de cette résistance tient à un pari risqué sur le cobalt. Le 22 février 2025, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS) suspend toutes les exportations, alors que les cours étaient tombés autour de 21 000 dollars la tonne, au plus bas depuis neuf ans. La mesure, prolongée en juin puis en septembre, bascule en octobre vers un système de quotas, plafonné à 96 600 tonnes par an pour 2026 et 2027. L’effet sur les prix est immédiat : la tonne dépasse 42 000 dollars à la mi-octobre, soit un doublement. En restreignant son offre, le premier producteur mondial a fait remonter le marché.
Le second levier, plus structurel, s’appelle le cuivre. Deuxième producteur mondial derrière le Chili, la RDC a extrait plus de trois millions de tonnes en 2025, et le FMI table sur 3,4 millions en 2026. Le complexe de Kamoa-Kakula, exploité par Ivanhoe et Zijin, a produit 388 838 tonnes en 2025 malgré des incidents techniques, et vise plus de 500 000 tonnes par an à partir de 2028. Porté par des cours élevés sur l’ensemble de la période, le métal rouge représente désormais l’essentiel des recettes d’exportation. C’est lui qui, selon le FMI, a permis de ramener le déficit courant à 3,6 % du PIB.
Ce socle minier a nourri des indicateurs macroéconomiques inattendus pour un pays en guerre. Les réserves internationales ont atteint 8,8 milliards de dollars fin mars 2026, contre moins d’un milliard à la mi-2021. L’inflation, à 11,7 % fin 2024, est retombée sous 2,5 % en glissement annuel depuis octobre 2025, loin sous la cible de 7 % de la Banque centrale. Le franc congolais s’est apprécié d’environ 29 % face au dollar au dernier trimestre 2025, et la dette publique est repassée sous 18,2 % du PIB.
La façade a ses fissures. Le coût de la guerre pèse : le FMI relève que le plafond de déficit budgétaire de fin 2025 a été dépassé d’environ 0,6 point de PIB, en raison des dépenses engagées après la prise d’Uvira par l’AFC/M23 en décembre. Dans les zones occupées, l’économie échappe à Kinshasa : selon plusieurs études, le seul coltan de Rubaya rapporterait au moins 800 000 dollars par mois à la coalition, exportés vers le Rwanda.
Surtout, la prospérité minière ne se traduit pas en niveau de vie. Dans un rapport publié en mai, la Banque mondiale alerte sur une croissance qui réduit peu la pauvreté, dans un pays où l’essentiel de la valeur reste peu transformée sur place. La même dépendance qui a sauvé les comptes en 2025 en fait la principale vulnérabilité : un retournement des cours du cuivre suffirait à défaire ce que le paradoxe congolais a construit cette année.
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