Désintox : non, les « bâtisseurs » du Service national ne répriment pas l’opposition
Verdict : trompeur. L’accusation selon laquelle d’anciens kuluna devenus « bâtisseurs » du Service national réprimeraient l’opposition confond l’assainissement de Kinshasa avec la répression du sit-in du 12 juin, attribuée à la « Force du progrès » et à la police.
Désintox : non, les « bâtisseurs » du Service national ne répriment pas l’opposition
AFP
Verdict : faux. L’idée selon laquelle le pouvoir ferait venir d’anciens kuluna devenus « bâtisseurs » du Service national pour réprimer l’opposition mélange deux faits réels mais distincts : la répression d’une manifestation, le 12 juin, et le déploiement, à partir du 20 juin, de ces mêmes bâtisseurs pour ramasser les ordures de Kinshasa. Rien ne relie les seconds à la première.
L’accusation a prospéré à la faveur d’un calendrier resserré. Le 12 juin, le sit-in de la Coalition Article 64 contre le changement de Constitution est dispersé dans la violence près du Palais du peuple. Six jours plus tard, le 18 juin, le Service national annonce le déploiement de 4 000 à 5 000 « bâtisseurs », d’anciens délinquants urbains rééduqués, pour assainir la capitale. De ce voisinage est née une confusion : les ex-kuluna du nettoyage seraient les bras armés de la répression.
Or il faut distinguer trois entités. Les « bâtisseurs » relèvent du Service national, sont formés à Kaniama-Kasese et n’ont, dans les faits documentés, qu’une mission d’assainissement, lancée après le 12 juin. La répression du sit-in, elle, est attribuée par la Commission Justice et Paix de la CENCO à la police nationale appuyée par des jeunes de la « Force du progrès », un groupe réputé proche de l’UDPS, le parti présidentiel. Ce sont deux structures différentes, que seul l’imaginaire des « kuluna » réunit.
Sur les violences du 12 juin, la matière existe. « Une mobilisation des jeunes de la Force du progrès a été constatée », écrit la CENCO, qui fait état d’au moins deux morts, un bilan corroboré par des organisations comme la Lucha mais nié par le gouvernement. « Nos services policiers et hospitaliers n’ont enregistré aucun mort. On l’aurait dit », a affirmé le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a de son côté assuré que « la Force du progrès n’existe pas comme structure de l’UDPS ».
En revanche, aucune vidéo vérifiée, aucun rapport d’organisation de défense des droits humains ne place les bâtisseurs du Service national dans la répression d’une manifestation. Leur commandant, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, les présente comme une force d’assainissement, déployée sur les 24 communes pour curer les caniveaux et évacuer les immondices. Les faits connus à ce jour ne montrent pas d’ex-kuluna « bâtisseurs » lancés contre l’opposition.
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Au total, l’affirmation est trompeuse : elle plaque sur les bâtisseurs du Service national une responsabilité qui, selon les éléments disponibles, revient à un autre acteur, la Force du progrès, aux côtés de la police. Le débat légitime sur la militarisation de l’espace public et sur les violences du 12 juin existe ; il ne gagne rien à confondre une opération de salubrité avec une opération de maintien de l’ordre.