Partis & Coalitions Dialogue national : la carte des réponses, six jours après l’annonce

Dialogue national : la carte des réponses, six jours après l’annonce

Trois mois, 26 forums provinciaux, deux ordonnances encore non signées et aucun facilitateur désigné. Six jours après l'adresse du 27 août, l'UNC, l'A/B50 et l'UDPS soutiennent, la Coalition Article 64 refuse, et plusieurs acteurs se taisent.

Dialogue national : la carte des réponses, six jours après l’annonce
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 SEPTEMBRE 2026 - 13:50 WAT · 7 min de lecture

Six jours après l’adresse à la nation du jeudi 27 août, au cours de laquelle le président Félix Tshisekedi a déclaré « officiellement lancé le processus du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », le dispositif annoncé reste à installer et les réponses des acteurs politiques sont désormais connues. Voici l’état des lieux au 2 septembre.

Trois mois, 26 forums provinciaux, deux ordonnances

L’architecture annoncée part des provinces. Un forum se tiendra dans chacun des 26 chefs-lieux, avant toute assise nationale à Kinshasa. Le président en a énuméré la composition : « populations, les autorités locales, les députés nationaux et sénateurs élus de la province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis de la majorité et de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses et les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques ». Chaque province produit un diagnostic sur les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires et les réformes jugées nécessaires. Les contributions sont ensuite consolidées en un document national.

La contrainte que le chef de l’État s’impose est une durée. « L’ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois », a-t-il déclaré. L’aboutissement visé est un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, assorti d’une matrice publique de mise en œuvre précisant les institutions responsables, les calendriers et les résultats attendus, et d’un mécanisme national de suivi produisant des rapports périodiques.

Deux ordonnances doivent enclencher le processus. La première, annoncée « dans les tout prochains jours », crée un comité d’organisation chargé de la préparation et d’un rapport préliminaire. La seconde, prise sur la base de ce rapport, convoque le dialogue, institue une commission préparatoire et fixe les principes directeurs et les modalités de représentation. Au 2 septembre, aucune des deux n’a été publiée, et le site de la Présidence de la République ne diffuse ni le texte de l’adresse ni aucune ordonnance s’y rapportant. Aucun facilitateur ni médiateur n’a été désigné dans l’adresse.

Qui est écarté de la table, et à quelles conditions

Le président a posé quatre exclusions : ceux qui combattent par les armes l’ordre constitutionnel, ceux qui occupent par la force une partie du territoire, ceux qui administrent illégalement des entités de la République et ceux qui agissent au service d’une puissance étrangère. « Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle », a-t-il déclaré.

L’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, est renvoyée à un autre cadre. « Le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions relatives à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement, au désarmement », a précisé le chef de l’État. Une voie de réintégration individuelle reste ouverte à ceux qui renonceront « de manière sincère et vérifiable » à leur engagement armé. Aucune amnistie générale n’est prévue : les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide et les violences sexuelles graves en sont exclus. Le président a par ailleurs interdit toute exclusion fondée sur l’appartenance politique, la province d’origine, la langue, l’ethnie ou la religion.

Les soutiens : UNC, A/B50, UDPS, une partie de la société civile

L’UNC de Vital Kamerhe a apporté un soutien sans réserve, relayé par sa fédération du Kasaï-Central. « Nous avons trop souvent signé sans transformer en profondeur, traité les conséquences sans toujours nous attaquer aux causes », a écrit Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale, sur le réseau social X le vendredi 28 août.

L’Alliance Bloc 50 de Julien Paluku Kahongya, réunie en conférence des présidents à Kinshasa, a publié le 31 août un communiqué estimant que « cette initiative constitue un acte de portée patriotique ». L’UDPS, réunie à son siège de Limete le 28 août, a annoncé un soutien total et le déploiement de ses structures dans les 26 provinces, en répondant au reproche d’inclusivité par un argument de répartition des cadres : Doha traite des questions relatives à l’AFC/M23, Washington de celles relatives au Rwanda.

Du côté citoyen, l’Alliance pour la Patrie, lancée à Kinshasa le 31 août par Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni, annonce vouloir participer et produire un cahier citoyen. Le Cadre de concertation nationale de la société civile a salué l’annonce le 28 août et tenu une réunion préparatoire le 1er septembre. La société civile de Kananga a appelé à saisir l’occasion.

Le refus : la Coalition Article 64

La Coalition Article 64, qui réunit Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo, a répondu par un rejet le 28 août. « La coalition article 64 oppose un non catégorique et rejette avec force les prétendues consultations populaires initiées par Félix Tshisekedi », a déclaré Martin Fayulu au nom de la coalition. La déclaration ajoute que « ces énièmes consultations de Félix Tshisekedi ne répondent ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité », et annonce une marche nationale le 15 septembre.

Sur la question des participants, la position de Martin Fayulu était déjà publique. Depuis Paris, le 17 août, il incluait Joseph Kabila et Corneille Nangaa. « Kabila a dirigé ce pays. Son statut ou son titre, mais il est là. Ils ont dit que c’est lui qui arme et finance l’AFC/M23, mais il doit venir nous dire pourquoi il le fait, quel est le problème », déclarait-il.

Les silences

Plusieurs acteurs n’ont pas pris position à titre propre depuis le 27 août. Ni Joseph Kabila ni le FCC, ni le PPRD, ni Moïse Katumbi en son nom personnel ou celui d’Ensemble pour la République en dehors de la déclaration collective, ni Claudel Lubaya, ni Franck Diongo, n’ont publié de réaction à l’adresse.

La CENCO et l’Église du Christ au Congo, qui portaient la médiation depuis juillet, n’ont pas non plus réagi. C’est pourtant le cardinal Fridolin Ambongo, président de la CENCO, qui avait annoncé le 17 juillet au Palais de la Nation, au nom des chefs religieux, l’engagement du chef de l’État dans un dialogue inclusif. « Nous nous réjouissons de cette annonce et exprimons notre gratitude au Chef de l’État », déclarait-il alors. Le 20 juillet, le pasteur Éric Nsenga, porte-parole de l’ECC, posait la condition qu’il jugeait décisive : « Il ne faudrait pas que, dès le départ, les uns ou les autres se sentent déjà lésés. » L’articulation entre cette médiation religieuse et le dispositif des deux ordonnances n’est pas établie par l’adresse.

Aucune réaction officielle de l’Union africaine, des Nations unies, de l’Union européenne ou des États-Unis au dialogue national n’a été rendue publique. La seule prise de parole américaine de la période, celle de Massad Boulos le 24 août, porte sur le processus de Doha.

Odon Bakumba

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