Mort de Roméo Katompa en Afrique du Sud : ce que révèlent les premières enquêtes
Mort de Roméo Katompa en Afrique du Sud : ce que révèlent les premières enquêtes
AFP
Le boxeur congolais Roméo Katompa, 35 ans, connu sous le surnom de « Bololo », est mort dans un incendie de maison à Yeoville, un quartier de Johannesburg, dans la nuit du 16 au 17 juillet 2026. La police sud-africaine, qui a ouvert une enquête et transféré le corps dans une morgue publique après les examens médico-légaux, a démenti le récit d’une agression xénophobe massivement relayé au sein de la diaspora congolaise.
Dans un communiqué publié samedi, le South African Police Service indique que « les premières investigations et les témoignages montrent que le défunt se trouvait à l’intérieur de la maison lorsque l’incendie s’est déclaré et n’a pas pu s’échapper », et ajoute qu’« à ce stade, la cause de l’incendie reste inconnue et fait partie de l’enquête en cours ». La porte-parole de la police, Brenda Muridili, est plus directe encore sur la thèse xénophobe. « Le SAPS condamne les fausses publications sur les réseaux sociaux reliant cet incident aux manifestations contre l’immigration illégale. Répandre de la désinformation est irresponsable et nuit aux enquêtes », déclare-t-elle, en appelant le public à ne pas partager d’informations non vérifiées.
Cette mise au point contredit frontalement le récit qui s’était imposé depuis le 17 juillet. Les médias congolais et les réseaux sociaux présentaient Katompa comme ayant été brûlé vif au cours d’une attaque par une foule, dans le contexte de violences visant les étrangers. Les sites mbote.cd et mediacongo.net avaient titré sur un boxeur « brûlé vif », en rattachant sa mort à « une nouvelle vague de violences ciblant des ressortissants étrangers ». Les détails les plus partagés, l’essence versée sur la victime, l’agression collective, n’avaient été confirmés par aucune source de premier plan.
Les autorités avaient déjà appelé à la retenue avant même la déclaration de la police. L’ambassade de la République démocratique du Congo à Pretoria, dans un communiqué relayé par la RTNC, disait suivre « de près l’évolution de l’enquête » et précisait qu’« à ce stade des investigations, aucun élément officiel ne permet de conclure qu’il s’agit d’un acte de xénophobie ». Le 18 juillet, le gouvernement sud-africain avait publié une « alerte fake news », mettant en garde contre « la diffusion d’informations non vérifiées » sur cette affaire.
Sur le ring, Katompa n’était pas une vedette. Les bases de données spécialisées le classent en poids lourds-légers, avec un palmarès professionnel de quatre victoires pour deux défaites. Né à Mbuji-Mayi, dans le Kasaï-Oriental, il combattait depuis la province du Gauteng. La presse congolaise et ses proches le présentent comme un ancien partenaire d’entraînement d’Ilunga Junior Makabu, champion du monde WBC des lourds-légers entre 2020 et 2023, une filiation que les fiches spécialisées ne mentionnent pas.
Le climat qui a nourri la lecture xénophobe est, lui, réel. Human Rights Watch a alerté, le 20 mai 2026, sur de « nouvelles vagues d’attaques xénophobes » en Afrique du Sud, menées par des groupes d’autodéfense visant des ressortissants étrangers, avec « une réponse policière faible ou insuffisante ». L’organisation cite le mouvement anti-immigrés Operation Dudula, condamné en novembre 2025 par une juridiction de Johannesburg pour incitation à la haine. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’était dit préoccupé par ces attaques en avril. C’est ce contexte que la diaspora a projeté sur la mort de Katompa, et que la police écarte pour ce cas précis.
La disparition du boxeur survient dans une période de tension pour les Congolais et les autres étrangers d’Afrique du Sud. Le 17 juillet, 121 ressortissants congolais ont été rapatriés à Kinshasa, selon les autorités. L’enquête sud-africaine se poursuit pour déterminer l’origine de l’incendie, que la police dit à ce jour indéterminée. Elle appelle à ne pas diffuser d’informations spéculatives tant que les faits ne sont pas établis.
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