« Supposée connivence Kabila-Nangaa » : Et si les théories de Bemba étaient fondées ?
« Supposée connivence Kabila-Nangaa » : Et si les théories de Bemba étaient fondées ?
AFP
Ça fait des semaines que l’administration Tshisekedi, avec Jean-Pierre Bemba en première ligne d’attaque, dénonce des liens entre l’ancien Président Joseph Kabila et Corneille Nangaa, ancien président de la CNI converti en coordonnateur de plusieurs groupes rebelles dans l’Est de la RDC, dont le M23 soutenu par le Rwanda. Et si ces dénonciations n’étaient pas anodines ? — RÉVÉLATIONS.
Depuis sa dernière sortie médiatique et la première après six ans de silence, coïncidant avec l’occupation par les M23 (Mouvement du 23) et les troupes rwandaises des villes de Goma et Bukavu, le Président honoraire Joseph Kabila Kabange ne s’est pas montré tendre dans ses critiques vis-à-vis du régime de son successeur, Félix Tshisekedi, qu’il qualifie de « dictateur ». Alors que Kinshasa refusait tout dialogue avec les « pantins » du M23, Joseph Kabila y voyait la seule issue de la sortie de crise.
Cette prise de position a été vue comme un acte de trahison par Félix Tshisekedi et son administration. Et c’est Jean-Pierre Bemba, visiblement l’un des bras droits du chef de l’Etat au sein de l’Union sacrée de la Nation (USN), qui est monté au créneau pour tacler l’ancien Président de la République et son adversaire lors de la présidentielle de 2006. Sans se voiler la face, ni mâcher ses mots, l’actuel vice-premier ministre et ministre des Transports s’est converti en un adversaire farouche contre le clan Kabila lors de ses tournées de mobilisation de la jeunesse à s’enrôler à l’armée afin de défendre la patrie contre l’offensive rwandaise.
« Joseph n’est qu’un usurpateur »
« Que personne ne vous trompe », avertit Jean-Pierre Bemba avant de confier : « La vérité est que c’est l’AFDL (groupe rebelle mené par Laurent-Désiré Kabila qui a chassé le Maréchal Mobutu, ndlr) qui s’est transformé en PPRD (parti politique cher à Joseph Kabila, ndlr). Quand le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. Nous l’avons tous acclamé parce qu’il a été acteur de l’alternance pacifique et la passation pacifique du pouvoir. Maintenant étant mécontent du travail de son successeur Félix Tshisekedi, il prend les armes pour combattre son régime et le renverser pour qu’il revienne aux affaires ».
Les réactions du clan Kabila n’ont pas tardé. Ils accusent, à leur tour, l’ancien ministre de la Défense dans le Gouvernement Sama II de recruter les enfants soldats. Ce qui lance les deux familles politiques dans une avalanche d’altercations atroces. Le MLC (Mouvement pour la libération du Congo) de Bemba remet sur la table le débat sur la nationalité de l’ancien Président Joseph Kabila, se basant sur des révélations faites par un haut responsable katangais, Aimé Ngoy Mukena, concernant l’attribution de la nationalité congolaise au Président de la République honoraire. « Joseph n’est qu’un usurpateur n’ayant jamais été élu, ni en 2006, encore moins en 2011 », mentionne un communiqué du parti.
Dans une autre tournée de mobilisation, Bemba nargue une fois de plus en se victimisant : « On a tenté à plusieurs reprises de me tuer, mais cela n’a pas marché, grâce à Dieu. La personne [Joseph Kabila, ndlr] que vous connaissez là, il a tout tenté, et même aujourd’hui, il nourrit des envies de me faire tuer. Il ne me fait pas peur. »
Le discret voyage de Kabila à Kampala : un hasard ou une rencontre programmée ?
Cependant, ce que dénonce Jean-Bemba au sujet de ces présumés liens avec l’AFC de Nangaa ne reste plus anodin. Le média français Africa Intelligence, spécialiste sur les questions africaines, a révélé ce mardi que l’ancien chef d’État, sur invitation du président Yoweri Museveni, a effectué une discrète halte mi-mars à Kampala, capitale de l’Ouganda avant de se rendre à Nairobi, où il dispose d’une villa dans le quartier cossu de Karen. La mission : discuter de la situation sécuritaire en RDC Museveni, alors qu’aux yeux de Kinshasa, l’Ouganda comme le Rwanda, jouent le double jeu dans la crise qui ravage l’est de la RDC.
Est-ce le fruit d’un hasard ou une rencontre bien préparée ? Puisqu’en même temps, Corneille Nangaa, qui n’a jamais coupé les ponts avec l’ancien Président, séjournait lui aussi dans la capitale ougandaise. Toujours selon la même source, la présence de leaders de la rébellion dans la capitale ougandaise n’est pas une première. Le pays sert depuis longtemps de base arrière pour le M23. Par exemple, l’un de leurs chefs militaires, Sultani Makenga, y a installé une partie de sa famille. Il y séjourne lui-même régulièrement.
Kabila est-il le manitou derrière les ramifications qui constituent la machine AFC ? Est-il sincère quand il dit « être très disponible pour servir le pays ? » Nous ne pouvons clairement pas répondre à toutes ces questions. Mais pour le Président Tshisekedi et son camp, il n’y a aucun doute : « C’est lui l’AFC. »
Odon Bakumba
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