Accord de Washington : Denis Mukwege dénonce « la légitimation de l’agression rwandaise »
Accord de Washington : Denis Mukwege dénonce « la légitimation de l’agression rwandaise »
AFP
Dans un message adressé à la nation, le Dr Mukwege s’est dit profondément préoccupé par un accord qui, selon lui, perpétue les erreurs du passé, sacrifie la justice sur l’autel d’une paix illusoire, et met en péril la souveraineté nationale.
Un accord qui « plante les graines de la répétition du conflit »s
Depuis la résurgence du M23 en novembre 2021, soutenu selon plusieurs rapports internationaux par le régime de Kigali, l’Est du Congo vit une nouvelle tragédie humaine. Mukwege rappelle que ce conflit s’inscrit dans une guerre d’agression de 30 ans, la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale. Il fustige la logique des accords passés – de Lusaka à Goma – qui ont, selon lui, systématiquement échoué à apporter une paix durable, tout en récompensant les bourreaux par des postes institutionnels et des amnisties.
L’accord signé aujourd’hui à Washington ne ferait pas exception. « Nous pouvons dire qu’en signant cet accord, le régime de Kinshasa a abandonné sa souveraineté aux mains des forces d’agression, et légitimise l’occupation et les opérations d’une armée à la base de millions de morts », dénonce le Dr Mukwege.
Des concessions « inacceptables » sur le plan sécuritaire et économique
L’un des points les plus polémiques concerne le retrait de l’armée rwandaise du territoire congolais, désormais conditionné à la neutralisation des FDLR via un mécanisme conjoint RDC-Rwanda. « L’agresseur non sanctionné pourra donc poursuivre ses opérations dans les Kivus, avec l’aval du gouvernement congolais », s’insurge Mukwege.
Sur le plan économique, le prix Nobel fustige les clauses prévoyant une cogestion des ressources naturelles entre la RDC et le Rwanda. Selon lui, cela revient à officialiser le pillage des richesses congolaises sous couvert de coopération régionale. « Les minerais congolais seront exportés à l’état brut vers le Rwanda, qui en récoltera la valeur ajoutée. Une logique néocoloniale qui fera perdurer notre sous-développement », prévient-il.
Appel à la vigilance populaire et au respect de la Constitution
Face à ce qu’il qualifie de « bradage de la souveraineté », Mukwege appelle le peuple congolais à une prise de conscience historique. Il rappelle que, selon l’article 214 de la Constitution, tout accord de règlement de conflits internationaux doit être soumis à l’Assemblée nationale. Il évoque également les articles 56 et 57 du Code pénal, qui assimilent à une trahison tout acte privant la nation de ses moyens d’existence.
« Si nos autorités ne respectent ni la Constitution, ni le droit international, nous serons contraints d’appeler le peuple à une véritable révolution démocratique », prévient-il.
Un plaidoyer pour la justice et une paix véritable
Mukwege dénonce également l’approche bilatérale privilégiée par Washington dans un contexte régional complexe, impliquant d’autres puissances comme l’Ouganda et le Burundi. Il plaide pour une approche multilatérale, fondée sur le droit international et le respect des résolutions de l’ONU, notamment la résolution 2773 adoptée en février 2025, exigeant le retrait immédiat des troupes rwandaises.
Le Dr Mukwege exhorte à la revitalisation de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba de 2013 et appelle à la tenue d’une conférence internationale de haut niveau impliquant l’Union européenne et les pays garants tels que la Belgique, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.
Dans un ton solennel, Mukwege termine sa déclaration par un message d’alarme et d’espoir : « Le chemin de la paix reste possible, mais il ne pourra faire l’économie de la justice. Je compte sur vous pour inverser le cours de cette histoire tragique et de ce scandale qu’aucun peuple ne peut accepter sans se lever. Debout Congolais, et marche pour ta liberté. »
Christian Okende
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