Travaux, barrières improvisées et bouchons : le calvaire des usagers de la Nationale numéro 1 à Kasangulu
Le soleil peine encore à dissiper la brume du matin sur la Route nationale numéro 1. Pourtant, la file de véhicules, elle, semble déjà figée depuis une éternité. À perte de vue, des camions-remorques, des bus de transport en commun, des taxis et des motos restent immobilisés dans un interminable serpent de fer reliant Kinshasa
Travaux, barrières improvisées et bouchons : le calvaire des usagers de la Nationale numéro 1 à Kasangulu
AFP
Le soleil peine encore à dissiper la brume du matin sur la Route nationale numéro 1. Pourtant, la file de véhicules, elle, semble déjà figée depuis une éternité. À perte de vue, des camions-remorques, des bus de transport en commun, des taxis et des motos restent immobilisés dans un interminable serpent de fer reliant Kinshasa à la province du Kongo Central. Entre Mingadi et Kasangulu, dans la partie ouest de la République démocratique du Congo, la circulation est pratiquement paralysée.
Certains chauffeurs disent attendre depuis près de deux jours, moteur éteint, les yeux rivés vers une route qui refuse de se libérer. Sur les bas-côtés poussiéreux, des passagers descendent des véhicules pour chercher un peu d’air, tandis que d’autres tentent de somnoler malgré la chaleur et les klaxons qui éclatent par intermittence.
Le ras-le-bol
À bord d’un mini-bus gris coincé dans l’embouteillage, un chauffeur laisse éclater sa colère en lingala : « Boye te ! To lembi ! » ainsi pour dire : « Pas comme ça ! Nous en avons marre ! »
Le visage fermé, il pointe du doigt les camions alignés devant lui. « J’ai tout un chargement de légumes destiné aux vendeuses du marché de Matadikibala. J’ai quitté Kisantu hier à 20 heures. Il est déjà 8 heures du matin et je ne suis toujours pas arrivé », raconte-t-il avec lassitude. « Normalement, ce trajet prend moins de cinq heures. Là, ça fait déjà plus de dix heures de route. »
À l’origine de cette situation : des travaux de bétonnage en cours à Kasangulu, juste avant le péage. Une portion de route de moins d’un demi-kilomètre, dont les travaux auraient démarré fin mars, ne laisse actuellement accessible qu’une seule bande de circulation. Résultat : un étranglement permanent du trafic sur l’unique axe reliant Kinshasa à ses principales zones d’approvisionnement.
Autour des véhicules immobilisés, les motocyclistes zigzaguent difficilement entre les files compactes. L’un d’eux s’arrête quelques instants et observe la scène avec inquiétude. « Ces travaux doivent absolument finir rapidement », souffle-t-il. « Sinon, il faudra s’attendre à de graves problèmes d’approvisionnement entre le Kongo Central et Kinshasa. »
Barrières improvisées
Mais au ralentissement causé par les travaux s’ajoute un autre fardeau dénoncé par les usagers : la multiplication de barrières improvisées attribuées à des militaires le long du trajet. « 5.000 francs congolais ou “gare à côté” », lance le chauffeur du mini-bus pour imiter les injonctions qui lui seraient répétées à chaque arrêt forcé. « De Matadikibala jusqu’ici à Kasangulu, j’ai déjà payé à environ sept barrières. Et je sais qu’il y en aura encore avant d’arriver. »
Sur cette route stratégique transite une grande partie des produits qui alimentent quotidiennement la capitale congolaise : maïs, manioc, légumes, fruits et autres denrées de première nécessité. Le Kongo Central ravitaille une importante partie de Kinshasa, tandis que le Grand Bandundu couvre d’autres zones de la ville.
Dans les marchés de la capitale, beaucoup redoutent déjà les conséquences d’un blocage prolongé : hausse des prix, pénurie de produits frais et difficultés accrues pour des ménages déjà fragilisés par la précarité économique. Entre poussière, fatigue et colère, les usagers de la Nationale numéro 1 attendent désormais une réaction rapide des autorités, avant que cet étouffement progressif de la principale voie d’approvisionnement de Kinshasa ne se transforme en véritable crise.
Odon Bakumba
En savoir plus sur BETO
Subscribe to get the latest posts sent to your email.