Portrait | Général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, un officier de l’ombre à la tête de l’Ituri
Nommé gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, officier d’opérations et de renseignements, hérite d’une province sous état de siège minée par les groupes armés et les ADF.
Portrait | Général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, un officier de l’ombre à la tête de l’Ituri
AFP
Nommé gouverneur militaire de l’Ituri par ordonnance présidentielle lue à la télévision nationale, le général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby hérite de l’une des provinces les plus sensibles de la République démocratique du Congo. Il succède au lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, en fonction depuis l’instauration de l’état de siège en 2021.
Jusqu’ici peu connu du grand public, Kasongo Mulumba appartient à ce cercle d’officiers davantage identifiés dans les états-majors que dans l’espace médiatique. Son nom apparaît notamment dans une dépêche de l’Agence congolaise de presse publiée en août 2025 à Kisangani. L’ACP le présentait alors comme général de brigade et adjoint chargé des opérations et renseignements au sein de la 31ᵉ région militaire, aux côtés du général-major Nyembo Abdallah, nouveau commandant de cette région militaire.
Ce poste n’est pas administratif. Les opérations et les renseignements constituent l’un des centres nerveux d’une région militaire : suivi des menaces, coordination avec les unités engagées, remontée d’informations, anticipation des mouvements des groupes armés et articulation entre commandement militaire et impératifs sécuritaires locaux. Dans une zone comme l’ex-Province Orientale, dont l’espace couvre des territoires marqués par les violences armées, cette fonction donne une connaissance directe du terrain et des rapports de force.
Sa nomination intervient dans une province placée sous état de siège depuis 2021, comme le Nord-Kivu. Cette mesure exceptionnelle a transféré l’essentiel du pouvoir provincial à des autorités militaires et policières, dans l’objectif affiché de répondre à la persistance des violences armées dans l’Est. Reuters rappelait encore en 2024 que l’Ituri et le Nord-Kivu demeuraient sous ce régime d’exception.
L’Ituri reste l’un des foyers les plus complexes de l’insécurité congolaise. Les groupes armés y opèrent sur fond de conflits communautaires, de rivalités foncières, de trafics et de compétition autour des ressources. Reuters rapportait en mars 2025 que la province était secouée depuis des décennies par différentes milices et que Médecins sans frontières évoquait alors une nouvelle flambée d’atrocités ayant fait plus de 200 morts civils et déplacé environ 100 000 personnes depuis le début de l’année.
À cette équation s’ajoute la présence des ADF, groupe d’origine ougandaise affilié à l’État islamique. Les forces ougandaises sont déployées dans l’Est congolais depuis 2021, dans le cadre d’opérations conjointes avec les FARDC contre cette rébellion. Reuters a documenté cette coopération militaire, tandis qu’AP a rapporté en 2025 l’entrée de troupes ougandaises à Bunia pour appuyer les forces congolaises face aux violences des groupes armés.
C’est donc moins une promotion de confort qu’une mission de crise qui attend le nouveau gouverneur militaire. À Bunia, Kasongo Mulumba devra conjuguer trois impératifs : restaurer l’autorité de l’État, protéger les civils et maintenir une coordination opérationnelle dans une province où les dynamiques locales peuvent rapidement prendre une dimension régionale.
Sa discrétion peut être un atout, si elle s’accompagne d’une ligne claire. L’Ituri n’a pas seulement besoin d’un commandement militaire supplémentaire. Elle attend une autorité capable de produire des résultats visibles : sécurisation des axes, réduction des attaques contre les civils, discipline des forces engagées, dialogue avec les communautés locales et meilleure articulation entre opérations militaires, administration territoriale et réponse humanitaire.
Le général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby arrive ainsi à un poste où l’évaluation sera immédiate. Dans une province fatiguée par les promesses sécuritaires, son profil d’officier d’opérations sera jugé moins sur son parcours que sur sa capacité à faire reculer la peur dans les territoires d’Irumu, Djugu, Mahagi, Mambasa et au-delà.