Justice Génocost : comprendre que la loi institue, et ce que le budget de l’État y consacre
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Génocost : comprendre que la loi institue, et ce que le budget de l’État y consacre

L'article 28 de la loi du 26 décembre 2022 institue la journée du 2 août. Aucune ligne du budget 2026 ne porte le nom de Genocost ; la seule ligne proche, à la section Culture, est dotée de 3 093 065 francs.

Génocost : comprendre que la loi institue, et ce que le budget de l’État y consacre
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 14:28 WAT · 5 min de lecture

La journée nationale du 2 août n’est ni un usage ni une décision d’opportunité. Elle est écrite dans la loi, à l’article 28 du texte du 26 décembre 2022 : « Il est institué une journée nationale d’hommages aux victimes de violences sexuelles liées aux conflits et aux victimes de crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, célébrée le 2 août de chaque année et dénommée « Genocost ». » Le même article ajoute une obligation matérielle à l’État, en trois mots : « L’État crée des sites à vocation commémorative et mémorielle. »

Le dimanche 2 août 2026 sera la première édition déployée dans les vingt-six provinces. Le Fonds national de réparation des victimes en assure la coordination, et l’agence de presse de l’État annonce qu’« une mise en œuvre coordonnée et harmonisée est prévue dans les 26 provinces », avec messes, marches silencieuses et tables rondes à Kinshasa, Goma, Bukavu et Bunia. Ni le lieu ni l’horaire de la cérémonie centrale de Kinshasa n’ont été rendus publics au 31 juillet, et la présence du chef de l’État n’y est pas annoncée.

Une ligne de 3 093 065 francs, dans la section Culture

Reste à savoir ce que l’État met dans une journée qu’il a lui-même instituée par la loi. La réponse se cherche dans le volume Dépenses de la loi de finances 2026, promulguée le 29 décembre 2025. Une recherche en plein texte y donne un premier résultat, et il est négatif : aucune ligne budgétaire ne porte le nom de Genocost.

La seule ligne thématiquement proche se trouve à la section 58, celle de la Culture, des Arts et du Patrimoine. Elle s’intitule « Journée Nationale de victimes de la Guerre », porte le numéro de chapitre 58859, la nature de dépense 66434, réservée aux interventions économiques, sociales, scientifiques et culturelles, et elle est dotée de 3 093 065 francs congolais. Au taux moyen de 2 859,2 francs pour un dollar retenu par le projet de loi de finances lui-même, cela fait environ 1 082 dollars. C’est le montant exact accordé à des dizaines d’autres micro-lignes culturelles du même chapitre, festivals et prix littéraires compris.

Cette ligne est neuve. Elle n’existait pas dans la loi de finances rectificative de 2025, où la même recherche ne donne rien. Aucune enveloppe distincte n’a pu être identifiée pour la prise en charge des commémorations provinciales, alors que le dispositif 2026 s’étend à vingt-six provinces.

Trois années, trois récits de la première fois

La chronologie officielle n’est pas stable non plus. Le projet annuel de performance qui accompagne le budget 2026, publié par le ministère du Budget, inscrit parmi les réalisations du programme de promotion et de protection des droits humains : « Organisation de la première cérémonie officielle la commémoration du génocide congolais « Genocost » à Kisangani, le 02 AOUT 2024 ». La presse congolaise situe pourtant une première commémoration présidentielle dès le 2 août 2023. Et le Congo Research Group relevait qu’une plateforme de jeunes Congolais organisait des commémorations du 2 août depuis 2013, neuf ans avant que la loi n’existe.

L’architecture institutionnelle, elle, est posée par la même loi. L’article 20 institue la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes, placée sous l’autorité du président de la République, et l’article 21 le Fonds national de réparation. Les statuts du Fonds sont fixés par le décret 22/038 du 6 décembre 2022, modifié le 9 juin 2023 : ce décret est daté de vingt jours avant la loi qui crée le Fonds, anomalie que rien n’explique dans les documents accessibles. Le 17 octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté une recommandation solennelle reconnaissant le Génocost et demandant un mémorial national.

Ce que l’État avance, et qui n’est pas onusien

L’agence de presse de l’État accompagne l’annonce d’un ordre de grandeur : « Plus de 10 millions de morts parmi les Congolais en 30 ans, selon les statistiques officielles ». La formulation est celle de l’agence, et la précision compte : ce chiffre ne provient pas du rapport Mapping des Nations unies, qui ne fournit aucun bilan global des morts. Il est avancé par les autorités congolaises et doit se lire comme tel.

Une partie de la société civile ne sera pas dans le dispositif. La LUCHA et des mouvements citoyens ont annoncé début juillet une commémoration séparée le 2 août, hors des autorités. Ils n’ont pas désigné de porte-parole pour porter cette position.

Le volet scolaire, lui, avance par ateliers. Un premier s’est ouvert le 9 mai à Kinshasa avec des inspecteurs-formateurs centraux, en vue d’intégrer le récit du Génocost aux programmes du primaire et du secondaire. Le premier élément vérifiable de cette édition ne sera ni un discours ni un communiqué : ce sera le programme horaire de la cérémonie centrale, et la ligne budgétaire sur laquelle les vingt-six commémorations provinciales auront été payées.

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B
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