Banques et finances Transferts de la diaspora : la première rente extérieure que la RDC ne sait pas compter

Transferts de la diaspora : la première rente extérieure que la RDC ne sait pas compter

Près de deux milliards de dollars par an, plus que l'aide ou les investissements : la première rente extérieure de la RDC, mal mesurée car largement informelle.

Transferts de la diaspora : la première rente extérieure que la RDC ne sait pas compter
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 16:40 WAT · 3 min de lecture

En 2020, quand la pandémie tarissait les décaissements des grands bailleurs, un flux, lui, n’a pas cessé. Les Congolais de l’étranger ont continué d’envoyer de quoi payer scolarité, soins et loyers. « Le transfert d’argent de la diaspora vers le Congo représente à peu près deux milliards de dollars par an. C’est le premier contributeur aux services sociaux du pays », résumait alors le chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations en RDC, Fabien Sambussy. Cette année-là, la diaspora a pesé plus lourd que l’aide publique et que les investissements étrangers réunis.

Les chiffres, quand on les rassemble, dessinent une fourchette. Le président Félix Tshisekedi, citant la Banque mondiale, a fait état de 2,1 milliards de dollars transférés en 2019 et de 1,9 milliard en 2020. D’autres sources, de la Banque mondiale à des diagnostics spécialisés, situent le flux enregistré plutôt autour de 1,6 à 1,8 milliard. Rapportée à la richesse nationale, la rente représente entre 2,9 % et 4 % du produit intérieur brut, selon l’année et la méthode.

La comparaison avec les autres flux extérieurs éclaire l’enjeu. Sur cinq ans, les investissements directs étrangers en RDC ont atteint 9,88 milliards de dollars, soit environ deux milliards par an en moyenne, un ordre de grandeur voisin des transferts de la diaspora. Autrement dit, les citoyens partis à l’étranger financent le pays à hauteur de ce que lui apportent tous les investisseurs du monde.

Le problème est que personne ne mesure vraiment ce flux. Selon un diagnostic du Fonds d’équipement des Nations unies, « 81 percent of the remittances sent and received are informal », soit : 81 % des transferts envoyés et reçus passent par des canaux informels. Transporteurs privés, système de l’enveloppe, missions religieuses, remises en nature échappent à la balance des paiements. Les deux milliards estimés par l’OIM et les 1,8 milliard enregistrés par les comptes officiels ne sont pas deux mesures divergentes, mais la mesure de ce vide.

Le coût du transfert, lui, est bien réel. Envoyer 200 dollars vers la RDC revient à en payer près de 7 à 8 de frais, l’Afrique subsaharienne restant la région la plus chère du monde pour les migrants, loin de la cible de 3 % fixée par les Nations unies. Environ 60 % des envois proviennent des pays voisins, Ouganda, Rwanda, Burundi, Angola, et un quart de l’Europe, France et Belgique en tête.

Pour Kinshasa, cette rente est une force silencieuse et une occasion manquée. Elle irrigue les ménages sans passer par l’État, et sa part informelle la rend presque invisible aux décideurs. Tant qu’elle ne sera pas mesurée, la première source de devises venue du travail des Congolais restera hors de portée de toute politique, banalisée au point d’être oubliée dans les comptes de la nation.

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B
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