Révision constitutionnelle en RDC : comment la contestation à sens unique est devenue une bataille de tribunes
Kabuya déchire la déclaration de la CENCO, Mbikayi répond aux évêques, l’APEC de Watum mise sur le référendum : en un week-end, le camp du changement a rompu le silence.
Révision constitutionnelle en RDC : comment la contestation à sens unique est devenue une bataille de tribunes
AFP
KINSHASA — En trois jours, trois ripostes. Un secrétaire général de parti qui déchire publiquement le message des évêques. Un député qui répond à l’épiscopat par une lettre ouverte. Un parti ministériel qui, depuis Lubumbashi, jure fidélité au référendum.
Le week-end des 20 et 21 juin a sorti le débat constitutionnel congolais d’un long face-à-face à sens unique. Pendant des semaines, le terrain de la contestation avait été tenu par les seuls adversaires d’une révision : des figures de l’opposition, la société civile, puis l’Église catholique. Le camp du changement, lui, avançait surtout par la procédure — l’adoption, puis la promulgation de la loi sur le référendum — sans bataille d’arguments. Ce silence a cessé.
Un front anti-révision qui s’était élargi
Le tournant est venu de la CENCO. Le 20 juin, au terme d’une assemblée plénière extraordinaire, la Conférence épiscopale nationale du Congo a publié un message intitulé « La Nation est en péril ». Par la voix de son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, elle a écarté tout changement de Constitution, faute d’en voir « ni la nécessité ni l’urgence ni l’opportunité », et présenté l’article 220 comme « un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État ». Elle a surtout averti que « tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes, dont la balkanisation du pays », jusqu’à une « nouvelle guerre civile ».
L’épiscopat rejoignait ainsi un bloc déjà constitué : les appels de Martin Fayulu et de Joseph Olenghankoy à ne pas toucher au texte, la mobilisation de la Coalition Article 64 autour du sit-in du 12 juin. Face à cette coalition, la défense du projet présidentiel restait peu audible.
La riposte, sur trois registres
Elle s’est organisée en un week-end, et sur trois tons distincts. Le premier est venu du parti présidentiel. Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a déchiré publiquement la déclaration de la CENCO, un geste relayé et commenté tout au long du week-end.
Le deuxième registre est juridique. Le député national Steve Mbikayi, cadre de l’Union sacrée, a publié une carte blanche, puis une lettre ouverte adressée aux évêques. Il y conteste la lecture de l’article 220 : « cet article de notre Constitution ne contient aucune disposition déclarant sa propre intangibilité », écrit-il, comparant le texte congolais aux Constitutions du Népal et du Sénégal qui, selon lui, verrouillent leur propre clause de verrouillage. Il reproche à l’Église de quitter « le terrain de l’analyse pour entrer dans celui des prophètes de malheur » et fixe le cadre du débat : « La Constitution appartient au peuple. (…) C’est lui, et lui seul, qui décidera de l’avenir institutionnel de notre pays. »
Le troisième registre est militant. À Lubumbashi, au Stadium de la Gécamines, l’Action des patriotes pour l’émergence du Congo (APEC), parti du ministre des Mines Louis Watum Kabamba, a installé sa fédération du Haut-Katanga. Son président national par intérim, Dominique Unyon Pewu, y a aligné le mouvement sur le référendum : « La Constitution a donné le pouvoir au peuple à travers son article 5. Si le peuple estime qu’il faut modifier ou changer certaines dispositions, il doit pouvoir s’exprimer démocratiquement par voie de référendum. »
Deux camps, deux terrains d’argumentation
Le débat reste asymétrique. Le front anti-révision parle de péril, de balkanisation, de rupture du compromis politique noué autour de la Constitution de 2006. Le camp du changement répond par la souveraineté populaire — l’article 5, le référendum — et par un argument de faisabilité : Mbikayi juge la voie du Congrès « plus avantageuse et plus rapide » que celle d’une Assemblée constituante et d’un référendum, qu’il estime difficilement réalisable « avant 2028 ».
Une donnée encadre cet échange : la loi sur le référendum est déjà promulguée. La bataille ne porte donc plus sur la procédure, mais sur la légitimité — qui peut parler au nom du peuple, et quelle place y tient l’Église. À l’heure où ces tribunes circulaient, la CENCO n’avait pas répondu à la lettre de Mbikayi. Les deux camps, eux, convoquent déjà le même arbitre : un peuple que les uns veulent protéger d’un référendum et que les autres veulent y conduire.
À lire aussi
RDC : Évariste Ndayishimiye attendu à Kinshasa lundi, l’Est et Ebola au menu
Marche du 8 juillet en RDC : Kabuya accuse l’opposition de vouloir incendier les ambassades à Kinshasa