RDC: de Tshisekedi et ses adversaires, qui tient les fils de la bataille constitutionnelle?
Derrière la bataille sur la révision de la Constitution en RDC, deux camps, leurs relais et leur appareil de mobilisation. Et une zone d'ombre : l'argent.
RDC: de Tshisekedi et ses adversaires, qui tient les fils de la bataille constitutionnelle?
AFP
Le 22 juin, des militants se réclamant de la « Force du Progrès » se sont installés sur l’esplanade de l’archevêché de Kinshasa, une occupation que l’archidiocèse a dénoncée comme intervenue « sans autorisation », selon La Prunelle RDC. La scène dit l’état du pays à dix jours du 30 juin : la querelle sur la révision constitutionnelle a quitté les hémicycles et les communiqués pour venir camper sur le parvis des églises. Derrière les mots, deux camps montés, équipés, organisés. Reste une question que personne ne documente : avec quels relais, et avec quel argent.
Le premier camp avance à visage découvert sur le terrain des principes. La Conférence épiscopale nationale du Congo a posé le verrou moral en assénant que « après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité de changement de la Constitution », un refus dont BETO a montré qu’il était écrit d’avance. Sa formule, « La Nation est en péril », est devenue un mot d’ordre repris bien au-delà des bancs d’église, jusque dans la transformation de la contestation en bataille de tribunes. La société civile chrétienne, via la NSCC, lui a emboîté le pas, et l’opposition a fait du calendrier sa caisse de résonance.
En face, le camp favorable à une révision joue une partition plus feutrée, rarement frontale. Le chef de l’État a fixé le tempo en glissant que « si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, je l’accepterai », une phrase consignée dans ce que prévoit la loi promulguée et les scénarios qu’elle ouvre. Autour de lui, des relais déminent le terrain juridique. Le député Steve Mbikayi soutient ainsi que « l’article 220 ne contient aucune disposition déclarant sa propre intangibilité », retournant l’argument central des opposants à toute révision. Le travail de conviction se fait par le droit, par la rue militante, par l’occupation symbolique de l’espace.
Entre les deux, l’appareil judiciaire est devenu un théâtre à part entière. Après le sit-in du 12 juin, le parquet général a ouvert une information judiciaire et mis en garde contre la propagation de « faux bruits », requalifiant la parole contestataire en infraction potentielle. Dans la foulée, l’opposant Joseph Olenghankoy a été convoqué par le parquet général. La judiciarisation est une arme de mobilisation comme une autre : elle fixe l’adversaire, elle occupe l’agenda.
La mécanique se voit aussi dans la guerre des récits sur la prochaine échéance. À propos de la marche annoncée le 8 juillet, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a accusé l’opposition d’avoir « recruté les Mobondo et les voyous pour atteindre leurs objectifs », affirmant que la marche viserait à incendier les ambassades de la Gombe. L’opposition, elle, dénonce une criminalisation de la rue. Chaque camp construit l’autre en menace, et cette construction, méthodique, demande des moyens.
C’est là que commence la zone d’ombre. Mobiliser des militants, affréter des marches, payer la sonorisation, animer des plateformes, occuper durablement une esplanade : rien de tout cela n’est gratuit, dans aucun des deux camps. Or le financement de cette bataille reste, à ce stade, invisible. Qui paie la logistique des défilés ? D’où viennent les budgets de communication qui inondent les réseaux ? Les partis, tenus par la loi de déclarer leurs ressources, jouent-ils le jeu de la transparence ? Ces réponses ne se trouvent pas dans un communiqué. Elles se cherchent dans les comptes, auprès des organisateurs, dans les circuits de mobilisation. BETO s’y attelle.
À dix jours d’un 30 juin que le pouvoir veut transformer en date fondatrice, la bataille constitutionnelle a déjà ses tribunes, ses procès, ses procureurs et ses parvis occupés. Ce qu’elle n’a pas encore livré, c’est la carte de ceux qui la financent. C’est précisément cette carte qu’il faudra dresser.