Ebola : deuxième épidémie de l’histoire mondiale, onze fois plus rapide que celle de 2018
Tedros Adhanom Ghebreyesus place l'épidémie congolaise au deuxième rang mondial, derrière l'Afrique de l'Ouest et ses 28 616 cas. Avec 6 100 cas en 107 jours, elle progresse à 57 cas par jour, contre cinq pour celle de 2018-2020.
Ebola : deuxième épidémie de l’histoire mondiale, onze fois plus rapide que celle de 2018
AFP
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé a placé l’épidémie congolaise à la deuxième place de l’histoire mondiale d’Ebola. « L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée, et la plus rapide que nous ayons jamais observée », écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Aujourd’hui, nous avons dépassé les 6 000 cas signalés et près de 3 000 décès. »
Un seul précédent au-dessus, et il tient en trois pays
La seule épidémie d’Ebola plus importante que celle qui frappe l’Ituri est celle de l’Afrique de l’Ouest, entre 2014 et 2016 : 28 616 cas et 11 310 décès en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, sur plus de deux ans. Aucune autre n’approche ces chiffres.
Le record qui vient d’être battu était congolais. La dixième épidémie du pays, celle du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, avait duré du 1er août 2018 au 25 juin 2020 et totalisé 3 470 cas et 2 287 décès. Elle occupait la deuxième place mondiale depuis six ans. L’épidémie de 2026 l’a dépassée en nombre de cas à la fin du mois de juillet, soit environ dix semaines après avoir été déclarée.
Le classement vaut aussi pour la mortalité. Avec 2 950 décès au 30 août, selon le bulletin numéro 108 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique, l’épidémie congolaise se situe au deuxième rang mondial des flambées d’Ebola les plus meurtrières, derrière l’Afrique de l’Ouest et devant celle de 2018.
Cinquante-sept cas par jour contre cinq
La vitesse se calcule. Entre la déclaration de l’épidémie, le 15 mai, et le bulletin du 30 août, 107 jours se sont écoulés pour 6 100 cas confirmés, soit une moyenne de 57 cas par jour sur toute la période. L’épidémie de 2018-2020 avait mis 694 jours pour en accumuler 3 470, soit cinq cas par jour.
Le rapport entre les deux cadences est de un à onze. Sur ses trois premiers mois, l’OMS avait mesuré une moyenne d’environ 90 cas confirmés par jour, un rythme qu’elle jugeait supérieur à celui de l’Afrique de l’Ouest comme à celui de 2018-2020.
Le directeur général de l’OMS décrivait cette avance en trois phrases, le 12 août à Genève. « La course contre le virus a commencé avec plusieurs longueurs de retard et l’épidémie a pris une avance considérable. Elle est toujours loin devant nous et nous essayons de la rattraper », déclarait-il alors, au moment où le décompte s’établissait à 4 449 cas et 2 061 décès.
La différence qui explique le reste : ni vaccin, ni traitement
Les deux épidémies congolaises ne se sont pas battues avec les mêmes armes. En 2018 comme en 2020, la riposte disposait du vaccin Ervebo, homologué contre l’espèce Zaïre et déployé en anneau autour de chaque cas, une stratégie qui coupe les chaînes de transmission là où elles apparaissent.
Cette épidémie est due à l’espèce Bundibugyo. « The Bundibugyo species of Ebola involved is one for which there is no vaccine or specific treatment », écrit l’OMS sur sa page de situation, tout en indiquant que des travaux sont en cours pour tester des candidats. Les analyses génomiques décrivent un clade distinct, porteur de 219 différences nucléotidiques par rapport au génome de référence, dont des substitutions dans la glycoprotéine, la protéine que ciblent précisément les vaccins existants.
La riposte mène donc cette bataille avec les outils d’avant 2018 : isolement des malades, recherche des contacts, prise en charge symptomatique. Le Groupe international de coordination a libéré 70 000 doses d’Ervebo le 21 août, dont 20 000 destinées à un essai clinique de phase 3 et 50 000 aux agents de première ligne. Kinshasa en avait demandé 500 000.
Ce que le classement ne dit pas
Un rang mondial n’est pas une mesure de gravité pour ceux qui la subissent. Rapportée aux cas confirmés, la létalité de l’épidémie congolaise s’établit à 48,4 % au 30 août. Celle de l’Afrique de l’Ouest était de 39,5 %, celle de 2018-2020 de 65,9 %. Un malade sur deux meurt aujourd’hui en Ituri, dans une province qui concentre 5 016 cas et 2 274 décès à elle seule.
Le classement ne dit pas non plus ce qu’il coûte d’y figurer. En Afrique de l’Ouest, la deuxième place mondiale avait mobilisé une mission des Nations unies dédiée et des milliards de dollars. En RDC, la riposte fonctionne avec un déficit de financement, une campagne de vaccination lancée le 27 août à Kisangani sur un stock de doses six fois inférieur à la demande, et un suivi des contacts qui oscille entre 80,9 % et 86,3 % selon les jours.
Le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Mohamed Janabi, résumait la situation en une formule fin août : « This outbreak has reached a defining moment. » Deux semaines plus tard, le compteur a franchi 6 000 cas.
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