Sports Ces joueurs qui ont fait le choix de la RDC

Ces joueurs qui ont fait le choix de la RDC

Nés à Paris, Londres, Bruxelles ou en Suisse, ils ont préféré la RD Congo à leur pays de naissance. Grand format sur la génération diaspora des Léopards qui a ramené le pays en Coupe du monde, 52 ans après.

Ces joueurs qui ont fait le choix de la RDC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 22 JUIN 2026 - 19:42 WAT · 7 min de lecture

Guadalajara, 31 mars 2026, centième minute du barrage contre la Jamaïque. Un ballon tombe dans la surface, une silhouette surgit, et la RD Congo retourne à la Coupe du monde, cinquante-deux ans après le Zaïre de 1974. L’homme qui a marqué s’appelle Axel Tuanzebe. Il est né à Bunia, en Ituri, cette région de l’Est aujourd’hui ravagée par la guerre et par l’épidémie d’Ebola. Parti à quatre ans pour l’Angleterre, formé à Manchester United, capitaine des sélections anglaises de jeunes, il aurait pu n’être congolais que sur le papier. Il a choisi de l’être sur le terrain. Et c’est lui qui, d’un but, a renvoyé tout un pays au sommet.

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Son histoire n’est pas une exception. Elle est la règle de cette équipe. Les Léopards qui ont mis fin à un demi-siècle d’attente sont, pour beaucoup, des fils de la diaspora : nés ou grandis à Paris, Londres, Bruxelles ou en Suisse, passés parfois par les sélections de jeunes de ces pays, avant de revenir vers la terre de leurs parents. Sur les 26 retenus par Sébastien Desabre, près d’une vingtaine sont des binationaux. Le sélectionneur a même complété sa liste finale en y ajoutant trois joueurs passés par la France, Dylan Batubinsika, Gaël Kakuta et Gédéon Kalulu.

Tous ne viennent pas d’ailleurs. Le capitaine Chancel Mbemba, né à Kinshasa, incarne l’autre versant, celui de l’enfant du pays devenu recordman de sélections. Mais le basculement, la nouveauté de cette génération, vient des revenants, ces joueurs que rien n’obligeait à venir et qui sont venus quand même.

Ce retour aux sources a un cadre juridique. Depuis un amendement de la FIFA entré en vigueur en septembre 2020, un joueur peut changer une fois de sélection, même après avoir porté le maillot A d’un autre pays, sous conditions d’âge et de délai. La RDC en a fait une arme. Le cas le plus spectaculaire est celui d’Aaron Wan-Bissaka. Le latéral de Manchester United, international anglais, a basculé vers les Léopards à l’été 2025. « Parce que c’est mon pays, d’où viennent mes parents. J’ai grandi dans une maison congolaise, je suis fier de le représenter », a-t-il expliqué à la BBC. Sa première sélection congolaise, en septembre 2025, a scellé un choix que la règle rendait possible et que le cœur, dit-il, commandait.

La RDC n’invente rien. Elle emprunte un chemin tracé par d’autres sélections africaines, à commencer par le Maroc, demi-finaliste du Mondial 2022 avec une ossature née ou formée en Europe. Partout sur le continent, les fédérations sont allées rechercher leurs enfants partis, transformant la diaspora en réservoir de talents. Peu l’ont fait, pourtant, aussi vite et avec un effet aussi spectaculaire que les Léopards de Desabre.

Car c’est de cœur qu’il s’agit, à les entendre. « La RDC représente tout pour moi. C’est toute ma vie, le Congo », confie l’ailier Nathanaël Mbuku, ancien international français des jeunes. Le milieu Charles Pickel, qui a porté toutes les sélections de jeunes de la Suisse, raconte un attachement presque charnel : « Je suis très attaché à ce pays. La RDC a moins de choses, donc c’est magnifique de lui donner cette joie de vivre à travers le football », disait-il à BeFoot. Son ami l’international suisse Breel Embolo résumait le dilemme : « C’est son choix du cœur. C’est dur, mais il fallait choisir. »

Beaucoup refusent pourtant d’opposer les deux moitiés de leur identité. « Nous sommes nés, avons grandi en Belgique, nous avons des amis en Belgique. Donc les deux pays sont dans nos cœurs », assume le jeune Noah Sadiki, passé par les sélections belges. D’autres tranchent par le désir de gagner là où cela compte le plus pour eux. « Je préfère gagner la CAN avec la RDC, c’est une sensation différente », glissait Yoane Wissa, dont la tête, le 17 juin à Houston, a offert à la RDC son premier but de l’histoire en Coupe du monde.

Choisir la RDC, c’est aussi choisir un pays meurtri, et l’assumer. « Le Congo d’aujourd’hui est un Congo plus stable », plaide Joris Kayembe, ancien international belge, comme pour répondre aux clichés. Cédric Bakambu, lui, a fait du maillot une cause. « Je n’oublie pas la douleur et les souffrances que vit l’Est de notre pays, ravagé par les guerres depuis trop d’années. Chaque effort que nous fournissons sur le terrain est aussi pour eux », écrivait le doyen au lendemain de la qualification. Arthur Masuaku, né à Lille, le dit autrement : « C’est un pays en guerre, il ne faut pas oublier. Si on peut redonner des sourires et de l’espoir au peuple, c’est magnifique. »

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Derrière ces ralliements, il y a une méthode. Nommé en 2022, Sébastien Desabre a bâti patiemment ce groupe. « On ne court pas derrière les joueurs. On expose ce que l’on veut faire », explique-t-il. À Eurosport, il complète : « Une bonne organisation, des ambitions sportives, un cadre de travail précis. Évidemment, il faut que les joueurs aient cette envie de représenter la RDC. » Le reste, dit-il, est affaire de mental : « Nous n’avons sans doute pas la meilleure sélection africaine, mais au niveau mental, elle est très forte. »

Ce que ces revenants apportent se mesure aussi en pedigree. Wan-Bissaka et Wissa sortent de la Premier League, Bakambu a écumé la Liga et la Ligue 1, Mbemba a joué l’Europe à Newcastle puis à Marseille. Une équipe forgée dans les meilleurs championnats du monde, là où le football local peine encore à exporter. La rançon est connue, et parfois jetée comme un reproche : certains de ces joueurs manient mieux l’anglais ou le français que le lingala, et ne découvrent le pays que par intermittence, entre deux rassemblements. C’est pourtant ce mélange qui a porté la RDC plus haut qu’aucune génération entièrement locale depuis 1974.

Reste la question que ce choix collectif pose à un pays. Une équipe nationale composée d’hommes qui, pour la plupart, n’ont jamais vécu au Congo, est-elle encore pleinement congolaise ? La réponse, ces joueurs la donnent à leur manière, en venant porter un maillot qui ne leur garantissait ni la facilité ni la gloire. Tuanzebe, l’enfant de Bunia, en est la preuve la plus nue : il est rentré, par le football, dans un pays qu’il avait quitté nourrisson, au moment précis où cette terre de l’Est saigne.

Le 17 juin, ces fils de la diaspora ont tenu tête au Portugal de Cristiano Ronaldo, 1-1. Le 24 juin, à Guadalajara, ils défient la Colombie pour prolonger l’aventure. Quels que soient leurs accents et leurs villes de naissance, ils auront, ce soir-là, le même drapeau sur la poitrine. Ceux qui ont choisi le Congo n’ont plus à le prouver : ils le portent, désormais, sous les yeux du monde.

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B
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