Sécurité & Défense Loi de programmation militaire 2027-2030 : Guy Kabombo réclame plus de moyens pour une armée à refonder

Loi de programmation militaire 2027-2030 : Guy Kabombo réclame plus de moyens pour une armée à refonder

Loi de programmation militaire 2027-2030 : Guy Kabombo réclame plus de moyens pour une armée à refonder
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 JUILLET 2026 - 03:33 WAT · 6 min de lecture

Le vice-Premier ministre chargé de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, a défendu devant les élus le projet de loi de programmation militaire 2027-2030, dressant un état des lieux sans complaisance de l’appareil de défense congolais. Une armée handicapée par des insuffisances de formation, d’équipements et d’infrastructures, a-t-il fait valoir, ne peut répondre durablement aux menaces auxquelles le pays fait face. Entouré d’officiers généraux et de responsables d’écoles militaires, il a obtenu des chefs de corps un plaidoyer unanime pour l’octroi de ressources substantielles aux Forces armées. Le texte, présenté à l’Assemblée nationale à la mi-juillet, est toujours en examen.

La future programmation s’organise autour de six chantiers, le renforcement de la formation, l’acquisition d’équipements, la modernisation des infrastructures, l’intensification de l’entraînement et des opérations, le développement du renseignement militaire et la création d’une industrie nationale de défense. Kabombo y a adjoint un Fonds de soutien au développement des FARDC, présenté comme un mécanisme d’appui à l’effort de guerre alimenté par des contributions publiques et privées. L’ambition affichée est un virage, passer des réformes de cadrage général de la période précédente à une planification ciblée, orientée en priorité vers le renseignement, la recherche et la professionnalisation.

Ce vocabulaire de la refondation en dit long sur le bilan de la loi qui s’achève. La RDC s’était dotée en août 2022 de sa première loi de programmation militaire, pour la période 2022-2025, dotée d’une enveloppe estimée à environ un milliard de dollars par an. Sa première vague avait permis le recrutement de plus de dix-huit mille hommes et l’amorce d’une industrie militaire. Mais son exécution a été jugée défaillante, y compris par le gouvernement, puisque la nouvelle programmation vise explicitement à corriger les insuffisances relevées durant ces quatre années. Kabombo lui-même a ouvert sa présentation par le catalogue de ces manquements.

Le paradoxe est que l’argent, lui, n’a pas manqué. Devant les députés, en novembre 2025, la Première ministre Judith Suminwa avait indiqué que la défense et la sécurité absorberaient près de 30 % du budget 2026, soit près de douze mille milliards de francs congolais, un niveau jamais atteint. Le ministre du Budget, Adolphe Muzito, a évoqué un engagement de cinq milliards de dollars pour la défense d’ici 2030. En trois ans, l’effort budgétaire consenti pour l’armée a changé d’échelle. Le problème posé au Parlement n’est donc pas seulement celui du volume des crédits.

Car cet effort ne s’est pas traduit sur le terrain. Depuis l’entrée en vigueur de la programmation 2022-2025, l’armée a perdu Goma le 27 janvier 2025, puis Bukavu en février, et Uvira le 10 décembre 2025, avant un retrait du M23 de cette dernière en janvier 2026. Face à l’AFC/M23 appuyé par des milliers de soldats rwandais, selon l’ONU, les FARDC ont cédé les principales villes de l’Est. L’écart entre les sommes engagées et les résultats militaires est le point aveugle de tout débat sur une nouvelle loi de programmation.

Cet écart, le sommet de l’État l’a lui-même nommé. Lors d’une conférence de presse en mai 2026, Félix Tshisekedi a reconnu avoir reçu de « fausses informations » sur les capacités de son armée, qu’il a décrite comme « destructurée » et « infiltrée ». L’aveu recoupe les constats d’un rapport confidentiel de la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, cité par le site Reporter.cd, qui pointe une chaîne de commandement défaillante, une doctrine fragile, une mauvaise exploitation du renseignement et la présence probable d’espions dans les rangs. Le même document évoque plus de vingt-cinq millions de dollars déboursés chaque mois en 2025 pour au moins soixante-dix-huit mille militaires, un chiffrage qui alimente la question récurrente des effectifs gonflés et des soldes détournées.

Cette question n’est pas théorique. En mai 2025, un colonel a fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour avoir détourné la solde de militaires engagés contre le M23 au Sud-Kivu. Depuis un an, la justice militaire a multiplié les procédures visant des officiers supérieurs. La Haute Cour militaire juge, depuis le 4 juin 2026, d’anciens responsables au sommet de la hiérarchie, dont les généraux Christian Tshiwewe et John Numbi, poursuivis notamment pour trahison. Une réclusion à perpétuité a été requise contre le lieutenant-général Philémon Yav pour le même motif, et trois officiers ont été condamnés à mort à Beni le 12 juillet pour désertion. Ces affaires dessinent une armée minée autant de l’intérieur que par l’ennemi.

C’est à cette réalité que la loi de programmation 2027-2030 est censée répondre. Le 1er juillet, Kabombo avait lancé la refonte du cadre juridique des FARDC, confiant à la Haute Cour militaire l’élaboration d’un nouveau corpus. La montée en puissance promise par les chefs de corps suppose donc, avant les équipements, une remise en ordre de la gestion des hommes, du renseignement et de la discipline. La leçon de la programmation précédente est que des crédits mal exécutés ne produisent pas d’armée. Le débat qui s’ouvre au Parlement rouvre ainsi une question plus ancienne que la loi elle-même, celle de savoir si l’État congolais parviendra à transformer ses dépenses en une armée capable de tenir.

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B
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