Cédric Bakambu, le Congo dans la peau!
De Sochaux à Pékin, du record de transfert africain au Real Betis, Cédric Bakambu a presque tout connu, sauf un but en Coupe du monde. Contre le Portugal, le doyen des Léopards est passé à quelques centimètres. Portrait d’un buteur que le sort fait patienter.
Houston, 17 juin 2026. Encore une fois, si près. Contre le Portugal, pour l’entrée de la RD Congo dans son premier Mondial depuis cinquante-deux ans, Cédric Bakambu a cru marquer le but de toute une vie. Un but refusé pour hors-jeu en seconde période, puis un ballon claqué sur le poteau. À quelques centimètres, le doyen de l’attaque congolaise faisait passer les Léopards devant le Portugal de Cristiano Ronaldo. Le match s’est achevé sur un 1-1 historique, signé d’une tête de Yoane Wissa. Lui, une fois de plus, est resté à la lisière du but.
Il avait pourtant prévenu. « On va y aller avec des ambitions, avec nos armes, et il faudra compter sur nous. On va kiffer ! », lançait-il à la FIFA avant le tournoi, refusant l’idée d’une RDC venue en simple invitée. Et cette formule, devenue le mot d’ordre du groupe : « S’il faut perdre un mollet ou une jambe, on le fera, tant que c’est pour la nation. » Sur la pelouse de Houston, il a tenu parole, sans la récompense.
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Rembobinons. Né à Vitry-sur-Seine en 1991, formé au FC Sochaux, Bakambu aurait pu viser le maillot de l’équipe de France. Il a choisi la RDC. Sa carrière, ensuite, ressemble à un tour du monde. Bursaspor en Turquie, puis Villarreal en Espagne, où il plante neuf buts sur une seule campagne d’Europa League. En 2018, le grand virage : un transfert vers Beijing Guoan, en Chine, pour une clause de quarante millions d’euros versée à Villarreal, qui fait alors de lui le joueur africain le plus cher de l’histoire.
La Chine et ses salaires auraient pu l’endormir. Il en est revenu pour rejouer au sommet : Marseille, l’Olympiakos, un détour par Dubaï, puis Galatasaray, champion de Turquie en 2024. Depuis février 2024, il porte les couleurs du Real Betis, en Liga. À 34 ans, il reste le point de repère d’une attaque congolaise qu’il habite depuis dix ans.
Ses chiffres disent cette fidélité : plus de soixante sélections, vingt et un buts. Il n’est qu’à une longueur du record de Dieumerci Mbokani, vingt-deux réalisations. Le doyen court toujours après cette marque, mais une autre cible, plus grande, l’attend désormais : inscrire le premier but de sa vie en Coupe du monde.
De cette aventure, il a fait une affaire qui dépasse le sport. Le 7 avril, au lendemain de la qualification, il publiait un texte qui débordait du football. « Je n’oublie pas la douleur et les souffrances que vit l’est de notre pays, ravagé par les guerres et les conflits depuis trop d’années, écrivait-il. Chaque effort que nous fournissons sur le terrain est aussi pour eux. » Et de conclure en lingala : « Nzambe apambola mboka na biso », que Dieu bénisse notre pays.
Le sort, lui, semble s’acharner à lui refuser la consécration. À Guadalajara, le 31 mars, contre la Jamaïque, deux de ses buts avaient déjà été annulés pour des hors-jeu de quelques centimètres, avant que la délivrance ne vienne d’Axel Tuanzebe à la 100e minute. À Houston, le scénario s’est répété, à la virgule près. Comme si le but qui resterait dans l’histoire se dérobait, encore, sous sa semelle.
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Il aura une nouvelle chance le 24 juin, à Guadalajara, face à la Colombie. À cet âge, chaque match peut être le dernier grand rendez-vous d’une carrière internationale. Dix ans d’attente pour quelques soirs au sommet, deux quêtes encore ouvertes, le record de Mbokani et ce but de Coupe du monde qui le fuit. Cédric Bakambu, lui, n’a jamais su jouer autrement qu’à tout donner. Il lui reste à le transformer.
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