Goma et Walikale : plus de trois millions d’enfants visés en cinq jours par une vaccination intégrée
La campagne contre la poliomyélite, la rougeole et la rubéole se déroule du 20 au 24 août dans quinze zones de santé de Goma et des territoires voisins. Elle vise 1,8 million d’enfants pour la polio et près de 2,9 millions pour la rougeole et la rubéole, dans une province où le fret a quadruplé et où Ebola mobilise déjà les équipes.
Les habitants de Walikale fouillant les attaques des rebelles du M23
AFP
GOMA, 19 août. Quinze zones de santé de Goma et des territoires voisins vaccinent du 20 au 24 août, selon la Division provinciale de la santé du Nord-Kivu, contre la poliomyélite, la rougeole et la rubéole. La campagne, lancée le lundi 17 août, vise plus de 1,8 million d’enfants de 0 à 59 mois pour la polio et près de 2,9 millions d’enfants de 6 mois à 14 ans pour la rougeole et la rubéole.
La stratégie retenue est hybride, expose le coordonnateur provincial du Programme élargi de vaccination, le Dr Hans Bateyi : une partie des doses est administrée dans les centres de santé, le reste par activités avancées et par porte-à-porte. Le Nord-Kivu compte 1,83 million de déplacés internes et 2,32 millions de retournés au 31 mai, selon la Commission des mouvements de population relayée par OCHA. Goma est sous occupation de l’AFC/M23, appuyée par Kigali.
50 820 cas suspects de rougeole dans les deux Kivu depuis janvier
De janvier au 19 juillet 2026, la RDC a notifié plus de 108 643 cas suspects de rougeole et 1 394 décès, indique Médecins Sans Frontières en août. Plus de 50 820 de ces cas, soit près de la moitié, sont concentrés au Nord et au Sud-Kivu. Le pays a aussi enregistré plus de 35 464 cas suspects de choléra et 1 051 décès, dont 14 819 dans les deux provinces. MSF y a mené six interventions contre la rougeole à ce jour, traité plus de 12 050 patients et vacciné plus de 283 150 enfants, les dernières interventions à Shabunda, au Sud-Kivu, et à Walikale.
Dans son rapport de situation du 20 juillet, OCHA note que « des cas de choléra et de rougeole ont continué d’être enregistrés » dans les zones de santé de Pinga, Kibua et Itebero, à Walikale. Radio Okapi rapporte par ailleurs, le 18 août, la notification récente d’un cas de poliovirus dérivé dans la province voisine du Maniema.
Un fret multiplié par quatre, des délais passés à plus d’un mois
Atteindre ces enfants suppose d’abord d’acheminer les doses. En janvier, MSF relevait que les restrictions imposées aux opérations humanitaires aux aéroports de Bukavu et de Goma allongeaient et renchérissaient les acheminements depuis Kinshasa. « Même lorsque les fournitures sont disponibles, leur acheminement vers les zones où elles sont nécessaires est devenu beaucoup plus complexe et coûteux », relevait en janvier le coordinateur médical de MSF en RDC, le Dr Jean Gilbert Ndong, citant des trajets où « il faut désormais plus d’un mois pendant la saison des pluies » et « des prix du fret multipliés par quatre par rapport à auparavant ».
Le dernier kilomètre est une affaire de routes. En juin 2025, le médecin coordonnateur provincial du PEV attribuait les ruptures d’approvisionnement sur l’axe Kibua-Itebero à la dégradation avancée des routes dans ces zones enclavées, qui rend le transport des vaccins impossible à certains moments. Un an plus tard, OCHA relève que « les restrictions imposées par des acteurs armés sur les axes reliant le territoire de Walikale au sud du territoire de Masisi ont continué de limiter les mouvements des populations et l’accès aux services de base ». Vient ensuite la conservation : en janvier également, MSF relevait que des structures de santé manquaient d’électricité pour conserver les vaccins, de glacières et de seringues.
120 cas d’Ebola confirmés au Nord-Kivu, dans onze zones de santé dont celle de Goma
La campagne se déploie pendant une épidémie qui mobilise déjà les équipes. Au 30 juin, OCHA recensait 120 cas d’Ebola confirmés au Nord-Kivu, dans onze zones de santé dont celle de Goma. Au niveau national, le ministre de la Santé Roger Kamba a fait état le 18 août de plus de 5 000 cas confirmés et d’environ 2 370 décès. Les restrictions de mouvement liées aux mesures de riposte, « combinées aux menaces sécuritaires signalées à l’encontre de certaines organisations humanitaires », ont « continué de limiter l’accès humanitaire », note OCHA, qui a réuni deux fois son Forum Accès en juin et fait de la négociation de l’accès une priorité opérationnelle.
« Ebola est une urgence majeure, mais ce n’est pas la seule », déclare Joshua Eckley, chef de programmes de MSF au Sud-Kivu. Son collègue de Goma, le Dr Yvan Mbangi, coordinateur médical adjoint, ajoute : « Pour les familles que nous soignons, il n’existe pas de hiérarchie entre les crises. »
Les vaccinateurs du Nord-Kivu connaissent l’exercice. En décembre 2013, déjà, le médecin coordonnateur provincial du PEV racontait à Gavi comment ses équipes travaillaient pendant l’offensive du M23 appuyé par le Rwanda, en 2012 et 2013 : « Nous avons appris à négocier, pour pouvoir passer, mais nous y allions seuls, avec les vaccins, sans la Mission de l’ONU pour la Stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) ou l’armée congolaise. » Il décrivait alors une province équipée à 61 % en réfrigérateurs, dont 5 % à l’énergie solaire. « À Goma, nous avons la capacité de réfrigérer un mois de stock. Ce n’est pas assez », disait-il.
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